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Autriche : Défaite à la Pyrrhus pour l’extrême droite ?

le 7 décembre 2016, par Bertold du Ryon

Dieu n’a finalement pas été d’une grande aide au parti d’extrême droite autrichien. Alors que dans la dernière étape de la longue campagne électorale, il avait adopté le slogan « Avec l’aide de Dieu » - qui a suscité des craintes dans une partie de la société, méfiante vis-à-vis de l’idée d’une instrumentalisation politique de la religion – mais avait aussi conjuré le spectre d’une « guerre civile », son candidat a finalement été battu. Ceci contre de nombreuses attentes.

Après le décompte des nombreux votes exprimés par correspondance (une des particularités du système autrichien), le candidat indépendant Alexander Van der Bellen, issu des écologistes mais de profil plutôt centriste, bat le candidat d’extrême droite avec presque 54 % contre 46 % des voix. Ce dernier, Norbert Hofer, portait les couleurs du mal baptisé « Parti de la Liberté d’Autriche » ou Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ.

Les origines de ce parti, fondé en 1956, ont été pendant longtemps insuffisamment rappelées. S’il a été officiellement créé dans l’année suivant le Traité de neutralité de l’Autriche (1955), c’est que les puissances alliées de la Seconde guerre mondiale – celle de la Coalition anti-hitlériennes – exerçaient un contrôle sur la politique intérieure de l’Autriche jusqu’en 1955. Il visait surtout à empêcher que le mouvement nazi puisse renaître de ses cendres. Ainsi, de nombreux anciens militants et cadres nazis s’étaient retrouvés, à partir de 1949, dans ce qu’ils n’appelaient pas encore un parti politique, mais la « Ligue des indépendants » (VdU), constituant prétendûment une association apolitique… afin de contourner les mesures de vigilance imposées aux partis politiques. En 1956, cette « Ligue des indépendants » fut transformée en FPÖ.

Si ce dernier parti a longtemps possédé une aile libérale, celle-ci a été perdue sous la présidence de Jörg Haider, qui a pris le contrôle du parti en 1986. Sous l’inspiration de ce dernier, les membres et anciens membres de corporations étudiantes se battant à l’épée, souvent de tradition pangermaniste voire nazie, ont (re)constitué l’ossature du parti. Norbert Le candidat battu Hofer, qui constitue l’un des idéologues du FPÖ – à la différence de son président actuel, Heinz-Christian Strache, qui fait figure de crieur et bateleur -, appartient d’ailleurs à l’une des corporations, nommé « Marko Germania Pinkafeld ». Celle-ci ne reconnaît pas statutairement la République d’Autriche, dans ses frontières actuelles, mais se revendique d’une grande Allemagne qu’elle appelle de ses vœux. Ne peuvent devenir membres que des hommes qui seraient Allemands « par le sang », incluant les Autrichiens.

Ce n’est qu’au cours de la dernière partie de la campagne électorale que les origines de ce parti ont été rappelés, par l’apparition de la vidéo d’une femme âgée de 89 ans, « Gertrude », survivante du camp d’Auschwitz et rescapée de la Shoah. Avec des mots simples, celle-ci a appelé la population et surtout les jeunes à voter, et à barrer la route à un parti « de la haine ». En peu de temps, sa vidéo avait été vue presque trois millions de fois sur Internet.

Cela a contribué à un certain « sursaut des consciences », notamment dans les milieux ayant une certaine formation scolaire ou universitaire. Par ailleurs, la crainte de nombreux et nombreuses Autrichien-ne-s de voir leur pays tourner le dos à l’Union européenne (alors qu’il est géographiquement entouré de pays-membres e l’UE) a joué contre le candidat du FPÖ. L’élection de Donald Trump, aux USA, a aussi contribué à mobiliser les personnes qui ne se reconnaissaient pas dans le projet de la droite extrême et/ou de l’extrême droite, et pour qui la possibilité réelle d’une victoire de ces forces devint encore plus visible avec le résultat du vote nordaméricain.

Surtout les jeunes générations ont contribué à barrer la route au candidat de l’extrême droite autrichienne. 58 % des jeunes de moins de 29 ans, mais surtout 69 % des femmes de cet âge ont voté contre le candidat d’extrême droite, dont l’électorat est par ailleurs beaucoup plus masculin que féminin. 56 % des hommes mais seulement 38 % des femmes ont voté pour le candidat xénophobe, ce qui tend à démontrer que les rapports de domination sont interconnectés.

Ce dimanche soir, la fête a été gâchée pour Norbert Hofer et son chef de parti, Heinz-Christian Strache. Cela ne doit pas masquer la persistance de dangers à plus long terme. Rappelons que le FPÖ participe actuellement au gouvernement à l’échelle régionale, depuis 2015, dans deux régions : la Haute-Autriche (avec la droite), mais aussi le Bourgenland… ensemble avec la social-démocratie.

La lutte contre ces forces n’est par finie, elle ne fait que commencer. En Autriche et ailleurs en Europe.