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Débat autour de l’offensive des extrêmes droites

le 11 juin 2014, par Patrick Le Moal

Réunissant 70 personnes, la deuxième séance des « débats pour l’émancipation » organisée samedi 31 mai par l’association Pour l’émancipation politique et sociale [1] abordait une question d’actualité : replacer la montée de l’extrême droite dans un contexte plus large, et réfléchir aux relations actuelles de l’extrême droite avec les classes fondamentales de la société.

La première table ronde a réuni Maurice Rajsfus, écrivain et ancien président de Ras l’front, et Bernard Schmid, juriste, militant de Visa (Vigilance initiatives syndicales antifascistes). Elle a replacé la montée du FN dans l’histoire de l’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale. L’extrême droite française a d’abord gagné les couches moyennes écrasées par la concentration du capital et l’exode rural, puis après avoir défendu un discours ultra-libéral, le FN a fait le pari, après la chute du mur de Berlin, qu’il n’y aurait plus de réponse à gauche, et que lui seul pourrait exprimer la colère sociale.
Dans la deuxième partie de l’après-midi, l’échange avec Gilles Richard, historien et spécialiste de l’histoire des droites au XXe siècle, Christine Poupin, porte-parole du NPA, militante féministe, et syndicaliste dans l’industrie, et Michel Briganti, juriste et co-­auteur de la Galaxie Dieudonné, pour en finir avec les impostures, a montré que si certains patrons, avec un tissu de petites entreprises, soutiennent le FN, il n’en est pas de même pour les grandes entreprises et les grandes organisations patronales, du fait notamment de sa position sur la construction européenne et l’euro. Dans le même temps, abstention mise à part, le FN apparaît sur le plan électoral comme le « premier parti ouvrier », sans être bien évidemment le « parti des ouvriers »...

Comprendre pour combattre

À partir de ces interventions a été abordée la question plus large du lien entre les droites et la société qui met en contexte la place du FN dans le système partisan français. Les débats entre les droites et les gauches, complexes et spécifiques au contexte français, se sont transformés au moment de l’intégration dans l’entité européenne depuis le milieu des années 70. Celle-ci a brouillé le clivage historique droite-gauche, donnant une place particulière au FN comme rassemblement de la famille nationaliste.
À également été abordée l’opération « modernité/séduction » du FN en direction des femmes, derrière laquelle se cache une essentialisation de celles-ci et une légitimation du patriarcat, de la famille comme élément central et fondamental de la société, s’appuyant sur l’idée qu’il existerait une « nature féminine », une essence caractérisée par la maternité. Cela alors que les études sur le genre montrent bien que la culture prime sur la nature, l’inné sur l’acquis... Logiquement, cet essentialisme est le corollaire du racisme.
Une après-midi riche et stimulante !

[1La première séance a eu lieu le samedi 15 février autour des thèmes abordés par Olivier Besancenot dans son livre la Conjuration des inégaux, la lutte des classes au XXIe siècle.