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Droite & Extrême-droite : Recomposition en gestation ?

le 14 janvier 2011, par Gabriel Gérard, Pierre Baton

Depuis la campagne électorale de 2007, l’UMP chasse sur les terres du FN en menant une politique clairement raciste et sécuritaire, au risque de relancer l’influence frontiste.

La création de l’UMP et l’élection de Nicolas Sarkozy marquent l’aboutissement d’une dynamique de recomposition de la droite. Au nom de « la rupture », Nicolas Sarkozy réussissait à marginaliser, au sein de son camp, les « néo-gaullistes » et les démocrates-chrétiens. L’UMP faisait reculer, électoralement, le Front national en se réappropriant certains de ses thèmes : la sécurité et la lutte contre l’immigration au premier plan.
Au pouvoir, la « droite décomplexée » allie hostilité aux plus faibles, culte de l’argent, autoritarisme, atlantisme. Elle met en œuvre son programme de destruction des conquêtes démocratiques et sociales, sa « révolution conservatrice ».

Parallèlement à sa stratégie de « casse sociale », la droite sarkozyste accentue son offensive sécuritaire (en particulier à travers la loi de sécurité intérieure) ainsi que celle sur « l’immigration » et « l’identité nationale ». Une véritable chasse aux sans-papiers est organisée. Les expulsions passent, entre 2003 et 2008, de 9 227 à 29 726.

À droite, l’automne 2009 est marqué par un retour des affaires : procès Clearstream, présidence de l’Epad…

Les régionales de 2010 constituent un tournant pour le pouvoir. L’échec est cuisant : l’UMP atteint son niveau le plus bas de la ve République et le FN retrouve un score significatif. L’étouffement de l’extrême droite semble avoir fait long feu. Au lendemain de ce scrutin, Hervé Novelli rencontre Sarkozy et pointe le danger que représente Marine Le Pen. Selon lui, « elle s’est opposée à son père à chaque outrance, elle a une force de pénétration dans notre électorat impressionnante. »

Conçu comme une réponse à ce danger, le Collectif de la Droite populaire est créé le 14 juillet 2010. Il rassemble 35 députés UMP de la « droite de conviction » et souhaite un retour aux fondamentaux de 2007.

Discours de Grenoble

De nouveau confronté à une série de scandales au sommet de l’État (en particulier l’affaire Woerth-Bettencourt), Sarkozy, sur les conseils de Patrick Buisson, durcit le ton durant l’été 2010 : ce sera le discours de Grenoble.

Il débouche sur une extension de la déchéance de nationalité aux Français naturalisés depuis moins de dix ans. Du jamais vu depuis la loi Daladier-Sarraut de 1938.
Par ailleurs, il est publiquement affirmé qu’il existe des « Français de souche » et des « Français de papier », créditant un peu plus le discours frontiste. Sarkozy ira même jusqu’à remettre en cause le droit du sol, envisageant que les jeunes « d’origine étrangère » ne soient plus automatiquement français à leur majorité s’ils ont été délinquants.

Automne 2010. Tandis qu’une loi antiburqa et une énième loi sur l’immigration sont adoptées, Christian Vanneste, député du Nord, fondateur de la Droite populaire, se déclare partisan d’un alliance électorale avec le FN s’il renonce à « un certain nombre de positions, de phrases qui ne sont pas acceptables ». Le maire de Montfermeil, Xavier Lemoine, est également favorable à une entente entre l’UMP et le FN.

UMP-FN, chassé-croisé ?

Le récent remaniement gouvernemental témoigne d’un renforcement de la stratégie de droitisation de l’UMP, tandis que la génération qui prend les commandes du Front national cherche à occuper l’espace « républicain » à grand renfort de références gaullistes et laïques. Le pari politique est formulé par Bruno Gollnisch : « L’UMP ne survivra pas à l’échec programmé de N. Sarkozy. Elle explosera. À partir de là, y aura-t-il une frange sincèrement désireuse de s’entendre avec la droite nationale et de réaliser au moins une part substantielle de son programme ? Si c’était le cas, je ne vois pas pourquoi […] on s’interdirait tout accord. […] Dans le cas contraire, qui a prévalu jusqu’à présent, nous devrons rester fermes sur nos positions, n’accepter aucun compromis de nature purement électoraliste. » En parfait accord avec son rival, Marine Le Pen s’attelle à changer l’image du FN dans l’électorat de droite et adopte le profil d’un parti de gouvernement, étape obligatoire pour attirer des cadres du parti majoritaire : « Le cordon sanitaire existe chez les élites, l’hyper­classe, mais pas à la base. Avec la dynamique présidentielle tout peut arriver. »

Pierre Baton, Gabriel Gérard