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Droite et FN : la courte échelle

le 6 avril 2015, par Roseline Vachetta

Les départementales ont revêtu un enjeu national. La nouvelle règle imposant la parité absolue des candidatEs aurait pu être un élément fort de ce scrutin, mais c’est surtout l’agenda électoral, des régionales de décembre aux présidentielles de 2017, qui lui a donné une valeur de test. La défaite de la gauche, la victoire de la droite et le fait que l’extrême droite ne gagne aucun département, semble annoncer le retour de l’alternance « gauche »/droite fixée par la 5e République. Mais est-ce vraiment le cas ?

De retour à la tête d’une UMP extrêmement divisée politiquement et affaiblie par les affaires, Sarkozy s’était fixé l’objectif de rassembler un électorat déboussolé et attiré par les thèses frontistes.

La droite dure gagne au centre ?

Son programme d’opposition dure au gouvernement emprunte franchement à celui du FN, autour notamment de ses trois thèmes de prédilection : l’immigration, même si les propositions en la matière ne sont pas complètement les mêmes, l’identité nationale et la sécurité des Français. Côté social, avec un vocabulaire parfois différent, c’est bien l’intérêt du patronat que défendent les deux formations. Un score honorable autour de sa ligne devait permettre à Sarkozy de se propulser à la candidature pour la présidence de la République. C’est chose faite : en profitant de la débâcle de la gauche, il devient ainsi le patron de l’opposition. Est-ce à dire que sa stratégie a réussi ? Rien n’est moins sûr.
En effet, au premier tour, les meilleurs scores de la droite l’ont été dans les cantons où elle se présentait unie. Unie et multiple, avec l’UDI, le Modem ou des formations de centre droit en désaccord avec le positionnement politique de Sarkozy, notamment contre sa porosité avec les thèses frontistes et contre le ni/ni, la consigne de vote de second tour. Ainsi pour le « 3e tour » des départementales, ces divisions pourraient conduire à la mise en concurrence de candidats de droite pour la présidence des conseils départementaux.
À cette étape, et grâce notamment à la porosité des votes entre l’UMP et le FN, Sarkozy a gagné. L’UMP apparaît comme un parti institutionnel, en capacité de gouverner, il bénéficie du soutien de baronnies qui pèsent lourd dans les élections locales, le FN non. Mais dans le contexte d’une crise de régime profonde, avec son orientation, son électorat, son dynamisme, sa position de 3e force, c’est le FN qui polarise les débats et les divisions au sein d’une droite toujours en crise.

Au FN, une stratégie gagnante

Avant même les résultats, Marine le Pen a annoncé que son objectif n’était pas forcément de gagner des départements mais de continuer le maillage social et politique des territoires... Avec 62 conseillers départementaux et des scores au second tour qui se maintiennent à 25 %, un niveau historique au niveau local, ce vote devenu structurel vise à casser la bipolarisation UMP/PS et à engranger les moyens de gagner demain.
Ses atouts sont nombreux. La jeunesse de ses militants d’abord : les candidats du FN avait la moyenne d’âge la plus basse, dont une partie seront demain les cadres du parti. De gros financements publics ensuite : avec 23 élus au Parlement européen et ses scores aux départementales, le FN est un parti riche. Et puis la méthode : centralisation du parti, formation, travail sur le terrain, tous les terrains, même celui du travail ouvrier. Ainsi, il confirme son implantation dans le sud-est, dans l’est et le nord, mais surtout il atteint aujourd’hui de nouveaux territoire à l’ouest et au sud-ouest. En plus de ceux des zones paupérisées ou rurales, il séduit des électeurs de la bourgeoisie, des catholiques, des cadres.
Le FN est en phase avec les idées dominantes les plus réactionnaires dans la société : le racisme, la faute aux étrangers, les « assistés » non méritants, l’insécurité... C’est aussi ce qui entraîne la porosité des électorats : ainsi, au premier tour, c’est dans les cantons les plus sarkozystes en 2012 qu’il fait les meilleurs scores.
Le « camp patriote » et le « rassemblement de toute la droite contre la gauche » marquent des points dans un électorat désabusé par des années d’abandon par les différents pouvoirs, et qui cherche une issue qui peut lui sembler crédible parce que « nouvelle »... L’extrême droite réussit ce que ne réussissent plus du tout les partis institutionnels : faire rêver, faire espérer un avenir meilleur pour soi-même... fusse-t-il au détriment des autres !
Au-delà de ces échéances électorales, nous devons agir. Contre « l’air du temps », sur les terrains concrets de la solidarité, pour rassembler notre camp sur des mobilisations sociales qui marquent, proposer des imaginaires politiques à notre classe, refonder ensemble une conscience collective, une fierté. Le temps presse.