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Front national. Chassez le naturel...

le 12 octobre 2016, par Bertold du Ryon

Dans cette campagne électorale déjà largement ouverte sans dire son nom, le FN aurait aimé apparaître comme « assagi », « modéré », bref : dédiabolisé au possible. Alors que Nicolas Sarkozy avait fait, fin août dernier, une entrée dans la campagne de la primaire LR avec bruit et fracas, au nom de l’ « identité française » et en attisant la peur de l’islam, Marine Le Pen jouait sur du velours. Dimanche 11 septembre, sur TF1, à une question visant à savoir si – selon elle – la religion musulmane pouvait «  trouver sa place dans la République », elle s’est même payé le luxe de répondre : « Je crois que oui. » Avant d’égrener un certain nombre de conditions, bien sûr, bien sûr.

Or, évidemment, l’habit ne fait pas le point et le discours ne fait pas de l’héritière d’un parti néofasciste, une démocrate. Encore moins en ce qui concerne ses sbires et partisans.

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A Hayange, le jeune maire FN Fabien Engelmann – qui passe pour une tête brûlée même chez un certain nombre de ses camarades – a osé fermer le local jusqu’ici attribué au Secours populaire. L’association, qui aide matériellement 800 habitantEs de la commune située en Lorraine, avait le tort, aux yeux du « tyran de Lorraine » (ainsi le journal « Le Monde » avait-il qualifié Engelmann en septembre 2014, c’est-à-dire six mois après son élection), d’avoir organisé un repas solidaire pour des migrantEs. Un crime politique pour Engelmann, qui accuse du coup l’association de « faire de la politique » et « de la propagande pro-migrants » (sic). Vendredi 30 septembre, des policiers municipaux ont débarqué au local que l’ancienne municipalité avait alloué au Secours populaire, pour en débarquer l’association.

Une autre face que le FN aurait mieux aimé garder cachée, celle de son probable financement illicite dans un passé récent, vient elle aussi de remonter à la surface. Le parti d’extrême droite et deux de ses dirigeants – Wallerand de Saint-Juste et Jean-François Jalkh, l’actuel trésorier ainsi qu’un de ses prédécesseurs – ont été renvoyés en procès, selon des informations publiées le 06 octobre dernier. Wallerand de Saint-Juste sera accusé d’abus de bien sociaux (ABS), et Jalkh cumule plusieurs chefs d’accusation : escroqueries, abus de confiance et ABS. En cause, la probable entreprise du FN consistant, autour des élections législatives de juin 2012, à obtenir un financement indu et illégal de la part de l’Etat. Le parti avait monté un système à travers lequel il vendait des « kits de campagne » bien trop chers, pour la modeste somme de plus de 16.000 euros, à se propres candidatEs… en vue d’un futur remboursement de leurs frais de campagne par les pouvoirs publics. Au cœur de la machine financière se trouvait Frédéric Chatillon, un ancien du GUD (groupe étudiant violent d’extrême droite) et ami personnel de Marine Le Pen, mais aussi grand ami du régime syrien. Lui-même est mis en examen dans l’affaire, pour plusieurs chefs d’inculpation, depuis début 2015.

En attendant, le FN travaille à construire une campagne d’opinion – en parallèle à sa pré-campagne électorale – en multipliant les points de tension et de frictions sur tout le territoire français, dans les endroits où le gouvernement souhaite installer provisoirement des migrantEs de la « jungle » de Calais qu’il souhaite démanteler. Certes, les « Centres d’accueil et d’orientation » ne sont prévus que pour trois mois d’hébergement, et au-delà du mois de mars prochain, les migrantEs se retrouveront avec rien sauf s’ils seront rentrés dans le procédure d’asile officielle en France. Mais le FN attise les peurs d’une prétendue « invasion » - présenté comme aussi dangereuse que durable – partout et particulièrement dans les zones rurales. Le 1er octobre, il a par exemple mobilisé 150 à 200 manifestants (souvent extérieurs à la commune) dans le village de Saint-Denis-de-Cabanne, 1.300 habitantEs, situé dans la Loire. Le FN fait ainsi durer une agitation, quitte à nourrir des violences. Dans la nuit du 04 au 05 octobre, des coups de feu ont été tirés sur un futur centre d’accueil de migrants à Saint-Brévin (Loire-Atlantique), et la nuit suivante, contre un autre situé à Saint-Hilaire-du-Rosier en Isère.