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Contre l’extrême-droite, reprenons la rue !

le 19 juin 2013, par Sandra Demarcq

Depuis des semaines, les fachos multiplient leurs actes de haine : agressions homophobes, de femmes voilées et assassinat de Clément Méric, jeune militant antifasciste et syndical. Et dans les urnes, l’extrême droite progresse. Appelé par la gauche sociale et politique, ce week-end de mobilisation doit être l’occasion d’enclencher une première riposte antifasciste qui ne doit pas rester sans lendemain.

Photothèque Rouge/nils

Contrairement à ce qui a été dit et écrit ici ou là, la mort de Clément Méric n’est pas le résultat d’une simple bagarre qui a mal tournée ou, comme l’a honteusement mis en Une le journal d’extrême droite Minute le 12 juin, un « jeux de mains, jeux de vilains ! ». C’est bel et bien un crime politique dont il s’agit. Clément Méric a été tué car il était un militant antifasciste.

Et c’est évidemment le contexte actuel qui a permis ce drame. Pendant des mois, les opposants au mariage homosexuel ont occupé la rue et ont mené une démonstration de force de la droite réactionnaire qui a galvanisée les groupuscules fascistes qui ont repris confiance.

Quand la droite nourrit le FN

Depuis que Marine Le Pen a pris la tête du FN, elle dit avoir exclu ceux qui affichaient des croix gammées ou faisaient le salut nazi dans les rassemblements du FN… sauf visiblement à leur manifestation du 1er Mai dernier. Mais le Front national s’est créé et continue de prospérer sur une idéologie raciste et nationaliste. Il prétend se battre pour les salariéEs, contre le chômage… mais à condition d’être français. Il s’oppose à la baisse des allocations familiales pour les familles françaises, mais réclame la suppression de celles des travailleurs immigrés. Il n’y a donc rien d’étonnant de voir des nazillons grenouiller dans le milieu du FN. Et rien de surprenant à ce que Marine Le Pen elle-même soit liée personnellement aux gros bras des anciens du GUD ou de Troisième voie de Serge Ayoub, vieux skinhead notoire.

Ces dernières années, la droite tente de surfer sur les idées du FN. La « droite décomplexée » de Sarkozy, c’était le débat sur l’identité nationale, les « auvergnats » d’Hortefeux, une politique résolument anti-immigréEs et anti-Roms. Puis il y a eu Copé et ses fameux « pains au chocolat »… La droite se rapproche tellement de l’extrême droite que certains dirigeants et députés UMP ont manifesté bras dessus bras dessous avec les deux députés du FN contre le mariage pour tous, et sont même prêts à aller beaucoup plus loin dans le rapprochement, aidant ainsi à la propagation des idées du FN et à sa « banalisation ».

Quand le PS nous tire vers le fond

Aux affaires depuis un an, le Parti socialiste ordonne et justifie les expulsions des sans-papiers en organisant de véritables rafles, comme à Barbès dans le 18e arrondissement de Paris. Et alors que le candidat Hollande avait promis le droit de vote des étrangers extra-communautaires, au bout de quelques mois le gouvernement Hollande-Ayrault y a renoncé.

Sur fond de crise, d’aggravation du chômage et d’austérité tous azimuts, chacun de ces renoncements ne manque pas de renforcer le nationalisme, le racisme, le sexisme ou l’homophobie.

Après l’Oise où le Front national a effectué il y a quelques semaines une percée, le résultat du premier tour de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot le prouve une nouvelle fois. Le cocktail austérité + sécuritaire + affaires est dangereux. Et quand le PS mène une politique libérale, c’est bien l’UMP et le FN qui sont au second tour ! Et aucun « front républicain » ne peut constituer une résistance à long terme à la poussée des idées les plus réactionnaires. Pas plus qu’il n’y a de digue entre la droite et l’extrême droite, comme on aimait à nous le répéter ces dernières années…

Quand il faut reconstruire un front unitaire

Il est nécessaire et urgent de reconstruire un mouvement antifasciste et antiraciste de masse, un front de résistance unitaire à l’extrême droite. Initié par Solidaires et regroupant de nombreuses organisations politiques et associatives, l’appel national unitaire pour un week-end de mobilisation nationale, avec en point d’orgue la manifestation du 23 juin à Paris, est un bon début et doit être une réussite.

Au-delà de ces manifestations, il est nécessaire sur le long terme de remettre en place au niveau national et local un cadre militant pérenne s’appuyant sur des réseaux de mobilisation antifasciste. L’enjeu de ces prochains mois ? Déconstruire le discours de l’extrême droite mais également réagir aux interventions de celle-ci, dans les quartiers, les entreprises, les facs et les lycées, organiser des actions de masse. Construire un mouvement qui rassemble les nouvelles générations et les organisations du mouvement ouvrier.

Organiser la riposte antifasciste, c’est urgent !

Sandra Demarcq