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Le 21 juin 1973 ? Une sacrée belle manif !

le 21 juin 2013, par JMB

Raymond Marcellin, le ministre de l’intérieur, dit Raymond la matraque était à l’offensive contre tout le mouvement social issu de mai 1968. Répression tout azimuth, lois anti casseurs, lois anti immigrés, il mettait en place un dispositif juridique répressif pour contenir les mobilisations. Et il encourageait sans vergogne les forces d’extrêmes droites, le GUD, Ordre Nouveau. En 68, le pouvoir avait eu une grande peur , il cognait pour se prémunir d’une nouvelle irruption de la jeunesse, de la classe ouvrière.

Le service d'ordre antifasciste en action (DR)

Il s’était déjà tenu un meeting de l’extrême droite à la porte de Versailles en 1971 qui avait donné lieu à une contre manifestation spectaculaire. La police avait déjà protégé le meeting qui, sans cela, n’aurait pu se tenir.

L’annonce de ce meeting de l’extrême droite, à la Mutualité, en plein Paris, en plein quartier latin, « contre l’immigration sauvage », a été perçu largement comme insupportable et la décision de la contre manifestation a été vite prise.

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Le service d’ordire antifasciste, en marche vers la Mutualité.

Préparation

Nous avions amené le matériel sur les lieux de la manifestation dans la semaine qui a précédé. Des caisses de chantier avaient été confectionnées, en bois, peintes en gris, 1,5x0,5x0,5 m, avec des logos d’entreprises du bâtiment. Remplies de barres de fer et de cocks, cadenassées, elles ont été déposées aux carrefours de regroupement de la manifestation, qui étaient entre les Gobelins et Censier-Daubenton. La livraison en camionnette de location, s’est faite dans les jours précédents (3 ou 4 jours), en milieu de journée. Nous étions en tenue de travail. Les groupes de service d’ordre sont donc venus les mains vides sur place, avec seulement les casques. Pour l’anecdote une caisse n’a pas été utilisée lors du regroupement (je ne me souviens plus pourquoi). Nous ne l’avons jamais récupérée mais on l’a surveillée pendant un ou deux mois ensuite jusqu’à ce qu’elle disparaisse…

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Le service d’ordre antifasciste, en action rue Monge.

La fac de Jussieu a fourni toutes les barres. J’ai vu disparaître toutes les tables de plusieurs salles pour récupérer les pieds. Ils étaient stockés dans les toilettes de la fac et gardés par des militants. Les maos, qui co-organisaient la manifestation, avaient leur chiottes et nous les nôtres. C’est là que les caisses de chantier ont été remplies avant d’être acheminées sur place.

D’autres camarades s’étaient spécialisés dans l’écoute des fréquences radio de la police. On avait appris leurs codes. Les responsables centraux, locaux, comment les ordres étaient donnés.

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Le service d’ordire antifasciste investit les locaux d’Ordre Nouveau.

Manifestation

La manifestation n’a pas été interdite. On a pu se regrouper entre Censier Daubenton et les Gobelins, pour remonter la rue Monge vers la Mutualité. Nous avions des groupes de lanceurs de cocktails Molotov, suivis par plusieurs dizaines de rangs de manifestants casqués. L’objectif était de lancer les cocks avant le contact pour désorganiser les premiers rangs de flics. On peut dire que cela a parfaitement fonctionné ! A tel point qu’on aurait pu ramasser le matériel abandonné par les policiers en fuite. Des casques, des boucliers au sol. J’ai failli en ramasser comme trophée.

Ils ont riposté par des tirs intensifs de lacrymogène, en tir tendu, qui ont noyé la manifestation dans les gaz. Je n’avais pas de casque, un copain qui était juste derrière moi a reçu une grenade à la pointe du menton. Double fracture de la mâchoire, heureusement la sangle de son casque avait une mentonnière qui l’a considérablement protégé d’une blessure plus grave.

La séquence suivante c’est un gazage maximum de la manifestation. Plus personne ne se voit, on ferme les yeux, on pleure. J’étais incapable de me diriger, de voir quoique ce soit. Un copain m’a emmené vers l’arrière, et il a fallu un bon bout de temps avant que je retrouve mes moyens.