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Activisme « d’ultra-droite » : errance plus que croisade

le 24 octobre 2017, par Commission nationale antifasciste
Logan N., connu dans l’extrême-droite marseillaise, préparait des attentats... Le traitement médiatique de l’affaire sous l’angle sensationnel de la menace terroriste est une mauvaise façon de l’appréhender. Le terrorisme est d’abord une notion politiquement floue. Et en ces temps où les auteurs d’attentat prêtent plus allégeance à l’Etat Islamique qu’au Maréchal Pétain, vouloir coller à l’extrême-droite une logique terroriste risque d’être inaudible. Ça lui donne l’occasion de hurler à la machination visant à « discréditer les patriotes lassés de l’invasion migratoire » [1] ou d’appeler à la « dissolution des milices d’extrême gauche ultra-violentes » [2].
La violence n’est pas absente des conceptions politiques d’extrême-droite. Les attentats en France ont plutôt été le fait de l’OAS et ses descendants, jusque dans les années 70. Après, les velléités restent individuelles. Aucune structure ne théorise le recours aux attentats, sauf quelques micro-groupes affinitaires. Mais les passages à l’acte tueront et blesseront dans les années 80, surtout par des attentats visant des foyers d’immigrés ou des bars. Il y a toujours des furieux qui s’entraînent au paintball pour la guerre civile : restent le culte de la force et la fascination des armes, voire leur trafic, comme en témoigne le procès de Hermant, ancien responsable identitaire lillois. Mais depuis les années 90, la France est globalement épargnée par les aventures meurtrières. Le poids du FN joue un rôle dans la temporisation des pratiques extra-légales. Se focaliser sur une « menace terroriste d’extrême-droite » masque le bruit de fond : tensions dans des quartiers, agressions racistes et diffusion de la xénophobie... les fachos n’ont pas besoin de stock d’explosifs pour pourrir nos vies !
Aucune organisation n’est réductible au sympathisant perdu qui l’a côtoyée. Les trajets politiques individuels renseignent en revanche sur le contour social et culturel du milieu. Cette affaire révèle le nomadisme de jeunes nationalistes dont la cohérence doctrinale est difficile à appréhender. Autre chose est de savoir pourquoi telle organisation attire. Le danger est réel, mais plus politique que terroriste.
Le parcours confus de Logan N. illustre notre article du 28 septembre. D’après Le Monde, il côtoie les Jeunesses nationalistes en 2012. Pas étonnant : à cette époque, le turbulent Gabriac est au sommet de son activisme « coup-de-poing » [3]. Rien d’étonnant non plus qu’il se rapproche, en 2015, de l’Action française (AF), vieille organisation sortie de sa léthargie depuis la mobilisation contre le mariage pour tous. Pas plus étonnant qu’il croise le FN, parti qui focalise toutes les sympathies lorsque ses scores s’annoncent élevés. Tout fort qu’il soit électoralement, le FN a besoin de bras. Les « dérapages » réguliers montrent que la « dédiabolisation » est difficile. Mais tant que rien n’apparaît sur facebook… En revanche, l’AF est une école de formation. Les jeunes fougueux attirés par ces « gentlemen violents » qui ne rentrent pas dans le moule iront voir ailleurs. L’AF veut des cadres, pas des « loups solitaires ». Jouer au 6 février 1934 en pleines « manifs pour tous », oui ; se rêver en Breivik, non. L’AF se défend de tout amalgame l’assimilant aux projets de Logan N. : elle connaît les risques de dissolution.
Sa section de Provence a focalisé l’attention avec sa récente réunion de rue devant son local marseillais, dont Mélenchon a demandé la fermeture. On cherche encore qui compose sa « communauté », en dehors de jeunes casqués, pressés d’allumer des fumigènes et balancer des canettes sur les contre-manifestants. Pour l’instant, l’AF se débrouille avec ses recrues turbulentes, mais joue sur la corde raide.
A nous de pousser pour expulser l’Action française (et les autres !) de nos rues. Une fermeture administrative n’aura pas la force d’une mobilisation populaire. C’est l’enjeu des cadres unitaires à constituer, dans les villes gangrenées comme ailleurs.

[1Certaines explications rappellent le commentaire sur Breivik ayant valu à Laurent Ozon son débarquement du FN en 2011 : « Expliquer le drame d’Oslo : explosion de l’immigration entre 1970 et 2009 ».

[2Comme le député FN Ludovic Pajot dans Présent. Dans son cas, la revendication s’explique par sa malencontreuse rencontre avec des antifascistes lillois dans un bar, qui lui a laissé des « douleurs musculaires au niveau de la mâchoire pendant plusieurs jours ».

[3Dans son article, Elise Vincent confond les Jeunesses nationalistes de Gabriac (JN), liées à l’Oeuvre française, avec les Jeunesses nationalistes révolutionnaires de Serge Ayoub (JNR), liées à Troisième voie après leur réactivation. Dissoute ou auto-dissoute, les deux organisations disparaissent en 2013, après le meurtre de Clément Méric.