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Campagne présidentielle : Marine Le Pen à fond dans la com’

le 13 février 2017, par Pierre Dassin

Nous y voila, Depuis les « assises présidentielles » des 4 et 5 février, la campagne de Marine Le Pen est réellement lancée. La candidate du Front national a publiée la semaine dernière son clip de campagne, puis un tract de 4 pages façon « magazine féminin ». On n’y apprend rien du tout sur son programme politique, mais on a droit à une vraie stratégie marketing, usant de toutes les ficelles de la com’ politique.

Si la vidéo a été moquée sur le net comme une pâle copie du clip du groupe de rap PNL, elle a cependant été visionnée plus de 600 000 fois en huit jours.

Dans cette vidéo faite de longs travellings, Marine Le Pen déclame son amour de la France et la profondeur de ses sentiments nationalistes, se promenant au bord de la mer, naviguant sur son voilier ou feuilletant un vieil album photo de famille… Dans lequel son père est étrangement absent.

Ce qui frappe en effet, c’est que l’option de la « dédiabolisation » est jouée au maximum. Les seules figures du FN que l’on aperçoit quelques secondes dans la vidéo sont Florian Philippot et Steeve Briois qui symbolisent justement cette dédiabolisation ; aucune trace de Marion Maréchal Le Pen, de Bruno Gollnisch ou des ex-GUD évidemment.

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Quelques captures d’écran du clip de Marine Le Pen

Même chose dans son tract, la personnalisation bat son plein et tout est fait pour gommer ce qui pourrait paraître sulfureux. Le nom du Front national n’est mentionné que deux petites fois et même son nom de famille se fait discret (il apparaît trois fois quand son prénom seul l’est dix fois, sans compter le titre du tract « Marine Présidente »). On retrouve là une stratégie qui avait déjà été utilisée lors des dernières élections avec le « Rassemblement bleu Marine »

Outre la « dédiabolisation », Le Pen joue aussi la carte de la peopolisation digne d’un « Macron de l’extrême droite ». Elle se présente comme une vedette et même une « femme de cœur » et nous vend son parcours. Ici, on a droit à quelques anecdotes personnelles sur sa vie, ses études et sa famille (à l’exclusion notable - comme dans son clip - de son père).

Son idéologie réactionnaire transpire malgré tout : Marine Le Pen se présente comme une « femme libre », mais les clichés sexistes sont pourtant bien présents : la « sensibilité », la bienveillance, le rôle de mère, celui de la femme à la maison... Ce « féminisme » se résume à « Marine sait la difficulté d’allier les contraintes d’une vie professionnelle et la disponibilité nécessaire à la vie familiale : signer le carnet de correspondance ou voir un professeur, acheter en urgence une paire de baskets ou réserver les vacances… ». Bref, le modèle parfait de l’extrême droite au féminin.

Le tract se termine dans un style pompeux « Instinctive, elle sait où elle va, refuse de se laisser imposer ses choix, prend elle-même les décisions, affronte sans faiblir les difficultés. Elle possède les qualités qui font les personnalités d’exception et, en politique, les femmes d’État. Une femme qui fait honneur aux femmes  ». C’est l’affirmation de la figure classique de l’ « homme - ici de la femme - providentiel », qui n’est certes pas le monopole de l’extrême-droite mais à l’antipode des principes de démocratie et de pouvoir collectif que nous défendons.