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Antisémitisme : exécutés parce que juifs

le 17 janvier 2015, par Bertold du Ryon

Article publié dans l’hebdo l’Anticapitaliste n°272

Il ne faut pas nécessairement rechercher une cohérence logique, dans les propos d’individus dont l’idéologie n’est basée ni sur le rationalisme ni sur l’humanisme. Ce sont avant tout les actes qui comptent...

Dans le cas d’Amedy Coulibaly, le preneur d’otages du magasin Hyper Cacher tué vendredi dernier Porte de Vincennes à Paris, ces actes sont univoques. En décalage apparent avec certains de ses discours, il a commis des attaques meurtrières contre des individus qu’il identifiait comme juifs parce que fréquentant une épicerie cacher. Si les premiers résultats de l’enquête (relayés par les agences de presse) correspondent à la réalité, les quatre morts de la prise d’otages ont été tués dès le début, et non pas lors de l’assaut final de la police.
Les otages sont clairement désignés comme « juifs » dans une vidéo publiée après la mort du preneur d’otages, mais comportant des images tournées de son vivant. Dans cette vidéo valant revendication probablement postée par un complice sur Internet, Coulibaly pose en quatre tenues différentes sous un titre : « Soldat du Califat ». Il y est dit que le djihadiste a pris en otage « 17 personnes dans une épicerie juive » et exécuté « quatre juifs », non pas « quatre personnes »...
La mise en scène en tant que prétendu rebelle, qui fait partie de l’imaginaire djihadiste, débouche ici concrètement sur un acte qui consiste à tuer des civils ciblés parce qu’ils fréquentaient un magasin considéré comme « juif ». Pour la première action armée identifiée de Coulibaly, la veille à Montrouge, action où il tua Clarissa Jean-Pierre, jeune policière d’origine antillaise, plusieurs observateurs ont supposé qu’il visait en réalité une école juive à proximité du lieu de la fusillade...

« Race », religion et complot...

D’autres djihadistes ont ciblé ce qu’ils considéraient comme des « intérêts juifs ». Ainsi, des témoignages portant sur le glissement idéologique progressif de Chérif Kouachi, un des deux assassins de la rédaction de Charlie Hebdo, évoquent des projets, exprimés dès 2003-2004, d’attaquer « des magasins juifs » (à l’époque dans le 19e arrondissement de Paris). Et lors des attentats de la mouvance djihadiste algérienne commis en 1995 en France, l’une des cibles fut le 7 septembre l’école juive de Villeurbanne. L’attentat, attribué à la mouvance de Khaled Kelkal, avait alors fait 14 blessés.
L’idéologie antijuive de la mouvance djihadiste est marquée par des particularités qui le distinguent de l’antisémitisme européen. Alors que ce dernier est une idéologie de « race », le discours antijuif des djihadistes s’inscrit dans la vision d’une guerre des religions plus ou moins apocalyptique, lors de laquelle les juifs seraient au premier rang parce qu’« ils occupent la Palestine », aucune distinction n’étant faite entre individus, religion, sionisme et structures étatiques en Israël...
La « race » n’est pas vraiment présente dans cet imaginaire. Néanmoins, les courants islamistes radicaux ont souvent absorbé et repris les projections les plus classiques de l’antisémitisme européen, associant les juifs à l’argent et leur attribuant une prétendue puissance secrète. L’explication du monde par « le complot », selon lequel Israël contrôlerait les USA (et non l’inverse) est aussi prisée par les courants islamistes radicaux...

Bertold du Ryon