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Auprès du patronat non plus, Marine n’est pas à la peine...

le 16 mars 2017, par Commission nationale antifasciste

Article rédigé pour le dossier « Front national : le parti "nanti-système" en campagne » dans l’hebdomadaire L’Anticapitaliste n°374.

1- Présidentielle 2017 : Quelle campagne pour le Front National ?
2- Marine Le Pen et l’international
3- Les affaires sont les affaires
4- Qui vote FN ?
5- Auprès du patronat non plus, Marine n’est pas à la peine...


S’il fait indéniablement parti de la maison Kapital depuis sa naissance [1], le Front national fait cependant figure d’enfant pour le moins instable quant à ses positions en matière d’économie. Ultra libéral sous Le Pen père qui aimait à se faire photographier en compagnie du photogénique et néanmoins briseur de syndicat Ronald Reagan, président des USA de son état, le FN amorce un virage (national) « social » sous l’égide de Bruno Mégret dans les années 1990 pour aboutir à un programme qui se veut « carrément protectionniste » depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête en 2011.

Fustigeant le « mondialisme », ce concept flou qui permet avant tout d’éviter de désigner le capitalisme, et tirant à boulets bruns sur «  les entreprises du CAC 40 » - mais en se gardant d’envisager toute redistribution des richesses -, la dirigeante du FN entend également sortir de l’euro et rétablir des droits de douane. Cet interventionnisme, qui remet en question 30 années de politiques d’une docilité exemplaire à l’égard des marchés financiers, est loin de susciter un enthousiasme débordant et unanime chez les grands dirigeants du MEDEF : et effectivement, le FN n’est pas pour l’instant le parti du grand capital ! De Laurence Parisot qui nous décrit en 144 pages «  Un piège bleu Marine » à Viviane Chaine-Ribeiro - possible successeur de Gattaz - qui elle annonce vouloir quitter la France en cas de victoire de MLP, en passant par la quasi totalité des spécialistes en la matière, force est de reconnaître que le programme économique frontiste -« un programme suicidaire pour la France », selon L’Usine nouvelle - fait l’objet d’un rejet massif des libéraux : le grand patronat français est favorable à la mondialisation - les usines en Chine, l’argent au Panama et les enfants à l’école en Suisse ! - et demeure très hostile à toute forme d’encadrement des activités économiques par l’État.

Et pourtant, cette « défiance » à première vue réciproque semble cependant de moins en moins réelle.

Tout d’abord, le patronat est loin d’être monolithique. Plus on descend dans la hiérarchie sociale des dirigeants d’entreprise et plus le FN devient populaire : le «  cœur de cible  » de l’électorat FN demeure ainsi affilié ou proche de l’U2P (Union des entreprises de proximité, ex UPA) qui regroupe commerçants, professions libérales et auto entrepreneurs, à l’instar de nombreux proches, élus ou cadres du parti d’extrême droite eux-mêmes dirigeants d’entreprises : Thibaut de la Tocnaye, Charles Perrot, Axel Loustau, certaines figures comme Mikael Sala et Jean-Michel Dubois étant aussi dirigeants de la CGPME, le syndicat des petites entreprises. Bienveillant à leur égard, le FN a lancé ces derniers mois le cercle Cardinal - confié à Axel Loustau - à destination notamment des dirigeants de PME-PMI et le collectif Audace ciblant de jeunes chefs d’entreprise.

Ensuite, le FN est lui aussi loin d’être monolithique : si la ligne protectionniste défendue par MLP / Philippot domine, Marion-Maréchal Le Pen et son entourage demeurent quant à eux nettement plus libéraux. En témoigne l’accueil triomphal fait à Marion Maréchal Le Pen lors d’une manif de « travailleurs indépendants » contre le RSI en 2015. Autre illustration de ces sympathies ultra libérales dans le parti : lors des débats parlementaires sur la loi Travail !, Marine Le Pen avait dû désavouer publiquement les sénateurs et députés FN (tous élus du Sud) qui avaient proposé des amendements aggravant encore la loi El Khomri dans le sens de la précarité des travailleurs, à l’inverse des discours officiels du Front.

Enfin, et peut-être surtout, l’accession inattendue de Trump au pouvoir aux USA mais également la place croissante de MLP dans le paysage politique semble avoir accéléré un désir mutuel de rencontre FN-patronat. Contrairement aux refus qui constituaient la règle jusque-là, Pierre Gattaz a ainsi décidé le 16 janvier 2017 d’inviter officiellement le FN à présenter ses thèses économiques devant les principales fédérations du MEDEF. La rencontre prévue début mars et tant attendue par MLP - une consécration ! - a déjà été déminée par l’économiste libéral et eurodéputé frontiste Bernard Monot : « Le FN est l’ami de toutes les entreprises, du petit commerçant, au géant français du CAC 40 [2] ». Considérant une victoire de MLP comme une hypothèse à ne plus exclure, les grandes banques d’affaires [3] et les grands gérants internationaux [4] ont également pris les devants et accueillent désormais les conseillers économiques du parti d’extrême-droite [5]. Si peu d’info filtrent de ces rencontres, on peut d’ors et déjà affirmer que les classes populaires en sortiront perdantes.

Si nous n’en sommes pas encore à analyser les liens qui unirent « Fascisme et grand capital » tel que décrits par Guérin, ces rapprochements en prennent sérieusement le chemin. A nous de dénoncer la supercherie de cette campagne menée soit disant « Au nom du peuple » et de (nous) mobiliser (avec) notre classe pour qu’un autre monde devienne possible.

[1Simple anecdote : les généreuses fées des ciments Lambert se penchent sur le berceau de JMLP à la mort d’Hubert Lambert en 1976 : la coquette somme de 30 millions de francs tombe alors dans les poches du leader du FN.

[2Cité dans Le figaro du 17 janvier 2017

[3JP Morgan, UBS...

[4Pimco, BlackRock...