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Allemagne : L’extrême droite menace

le 10 mai 2016, par Bertold du Ryon
Il a fallu être sportif pour se rendre au Palais des congrès situé dans la zone aéroportuaire de Stuttgart, la riche capitale du Sud-Ouest du pays. Le parti allemand d’extrême droite AfD (abréviation des termes « Alternatives pour l’Allemagne ») y a tenu un congrès, les 30 avril et 1er mai...


Mais des antifascistes, « 800 à 900 » selon la police, avaient décidé de bloquer les entrées et s’étaient donné les moyens d’y parvenir. La police a interpellé plus de 500 d’entre eux et elles. Mais un certain nombre de participantEs au congrès du parti AfD étaient néanmoins obligés de rejoindre le lieu du congrès en escaladent les pentes des abords, et en traversant des arbustes.

Changement de logiciel ?

Ce congrès était le premier depuis celui, surchauffé, tenu à Essen les 04 et 05 juillet 2015. A l’époque, l’événement marquant était la scission du parti fondé un peu plus de deux ans auparavant, en vue des élections fédérales allemandes des septembre 2013 (où il rata de peu l’entrée au Bundestag ou parlement fédéral, avec 4,7 % des voix au lieu des cinq pour cent requis) et des européennes en juin 2014. La direction initiale rassemblée autour de Bernd Lucke, professeur d’université en matière d’économie à Hambourg, fut alors poussée au départ. Cette direction du départ était majoritairement composée d’« experts » en économie ou d’industriels tels que Hans-Olaf Henkel – ancien président du groupement patronal BDI -, ultralibéraux sur le plan économique mais opposés à la construction européenne sous sa forme actuelle. Ou, en tout cas, opposés à toute forme d’ « aide » officiellement versée à la Grèce ; bien que l’on sache que celle-ci a principalement nourri les banques, à leurs yeux, c’était encore bien trop de « solidarité » avec un peuple qu’ils considéraient au fond comme composé de Méditerranées fainéants.

Mais au cours de l’année 2014, le rejet de l’immigration est devenu le second grand sujet du parti AfD. Et l’ultralibéralisme a été contesté par des courants qui cherchent plutôt à construire un parti d’extrême droite doté d’une base populaire, en utilisant un discours « social » un peu à l’instar du FN français. (Bien que le discours « national-social », adoptée par celui-ci depuis les années 1990 et réactualisé depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête, soit contesté dans les rangs du FN depuis plusieurs mois, surtout par des élus du Sud de la France.) L’ancienne direction, jugée trop « élitiste », a donc été chassée en juillet 2015 à Essen, où Bernd Lucke a été battu à plate couture par sa rivale et actuelle présidente du parti, Frauke Petry, avec 60 % des voix contre 37 %. Lucke a quitté son ancien parti immédiatement après et en a fondé un autre quinze jours après, appelé ALFA (« Alliance pour le progrès et le réveil »).

Ce dernier parti ne joue actuellement quasiment aucun rôle, sauf que cinq des sept députéEs AfD élus au Parlement européen en 2014 lui appartiennent à l’heure actuelle. Ils siègent à Strasbourg dans un groupe avec, notamment, les Conservateurs britanniques. Ce dernier a exclu les deux autres députéEs, restéEs fidèle au parti (AfD « Canal habituel »). L’une, Beatrix von Storch, proche des milieux chrétiens intégristes, est allée siéger avec le parti souverainiste britannique UKIP de Nigel Farage. Il se posait la question du positionnement du deuxième, Marcus Pretzell, qui se trouve aussi être le compagnon de la chef du parti, Frauke Petry.

Il vient de répondre à la question, en annonçant qu’il allait siéger dans le même groupe que le FN français et le FPÖ autrichien. C’est surtout le poids de ce dernier, dont le candidat Norbert Hofer est bien placé pour être élu président de l’Autriche le 22 mai prochain (après avoir obtenu 35 % au premier tour), qui influence désormais de plus en plus le parti allemand. L’AfD a d’ailleurs noué des contacts plus qu’officiel avec le FPÖ, parti fondé en 1956 sur les décombres du nazisme – juste après la fin du statut d’occupation des Alliés en Autriche -, et un message du parti autrichien a été lu à la tribune du congrès de Stuttgart. L’extrême droite européenne, dont les partis français et autrichien constituent des pôles forts, s’unifie ainsi davantage.

Reste l’offensive anti-sociale et ultra-réactionnaire

Il reste que le parti allemand AfD demeure attaché au libéralisme économique, bien davantage que le FN français, en tout cas dans le discours de ce dernier. Le congrès de Stuttgart a adopté un « programme fondamental » (le parti n’en possédait pas jusque-là) de 74 pages, dont le projet avait été présenté en février dernier. La première esquisse avait fait l’objet de débats et de polémiques, en raison du tollé public suscité par certaines des revendications qu’elle comportait : la privatisation de l’Assurance-chômage et de l’assurance-accidents, la restriction du droit de divorcer, l’augmentation d’un âge de la retraite déjà en voie d’allongement vers les 67 ans, le quasi-démantèlement de l’audiovisuel public. Le texte a ainsi été « déradicalisé » sur certains points, surtout quant aux mesures anti-sociales. En matière d’assurances contre le chômage et contre les accidents (de travail), le programme ne préconise plus leur privatisation, mais seulement à réfléchir à une « refonte radicale de leur mode de financement », sans davantage de précision…

1.400 pages d’amendements et trois projets globaux alternatifs avaient été présentés, émanent plutôt de courants encore plus ouvertement d’extrême droite que celui qui contrôle la direction. Mais le temps manquait pour en débattre vraiment à Stuttgart. Le congrès s’en est ainsi tenu aux fondamentaux en matière programmatique, écartant surtout tout débat sur la ligne économique car c’est un sujet « trop polémique » pour être abordé là. Le nouveau programme a néanmoins réveillé l’attention des médias par certains points bien « radicaux », dont l’interdiction totale de la construction de mosquées en Allemagne. Et un passage du texte, ajouté sur initiative de la branche jeunesse (bien extrême), demande d’abolir toute « union politique » européenne et de ne conserver l’Union européenne que si elle se borne à être uniquement une « union économique ».