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Contre la réunion publique des enfants de Pétain, fachos hors de nos luttes !

le 18 janvier 2019, par Commission nationale antifasciste

Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes », l’extrême droite dans toute sa diversité tente d’y faire son nid et de récupérer la légitime colère populaire.

Cet entrisme atteint son paroxysme avec l’organisation d’une réunion publique à Rungis le 19 janvier intitulée « Gilets jaunes, ou la révolution qui vient ! ». Si le titre peut paraître séduisant, il s’agit en réalité d’une initiative des pires déchets de l’extrême droite. Cette réunion s’inscrit dans une tentative de regroupement électoral de l’extrême droite la plus radicale pour présenter une liste aux Européennes (Voir l’interview d’Yvan Benedetti dans Rivarol) en profitant d’une prétendue "fenêtre de tir historique" pour une ultra-droite dopée aux gilets jaunes. On peut citer comme précédent la manif "Jour de colère" de janvier 2014 qui rassemblait déjà les mêmes protagonistes cachés derrière quelques "Français révoltés". De plus, Soral/Dieudonné ont l’expérience de la liste des Européennes de 2009. S’ils y arrivent, leur objectif est de faire 3 % (pour être remboursés) en se présentant comme une liste Quenelle/Gilets jaunes...

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Cette réunion publique est une inacceptable tentative de détournement de la colère populaire

Les cinq cavaliers de l’antisémitisme

Pour ce qui est des intervenants prévus, nous sommes à mi-chemin entre la cour des miracles et la dream team de l’extrême droite décomplexée. Sont ainsi annoncés Yvan Benedetti, ancien président de l’Œuvre Française (organisation pétainiste dissoute suite à l’assassinat de Clément Méric), Jérôme Bourbon, directeur du journal pétainiste Rivarol, Elie Hatem ancien membre du Front National et de l’Action Française, Hervé Ryssen, ancien collaborateur de Rivarol, et Alain Soral d’Égalité et Réconciliation.

Outre leur penchant pour la révolution nationale, ce qui unit le plus ces intervenants est clairement leur antisémitisme forcené et obsessionnel. Benedetti avait été exclu du Front National après s’être déclaré « antisioniste, antisémite, anti-juif ». Hervé Ryssen, maintes fois condamné, se définit régulièrement comme « raciste et antisémite » ou encore « antisémite et fier de l’être ». Jérôme Bourbon assume tout autant ce positionnement, lui qui déclarait « Pourquoi toujours être sur la défensive en disant : je ne suis pas fasciste, pas nazi, pas antisémite ? Affirmons-nous sans complexe. ». Elie Hatem, s’il est plus prudent au regard de la loi, est un fidèle adepte de Charles Maurras, antisémite viscéral et grand défenseur du statut des juifs instauré sous Vichy. Enfin, l’obsession maladive d’Alain Soral par les juifs lui a valu de nombreuses condamnation.

Ce n’est pas un hasard si les fachos les plus ouvertement antisémites sont parmi ceux qui essayent le plus de récupérer la mobilisation en cours. Ce qui faisait dire à Auguste Bebel que « l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles » est toujours bien présent. L’association d’idée entre les juifs et la grande finance à hélas encore de beaux restes dans bien des esprits. De même, la défiance, pleinement justifiée, de bien des manifestants avec ou sans gilet jaune pour le pouvoir, la sensation – aisément compréhensible – que la société est gérée par une minorité de manière totalement opaque et qu’on leur raconte n’importe quoi à longueur de temps est un terreau fertile pour les théories conspirationnistes en tout genre. Or antisémitisme et complotisme sont structurellement liés depuis leurs origines à aujourd’hui, depuis l’image de la pieuvre tentaculaire pour représenter les juifs dirigeant le monde dans l’ombre jusqu’au fameux « lobby sioniste » cher aux soraliens qui contrôlerait secrètement les institutions, en passant par l’hebdomadaire Je suis partout ou les théories du complot synarchique qui a connu son heure de gloire sous Vichy et est toujours en vogue.

La tentation putschiste

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Si, guidées par les ambitions électorales, les sensibilités d’extrême droite plus intégrées institutionnellement (direction du Rassemblement National, Les Identitaires, Debout La France...) se montrent prudentes, surfant surtout sur le ressentiment anti-macron dans le but de se présenter comme la seule alternative crédible, d’autres franges des fachos se donnent des frissons et se sentent pousser des ailes, n’hésitant pas à en appeler comme les organisateurs de cette réunion publique à la révolution nationale, à l’insurrection patriotique...

Certains rêvent d’un 6 février 34 réussi, comme chez les anticapitalistes nous pouvons parfois en appeler à un mai 68 qui aille au bout, d’autres se réfèrent plus aux événements de Maïdan et au poids capital qu’y ont acquis des groupes d’extrême droite particulièrement violents.

D’autres secteurs de l’extrême-droite enfin, cherchent une voie plus par en haut, espérant la cession ou la conquête du pouvoir à ou par des militaires. La signature d’une lettre ouverte à Emmanuel Macron contre le pacte de Marrakech par quatorze généraux - dont le plus connu est Christian Piquemal, radié de l’armée suite à sa participation à la manif Pegida de Calais - avait fortement encouragé les fantasmes d’un nouveau putsh des généraux du 21 avril 1961. D’autres, dans une forme plus policée, souhaiteraient que Macron nomme premier ministre son ancien chef d’État major des armées démissionnaire Pierre de Villiers (frère de Philippe), emboîtant ainsi le pas au porte parole autoproclamé des gilets jaunes du Vaucluse, Christophe Chalençon. D’autres enfin, inclinent plus pour Jean-Marc Menichini, lieutenant-colonel de gendarmerie en retraite et délégué du Rassemblement National, qui s’était exprimé contre une répression excessive des manifestations.

Une responsabilité d’ampleur dans une mobilisation atypique.

Cette réunion publique est absolument inacceptable et il faut tout faire pour qu’elle ne se tienne pas, elle doit être dénoncée pour ce qu’elle est, c’est à dire absolument pas une émanation de la mobilisation populaire, mais une tentative de récupération de celle-ci pour répandre le poison fasciste.

La tentative d’OPA des fachos sur le mouvement social actuel ne saurait cependant se résumer à ces caricatures factieuses et ouvertement antisémites. Toutes les sensibilités de l’extrême droite s’y essayent, parfois plus insidieusement. Les différents complotistes prennent notamment une part non négligeable dans la mobilisation, que ce soit le versant plus souverainiste avec les fans d’Asselinneau, les proches d’Etienne Chouard, que la percée de la revendication du référendum d’initiative citoyenne (RIC) a remis sur le devant de la scène ou les électrons libres à l’image du médiatique porte-parole Maxime Nicolle, dit Fly Rider.

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Les complotistes ne sont pas les derniers à surfer sur la mobilisation

Cette relative aisance de l’extrême droite dans cette mobilisation s’explique par de nombreux facteurs, et incombe notamment à l’incurie du mouvement ouvrier traditionnel. Le mouvement des gilets jaunes s’est initié sur internet, terrain de prédilection de l’extrême droite. De plus la revendication initiale, aujourd’hui depuis longtemps dépassée, à savoir l’abandon de la hausse de la taxe sur les carburants, bien que juste, touche au domaine automobile, cher depuis longtemps à l’extrême droite qui s’était récemment rodée en étant à la pointe de la contestation de la baisse de la limitation de vitesse à 80km/h sur certaines routes nationales. Dès le début, l’extrême droite avait une place inhabituelle dans les mobilisations sociales. On se rappelle ainsi du succès de la vidéo d’appel aux premiers blocages de rond-points du 17 novembre de Frank Buhler, membre de Debout La France, des appels à la mobilisation de Dupont-Aignan, des Patriotes de Philippot ou du Rassemblement National qui tous, étaient venus faire des séances photos avant de se faire plus discret, dépassés par l’ampleur de la colère sociale. La présence de l’extrême droite a surtout été facilité par l’absence des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier, qui les virent généralement des manifestations. Surtout, l’inertie du mouvement social ne permet pas jusqu’à ce jour de donner une tonalité clairement progressiste à la mobilisation et favorise un flou général qui permet aux fachos d’y creuser leur nid. L’extrême droite est en effet la première à encourager la revendication d’apolitisme de la mobilisation pour mieux s’y fondre et minimiser le risque de s’en faire écarter. Elle fait également souvent son possible pour que n’émergent pas de revendications sociales claires qui les mettraient immédiatement en porte-à-faux avec les besoins des travailleurs et travailleuses, car rappelons que la majorité de l’extrême droite, et notamment sa plus grande organisation, le Rassemblement National, est contre l’augmentation du SMIC et des minimas sociaux, contre la défense des services publics... Si la mobilisation des gilets jaunes marque un regain fracassant de la lutte des classes, elle ne va pour l’instant par vers un endiguement de l’effritement de la conscience de classe, effritement qui ne peut que profiter aux fachos.

Nous devons marteler les antagonismes fondamentaux en rappelant que si on ne parvient pas à remplir son frigo en fin de mois, c’est du fait des patrons et non pas des immigrés et que, si le pouvoir politique, économique et médiatique est bien confisqué par une élite ultra minoritaire, c’est par la bourgeoisie qui nous exploite et que les juifs, même rebaptisés sionistes, n’y sont pour rien.

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Les actions coups de poing qui ont permis à plusieurs reprise de virer les fachos des cortèges (notamment à Paris et Bordeaux) font plaisir mais elles ne règlent pas le problème car ceux-ci reviennent à la ruelle suivante et que dans la plupart des zones rurales au cœur de la mobilisation, il n’y a pas de militants antifascistes pour le faire.

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Fort heureusement, les fachos connaissent régulièrement des déboires dans les manifestations des gilets jaunes (ici, Yvan Benedetti à terre), mais ce ne sera pas suffisant pour empêcher l’extrême droite de squatter la mobilisation.

Le seul moyen d’empêcher cette intrusion de l’extrême droite dans la contestation sociale est de la rendre infréquentable pour eux. De lui donner une coloration progressiste claire, d’y afficher haut nos idées et le refus de l’extrême droite. Il faut que dans toutes les assemblées générales, dans tous les cahiers de doléance établis, dans tous les cortèges, le mouvement ouvrier et les progressistes mettent en avant la solidarité de tous les exploités, quelque soit leur origine, leur confession, leur genre ou leur orientation sexuelle. Il faut que partout dans les luttes en cours soit clairement établi que les fachos ne sont pas les bienvenus.

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Manifestation des gilets jaunes du 12 janvier à Valence