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Dieudonné et Soral : pathétique duo facho...

le 31 janvier 2014, par Commission nationale antifasciste

Dossier réalisé par la commission nationale antifasciste du NPA

Dieudonné entretient des liens suivis avec l’extrême droite organisée depuis une dizaine d’années. Ces liens furent d’abord présentés sous l’angle de la « provocation » et du prétendu humour, mais ce stade est dépassé depuis longtemps...

Entretien entre Dieudonné et Serge Ayoub, mis en ligne le 30 juillet 2013 (capture d’écran).

Entrée en matière dans le nauséabond

Suite à ses premiers propos choquants sur la Shoah, notamment sa déclaration prononcée en février 2005 à Alger sur la « pornographie mémorielle » autour du 60e anniversaire de la fin de la Shoah, Dieudonné reçoit d’abord le « soutien » de l’entourage de Bruno Gollnisch. Ce dernier avait fortement relativisé l’existence des chambres à gaz, lors d’une conférence de presse à Lyon quelques mois plus tôt le 11 octobre 2004, ce qui lui avait valu d’être exclu de l’université Lyon-III. Aussi, quand cette sortie de Dieudonné a provoqué critiques et condamnations politiques, « l’humoriste » a reçu le soutien de l’entourage de Gollnisch, au nom d’une solidarité entre « persécutés »... Hugues Petit, conseiller régional FN en Rhône-Alpes et président du « comité de soutien » à Gollnisch, déclara ainsi : « Je soutiendrai sans réserve Dieudonné s’il est poursuivi au nom de la loi Gayssot pour ses derniers propos. »

Le FN en soutien...

En 2006, les choses s’accélèrent. Du 27 au 31 août, Dieudonné voyage à Beyrouth avec le « rouge-brun » Alain Soral, l’idéologue complotiste Thierry Meyssan et un journaliste de Minute, Lionel Humbert. L’hebdomadaire d’extrême droite daté du 13 septembre 2006 est donc le seul journal français à rendre compte du voyage organisé par Frédéric Chatillon, un ancien du Gud proche du régime syrien. Le 11 novembre suivant, Dieudonné se rend à la « Convention présidentielle » de Jean-Marie Le Pen au Bourget. Le 18 décembre, une brochette de représentantEs du FN, Bruno Gollnisch, Jany Le Pen (épouse de Jean-Marie), Éric Iorio (ex-mari de Marine Le Pen) et Jean-Michel Dubois, assiste à un spectacle de Dieudonné au Zénith de Paris. On y croise aussi Soral et Meyssan.

Deux ans plus tard, le 26 décembre 2008, rebelote ! Sauf que Dieudonné innove : le spectacle se déroule à nouveau au Zénith de Paris, mais cette fois-ci, devant 5000 personnes, il fait monter le négationniste Robert Faurisson sur scène, Jean-Marie Le Pen assistant en personne à la représentation. Quelques mois avant, le 11 juillet, ce dernier était devenu le parrain de Plume, la dernière fille de Dieudonné...

En 2009, Dieudonné et Soral présentent leur propre liste (soi-disant « antisioniste ») aux élections européennes, sans le FN qui présente sa propre liste. Mais lors du dépôt du dossier de candidature au ministère de l’Intérieur le 13 mai, ça coince : la police immobilise le bus de Dieudonné sur les Champs-Elysées. Qui appelle-t-il pour prendre conseil ? Jean-Marie Le Pen ! Ce dernier sera d’ailleurs applaudi par l’assistance lors de la soirée électorale de la « Liste antisioniste » lorsque sa tête apparaît sur les écrans télévisés. Alain Soral prétendra même que Jean-Marie Le Pen avait voté pour sa liste…

Dieudonné : la « quenelle » avariée du faux clown

Dans les années 90, Dieudonné apparaît comme militant anti-raciste mais pas seulement : il se revendique tout autant écologiste, pro-palestinien et athée. Il ancre principalement son engagement militant dans la lutte pour la reconnaissance et la mémoire de l’esclavage du peuple noir. Par un étonnant paradoxe, c’est cette quête identitaire aux fortes orientations humanistes, voire révolutionnaires, croisée avec son intérêt pour la lutte du peuple palestinien, qui va le mener à se rapprocher petit à petit de l’extrême-droite...

Les différents systèmes d’oppression qui caractérisent notre monde moderne s’enracinent tous dans l’inégalité profonde du système économique, mais ils prennent ensuite les formes les plus diverses. C’est ce qui les rend si difficiles à discerner et à combattre. Mais Dieudonné refuse de se confronter à cette complexité : il dérive rapidement vers un discours simpliste sur l’anti-impérialisme et l’oligarchie financière mondialiste. A l’issue de ce cheminement vers la facilité intellectuelle, son combat se résume à dénoncer un pseudo complot juif international. Longtemps, il cache ce basculement vers les thèses chères à l’extrême-droite antisémite sous le déguisement du discours « antisioniste » et, quand il va trop loin, sous le sceau de « l’humour » et de la « liberté d’expression ». L’humour étant l’excuse habituelle de tous les racistes et sexistes (« c’est pour rire »...).

Dieudonné cultive son côté provocateur et affirme son statut d’humoriste pour faire passer la pilule et esquiver tout débat de fond. Mais quand il interviewe très sérieusement Serge Ayoub (alias « Batskin »), le chef des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, dissoute suite à l’assassinat du jeune militant antifasciste Clément Méric, on est en droit de se poser la question : où est l’humour ? Il n’y en a pas : juste une provocation et une affirmation au grand jour de ses affinités politiques ! De même, plusieurs militants d’extrême droite (dont des JNR) assureront la protection du théâtre de la Main d’or et de Dieudonné.

Quand Valls prétend lutter contre Dieudonné

Si ces derniers temps Dieudonné est revenu au cœur de l’actualité, c’est grâce à Manuel Valls. Dans le cadre d’une politique antiraciste cohérente, on pourrait peut-être se réjouir de ce genre de condamnation publique. Mais ne soyons pas dupes : on se souvient des sorties de Valls à Évry, où, au cours d’une brocante, il lâche négligemment : « Belle image de la ville d’Évry ! Tu me mets quelques blancs, quelques white, quelque blancos ». Pour enfoncer le clou, on pourrait aussi évoquer sa politique comme ministre de l’Intérieur qui réussit l’exploit d’atteindre un niveau d’expulsions de Roms encore plus importantes que sous Sarkozy... « L’affaire Dieudonné » lui permet juste de se racheter à peu de frais une conscience de gauche !

Jusque là, aucun homme politique de droite comme de gauche, ne s’était inquiété des milliers euros d’amendes que Dieudonné doit au Trésor public, notamment après une série de condamnations pour propos antisémites ou injures, amendes dont pas un centime n’a été payé. Parmi ses plus récentes condamnations, celles pour avoir comparé les « juifs » à des « négriers » dans une interview au JDD, ou encore pour avoir qualifié la Licra d’ « officine israélienne ». La liberté d’expression est un droit précieux pour lequel nous nous sommes toujours battu. C’est d’ailleurs pour cela que nous étions hostiles à la volonté de Valls d’interdire à priori les spectacles de Dieudonné : interdire l’expression d’un individu parce qu’on suppose qu’il va tenir des propos condamnables juridiquement est un précédent très dangereux qui pourrait demain être utilisé contre tous ceux qui critiquent les pouvoirs en place. Mais quand ce type de propos est effectivement tenu, il est juridiquement condamnable. Et non, il ne s’agit pas de répression sur une pauvre victime : le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit, il en va de même pour l’antisémitisme.

Signe extérieur d’antisémitisme

Dieudonné est également à l’origine de la fameuse « quenelle », popularisée avec son affiche lors de la campagne antisioniste de 2009. Elle est aujourd’hui communément expliquée comme un geste « anti-système », alors qu’il s’agit bien d’une nouvelle version du bras d’honneur qui vise les puissants, les riches et surtout les juifs. C’est bien un geste antisémite [1]. Et quand ce geste est exécuté par un homme qui ne perd pas une occasion de déclamer sa haine des juifs et qu’il est repris par de nombreux cadres, candidats aux municipales et dirigeants du FN (Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnich, Frédéric Chatillon, Marie d’Herbais), le doute n’est plus permis : Dieudonné se défend aujourd’hui de ses liens avec le FN, il s’agit pourtant bien du seul parti dont les dirigeants et militants reprennent « la quenelle »...

Outre des militaires et des policiers, des personnalités comme Anelka ont repris ce geste au nom de son caractère prétendument « anti-système », ce qui n’a fait qu’accroître la popularité de « l’humoriste ». Pourtant, on s’étonne de constater que le système, d’habitude si prompt à condamner lourdement ceux qui se rebellent (syndicalistes, grévistes...), se montre bien laxiste vis-à-vis de ses pseudo détracteurs : pas un militaire, pas un policier n’a été condamné pour cette pseudo-rébellion. Quant à Anelka, sa carrière de footballeur outre-manche, largement rétribuée par son club et ses sponsors, se porte plutôt bien.

Business « anti-système »...

De son côté, Dieudonné n’a pas tardé à déposer auprès de l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle) les marques « quenelle » et « quenelle + », développant ainsi une stratégie merchandising fleurissante via la distribution de produit dérivés sur le web. Le militant « anti-système » se révèle ainsi être un redoutable capitaliste. Sa société de conseil en communication « e-quenelle » affiche en 2012 un chiffre d’affaire de 88 100 euros et sa société de production 1,8 millions. C’est à se demander comment les milliers de militants qui luttent chaque jour contre les injustices de ce système se sont débrouillés pour ne pas tous finir milliardaires…

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Comment cet homme, multimillionnaire et plein de haine raciale, peut-il encore se prétendre le porte-voix des opprimés ? Vouloir soit-disant se venger d’une oppression raciste en s’en prenant à une autre minorité, c’est une recette vieille comme l’extrême droite. Ce n’est pas lutter contre le système, c’est faire le jeu de ceux qui veulent diviser notre camps social, ceux-là même qui sont responsables des oppressions subies par ces jeunes de classes populaires qui acclament le pseudo humoriste qu’est Dieudonné.

Pour en savoir plus :

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Briganti M., Déchot A. & Gautier J.-P. (2011). La galaxie Dieudonné, pour en finir avec les impostures. Ed. Syllepse.