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Allemagne : Percée de l’extrême droite, reculs spectaculaires de la CDU/CSU et du SPD

le 27 septembre 2017, par Manuel Kellner

Les résultats des élections législatives allemandes du 24 septembre sont marqués par les pertes spectaculaires des partis chrétiens-conservateurs CDU/CSU et du SPD social-démocrate formant jusqu’à maintenant la « grande coalition » gouvernementale sous la chancelière Angela Merkel (CDU), et par le succès dramatique de l’AfD au profil nationaliste, raciste, ultra conservateur et d’extrême droite.

La CDU/CSU, avec 33 % des voix, perd 8,5 points par rapport à 2013 et le SPD en perd 5,2 en terminant à 20,5 %. C’est l’expression d’une érosion apparemment irrésistible de l’électorat social-démocrate depuis la mise en place des contre-réformes antisociales de l’agenda 2010 du gouvernement SPD/Verts du chancelier Gerhard Schröder.

L’AfD profite de l’échec de la « grande coalition »

L’AfD obtient 12,6 % des voix, contre 4,7 % en 2013, et devient ainsi la troisième force au Bundestag avec 94 députés. Qui plus est, l’AfD devient le premier parti en Saxe avec 27 % des voix et première force dans l’électorat masculin des nouveaux Länder d’Allemagne de l’Est. En Bavière, l’AfD arrive en deuxième place derrière la CSU dans de nombreuses circonscriptions.

L’AfD a pu prendre plus d’un million de voix à la CDU/CSU, près d’un demi-million au SPD et presque 400 000 au parti Die Linke, et mobiliser plus d’un million de celles et ceux qui n’étaient pas allés aux urnes en 2013, avec une participation de 76,2 % de l’électorat contre 71,5 % il y a quatre ans.

En dépit de ce succès électoral, la zizanie règne au sommet de l’AfD après ces élections : Frauke Petry, co-présidente du parti au profil plus « modéré » que le premier candidat et la première candidate du parti, Alexander Gauland et Alice Weidel, et qui a obtenu un mandat direct en Saxe, vient d’annoncer qu’elle ne fera pas partie de la fraction parlementaire de l’AfD au nouveau Bundestag. Les propos d’Alexander Gauland parlant « d’ouvrir la chasse contre Merkel » et ses provocations verbales fascisantes lui ont déplu.

Autre résultat spectaculaire de ces élections : le succès du FDP libéral, qui n’avait pas pu franchir le seuil des 5 % en 2013 et qui revient maintenant au Bundestag avec 10,7 % des voix et 80 députés. Le FDP à pu prendre 1,3 million de voix à la CDU/CSU, 430 000 au SPD et 70 000 à Die Linke. Les Verts arrivent à 8,9 % des voix contre 8,4 % en 2013, en ne perdant pas de voix au profit de l’AfD. Ils sont « battus » de peu par Die Linke qui obtient 9,2 % des voix en gagnant 0,6 point par rapport à 2013 (ce qui lui donne 69 députés), et en gagnant également des voix en chiffres absolus (Die Linke avait son meilleur résultat en 2009 avec 11,9 % des voix).

Instabilité politique

Le soir des élections, le candidat principal du SPD Martin Schulz a déclaré que son parti refuse de continuer la « grande coalition » en tant que partenaire junior de la CDU/CSU sous la direction de l’ancienne et très probablement nouvelle chancelière Angela Merkel. Il veut régénérer le SPD dans le rôle d’un parti d’opposition en mettant l’accent sur les thèmes de la défense des valeurs démocratiques et de la « justice sociale ».

Si le SPD ne revient pas sur cette décision, la formation d’une coalition de gouvernement avec la CDU/CSU comme parti majoritaire s’annonce difficile. Théoriquement, la seule possibilité qui reste, c’est une coalition dite « Jamaïque » avec le FDP libéral de Christian Lindner et le parti des Verts. On voit mal le compromis possible, en particulier en matière de politique climatique qui, pour le FDP de Lindner, doit être menée uniquement par des méthodes du « libre marché ». Bien que rien ne soit exclu – nous verrons cela dans les prochains mois –, les résultats des élections au Bundestag semblent déboucher sur une crise politico-partidaire qui pourrait même mener à de nouvelles élections anticipées au niveau fédéral.

Pour Die Linke, l’enjeu est de taille : mener un combat sans merci d’actions unitaires contre l’extrême droite, tout en se présentant comme l’opposition véritable aux politiques pro-capitalistes et néolibérales établies.

Manuel Kellner, rédacteur du SoZ, membre de Die Linke et de l’ISO (IVe Internationale en Allemagne)