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Extrême droite : morcelée, mais dangereuse

le 16 novembre 2009, par Gabriel Gérard

Si les dernières élections confirment l’emprise de Marine Le Pen sur le Front national et l’influence de l’extrême droite, celle-ci reste éclatée.

Aux européennes, Marine Le Pen, dans sa circonscription, a réussi à «  limiter la casse  » [1] et réalise le meilleur score du FN (10,18%). A Hénin-Beaumont, commune où se cumulent pauvreté, chômage, délitements industriel et social et corruption d’une partie de la municipalité PS, la benjamine Le Pen, appuyée par l’équipe de « l’enfant du pays » [2], obtient 39,34% au premier tour des municipales partielles et améliore son score au second.

Tout porte à croire qu’elle succédera à son père au sommet de « l’entreprise familiale » FN et qu’elle sera la candidate du parti à la présidentielle de 2012. Mais, n’est-ce pas une victoire à la Pyrrhus ? En effet, le FN, passé de sept à trois élus au Parlement européen, connaît, depuis une décennie, une crise militante, une hémorragie régulière de ses cadres [3] et un endettement élevé [4]. La crise majeure, ouverte en 1998 par la scission « mégretistes » [5], ne semble toujours pas close. Fruit de divisions internes (divergences sur les rapports avec la droite de gouvernement, désaccords sur les contours et la définition de l’identité française, divergences sur l’évolution de la société française…), accentuées, dans les années 1990, par des mobilisations antifascistes massives, elle ne cesse de rebondir, contraignant la nouvelle génération de cadres frontistes à faire son «  baptême du feu  », dans le nouveau cycle historique ouvert par la chute du Mur de Berlin.

Clivages

La nouvelle donne politique de ce cycle a amplifié les effets centrifuges de la scission de 1998 et mis fin au « compromis nationaliste » sur lequel le Front national avait construit son influence depuis les années 1970. Aujourd’hui, la «  famille nationaliste » reste traversée par des clivages, anciens et nouveaux : l’identité, les questions internationales, les réponses (nationales-libérales ou nationales-sociales) à la mondialisation, à la crise financière et à l’offensive sarkozyste… Ces clivages débouchent sur des choix organisationnels différents selon les composantes.

Certaines privilégient le combat électoral (leurs faibles scores marquent surtout leur capacité de nuisance face au FN). Fin 2007, d’anciens FN, pour beaucoup passés par le Mouvement national républicain (MNR), constituent la Nouvelle Droite populaire (NDP) sur une critique radicale du mondialisme et de l’islam. Début 2009, Carl Lang crée le Parti de la France (PDF), pour renouer avec les « fondamentaux » que les « marinistes » renieraient. Des groupes régionaux du FN éclatent (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Centre, Basse et Haute-Normandie). La « vieille garde lepéniste » et la NDP se mettent alors au service de Carl Lang, sans nécessairement rejoindre le PDF. En février dernier, l’ex-stalinien Alain Soral claque la porte du FN et rejoint Dieudonné sur sa liste « antisioniste ». L’association de Soral devrait se transformer en Parti de la réconciliation nationale, à la fin de l’année.

Contexte européen

D’autres composantes privilégient «  l’enracinement  » militant et l’activisme. Depuis l’été 2002 [6], les Identitaires, « régionalistes et européens », investissent le terrain. Leur activisme, souvent violent, se porte surtout contre les immigrés et les IVG. Comme en Italie, ils installent des « centres sociaux » (Lille, Nice, Guerlesquin). Créé en 2005, le Renouveau français concurrence les Identitaires sur le terrain de l’activisme. Ce groupe « nationaliste, catholique et contre-révolutionnaire », dirigé par un ex-FN, organisait, cette année, la commémoration du 6 février 1934 [7] devant l’Assemblée nationale. La mouvance d’« ultradroite » reste présente dans les stades, organise des concerts et joue les supplétifs dans les services d’ordre « unitaires ».

D’autres, enfin, veulent peser « à la droite de la droite » et rejoignent le Mouvement pour la France (Jacques et Marie-Claude Bompard, Gérard Freulet…) ou, in fine, l’UMP (Daniel Simonpieri, Guillaume Peltier…).

Le morcellement actuel de l’extrême droite française est, fort heureusement, un frein à son influence. Mais, il est nécessaire de resituer ce « contre-temps » dans un contexte continental, favorable à la progression des droites populistes et xénophobes.

Gabriel Gérard

[1Selon les propos de Marine Le Pen à l’annonce des résultats d’Hénin-Beaumont.

[2Sur l’implantation de Steeve Briois (tête de liste) et de son équipe, il faut voir le documentaire d’Édouard Mills-Affif, « Au pays des gueules noires ».

[3De nouveaux départs du bureau politique étaient rendus publics au lendemain des européennes.

[4Le FN traîne 9 millions d’euros de dette. Pour l’essentiel, elle a été contractée auprès de l’imprimeur Fernand le Rachinel. Ce dernier a contribué à la présentation de la liste « antisioniste » de Dieudonné.

[5Bruno Mégret et ses partisans ont alors créé le Mouvement national républicain qui, aujourd’hui, compterait un millier d’adhérents.

[6Date de la dissolution d’Unité radicale.

[7Émeutes antiparlementaires à l’initiative des ligues d’extrême droite.