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Couacs et raccolage électoral : Un entre-deux-tours délicat pour le FN

le 2 mai 2017, par Bertold du Ryon
Le dernier meeting de Le Pen, loin de faire le plein

La question de savoir si le verre était à moitié plein ou à moitié vide, ne se posait pas ici. La salle était vide à plus que la moitié lorsque Marine Le Pen a réuni ses troupes pour son « dernier grand meeting de campagne » avant le second tour du dimanche 07 mai. Ce n’était très visiblement pas une réunion publique attirant des électeur-rice-s potentiel-le-s ou des « simples curieux », mais un rappel des troupes militantes venues de toute la France. Les bus et autres véhicules alignés devant la salle étant immatriculé dans les Yvelines, dans le Nord ou encore dans les Alpes-Maritimes.

C’était le lundi 1er mai au Salon des expositions à Villepinte, en grande banlieue nord de Paris. Depuis l’année dernière, le FN n’organise plus la traditionnelle manifestation – mêlant « journée du travail et des travailleurs » et « fête de Jeanne d’Arc » - qu’il organisait chaque année à Paris, depuis le 1er mai 1988. Une alerte de la police datant de février 2016 et qui indiquait que le FN était visé dans un article publié dans un média de l’« État islamique » (Daesh), a servi de déclencheur. La direction du FN a alors décidé de ne plus organiser de défilé de rue « à l’honneur de Jeanne d’Arc », entre la place des Pyramides et l’Opéra de Paris. Cela arrangeait bien une partie des dirigeants, qui considéraient que c’était une bonne occasion de se défaire de l’une des habitudes de l’ex-président du parti, Jean-Marie Le Pen. En 2016, c’était donc une réunion en salle à la porte de la Villette qui avait remplacé le rassemblement de rue.

Cette année, Jean-Marie Le Pen, désormais bien marqué par l’âge (bientôt 89 ans) et écarté par la direction de son parti, a encore rassemblé 300 personnes à la place des Pyramides. Même si son discours a plutôt tourné au fiasco… entre des problèmes de son et des feuilles du discours qui s’envolaient avec le vent. Marine Le Pen, elle, a donc privilégié la tenue d’une réunion électorale… dans une salle un peu trop grande.

Le hall 5B du Salon des expositions, proche de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, mesure 26.000 mètres carré et peut officiellement contenir jusqu’à 25.000 personnes, assises et debout. Or, une bonne partie de la salle était fermée et dissimulée par des rideaux, de façon plus ou moins visible. Une observatrice du journal « Le Monde » a compté environ 6.000 personnes présentes, ce qui nous semble correspondre à la réalité. Au même endroit, en 2012, Nicolas Sarkozy avait mobilisé dans un autre hall des dizaines et des dizaines de milliers de personnes. L’affaire montre, au moins, que la base militante (active) et l’appareil du FN ne sont toujours pas très consolidés, et restent largement en décalage avec la surface électorale que le partie d’extrême droite a désormais acquise avec 7,6 millions de voix au premier tour du 23 avril.

Dans les médias, le discours de Marine Le Pen a été vite épinglé en raison du fait qu’elle avait « plagié » quatre passages d’un discours tenu par François Fillon à la mi-avril de cette année, au Puy-en-Valay, et traitant de l’« identité » de la France. L’appareil du FN a aussitôt répliqué qu’il s’agissait d’un « clin d’œil » délibéré à la base ou à l’électorat de la droite LR. Or, comme Marine Le Pen n’avait pas annoncé qu’elle était en train de citer l’ex-candidat de la droite réactionnaire et libérale, elle semble avoir commis au moins une erreur de communication que la presse retourne désormais contre elle.

Les jours précédents, Marine Le Pen s’était aussi servi allègrement dans le vocabulaire de Jean-Luc Mélenchon, reprenant entre autre le terme d’ « oligarchie » à son compte (auparavant, elle parlait plutôt du « système » ou de « la caste » qu’elle aurait en face d’elle). Ou encore disant d’elle-même : « Je suis une insoumise », en allusion ouverte à la dénomination de « La France insoumise ». Dimanche 30 avril au matin, Marine Le Pen avait aussi parlé de « planification écologique » - autre terme cher à Mélenchon -, lors d’un déplacement à Gardanne, devant l’usine d’aluminium Altéo.

Cette dernière a été épinglée pour avoir déversé depuis des années des « boues rouges » toxiques dans la Méditerranée. Le but officiel de la visite de Le Pen était de démontrer qu’un « État stratège » (maître-mot de son discours économique dès 2012) devait être capable de marier préservation de l’environnement et emploi. Or, manque de bol ou autre couac de communication, les portes de l’usine sont restées fermées à la candidate du FN, qui y a répondre que c’était « pas grave », les cameras des médias étant au moins présents.

De son point de vue, sa visite à l’usine Whirlpool à Amiens – en lutte contre la menace de 300 suppressions d’emploi - , mercredi 19 avril, c’était nettement mieux déroulé. Elle avait réussi à doubler Emmanuel Macron, rendant visite au piquet de grève à l’heure où le candidat libéral était cantonné à la Chambre du commerce avec quelques représentants du personnel. A la même occasion, un délégué de la CFDT s’était affiché comme électeur du FN, avant d’être rappelé à l’ordre par la direction syndicale.

Un couac monumental résultait, en revanche, du remplacement de Marine Le Pen – ayant pris « congé de la présidence du FN » jusqu’à la fin de l’élection – à la tête du parti. Jean-François Jalkh, membre du parti depuis 1974, devait la remplacer en tant que président intérimaire. Or, manque de bol, il devint très vite public qu’il avait assisté à une commémoration à l’ « honneur » du maréchal Pétain en 1991, et qu’il avait tenu des propos ouvertement négationnistes sur le génocide des juifs en 2000. En catastrophe, la direction du FN le remplaça par Steeve Briois, vendredi 28 avril. Chassez le naturel, et il revient au galop…