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1er anniversaire des « Patriotes » : Florian Philippot prend un aller simple pour les poubelles de l’Histoire.

le 19 septembre 2018, par Pierre Dassin

Après avoir été le principal architecte de la stratégie du Front National dirigé par Marine Le Pen, Florian Philippot a débuté il y a juste un an son aventure politique en solo. L’occasion de revenir sur cette déconfiture.

Suite au revers électoral du FN, et après avoir servi de fusible pour Marine Le Pen, Philippot lançait en septembre 2017 son parti les patriotes. La promesse était de créer une organisation plus large, plus ouverte et débarrassée des vieux démons extrémistes.
À sa naissance, le parti affiche un optimisme à toute épreuve, il avance le chiffre – sans aucun doute très exagéré - de 6500 adhérents, et possède, il est vrai, un nombre d’élus non négligeable : 1 député, 3 députés européens et une trentaine de conseillers régionaux et départementaux, principalement dans le nord et l’est de la France. Philippot bénéficie aussi encore d’un accès confortable aux médias, friands des petites phrases qu’il peut distiller contre le FN et Marine Le Pen.

Mais même en profitant de la crise interne du FN, le pari d’aller se confronter à lui sur le terrain électoral était risqué - d’autres s’y sont cassées les dents avant lui. Problème de taille pour Philippot, le créneau du souverainisme est déjà largement encombré. Outre le FN, il se retrouve face à Debout la France, ou aux monomaniaques du frexit de l’UPR.
Enfin, difficile pour lui de se défaire de l’image d’ex-bras droit de Marine Le Pen. Les patriotes ont beau prétendre regrouper des militants de tous horizons, tous ses élus l’ont été sous l’étiquette FN. Un temps n°2 du parti, l’eurodéputée Sophie Montel a été au Front pendant 30 ans et y a chanté « l’inégalité des races » en chœur avec Jean-Marie Le Pen en 1996. Quant à la troisième eurodéputée, Mireille d’Ornano, elle a passé plus de 25 ans au FN, et a continué de soutenir Jean-Marie Le Pen après son exclusion du parti. Qui dans ses conditions peut croire Philippot quand il dénonce un FN « rattrapé par ses vieux démons ».

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Gollnisch, Arnautu et Ornano posant avec Jean-Marie Le Pen, le 1er mai 2016 contre l’avis de Marine Le Pen.

Les déconvenues plus ou moins ridicules vont venir s’empiler semaines après semaines, hypothéquant grandement à moyen terme la survie politique de Philippot.
La première douche froide viendra des deux législatives partielles de janvier, les scores sont de 1,19 et 1,99 %, loin derrière un FN pourtant affaibli et en recul. Pour éviter d’enchaîner les échecs, le parti ne présentera pas de candidat pour les sept élections partielles suivantes.
Le 22 mars dernier, il essaye de profiter de la journée de grève pour s’afficher aux cotés des salariés et des cheminots, mais la veille, la CGT écrivait « l’extrême droite, sous toutes ses formes, n’a pas sa place ni dans les cortèges syndicaux, ni nulle part ailleurs ». Il ne s’approchera pas à plus de 100m de la manifestation, de peur « de se prendre un pain ».
En avril, il lance sa « Marche pour la France » en réplique à la « Marche pour l’Europe » lancée par La République En Marche. Le fiasco est flagrant, la « marche » ne rassemblant que quelques dizaines de militants tout au plus.

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Le grand succès (sic) de la marche pour la France des Patriotes

Quelques jours plus tard, il organise une conférence de presse anti-macron en compagnie de Geneviève de Fontenay. L’opération de com’ tourne une fois de plus au ridicule lorsqu’elle entonne l’internationale devant un Philippot mal à l’aise, pour annoncer le lendemain que dorénavant elle ne s’affichera plus au côté de lui.
Enfin, au cours de l’été, la n°2 Sophie Montel claque la porte en dénonçant les pratiques de cours autour de Philippot et lui reprochant de « partir en vrille ». Plus grave, elle porte plainte contre Philippot, l’accusant d’avoir falsifié sa signature pour mettre la main sur ses indemnités d’élue au parlement de Strasbourg. Les bonnes vieilles habitudes héritées du FN sont toujours là dans un parti qui osait revendiquer un fonctionnement fait de « démocratie directe » et « direction collégiale ».
Ultime tentative de reprendre la main, Philippot organisait sa rentrée politique à Forbach, pour y lancer sa "bataille des Européennes". Une bataille sans combattants donc, puisqu’ils n’étaient qu’une petite centaine pour écouter son discours, cinq fois moins que pour le meeting de lancement du parti quelques mois plus tôt.

Même si la gangrène de l’extrême droite est toujours là, que les idées xénophobes et réactionnaires continuent leur progrès, on peut se réjouir de l’échec de celui qui en était jusqu’à récemment un des plus importants promoteurs et souhaitons que la déroute électorale qui lui est promise aux européennes plante un dernier clou sur son cercueil politique.