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FN : démagogie populiste, racisme et xénophobie

le 12 mars 2015, par Yvan Lemaitre

Article publié dans l’hebdo l’Anticapitaliste n°279

Le gouvernement, le PS et les médias voudraient faire une campagne de pub pour le FN qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Alors que commence la campagne pour les élections départementales du 22 mars, les uns et les autres réussissent à mettre le FN au centre de tous les débats. Marine Le Pen ne pouvait rêver mieux.

Le salon de l’agriculture aura été placé sous le signe du Rassemblement bleu marine. Quand Marine Le Pen y est venu passer la journée sous l’œil des caméras, le terrain avait été préparé par Hollande et Valls pour qu’elle puisse se féliciter de leurs attaques. Elle s’est empressée d’ironiser sur « une forme de panique » et de dénoncer ces attaques qui viseraient la seule opposante défendant les classes populaires, en particulier les intérêts du million d’agriculteurs du pays victimes des normes, de « la concurrence de produits à bas coûts dans le cadre d’un dumping considérable », de la PAC…
Ce faisant, elle répondait à François Hollande qui déclarait : « Malgré toutes les imperfections de la Politique agricole commune, c’est quand même cette PAC qui a permis depuis cinquante ans à notre agriculture de se développer », rajoutant « Il ne faut pas écouter les populistes, il faut écouter l’Europe qui a des solutions pour les agriculteurs. Le populisme ronge les campagnes, avec eux il n’y aurait plus d’Europe, plus d’aides aux agriculteurs, plus de garanties sur un certain nombre de prix ». Deux jours après, Valls en rajoutera une couche : « les agriculteurs savent ce qu’ils doivent aux pouvoirs publics, particulièrement à l’Europe. Voter Front national, c’est détruire ce modèle européen qui a aussi soutenu l’agriculture française ».

« Bêtes et méchantes »

Les sourires populistes n’empêchent pas les tréfonds réactionnaires sur lesquels prospèrent le FN de remonter à la surface, à travers des déclarations nauséabondes, racistes, xénophobes de divers postulants. Ainsi, les candidats du canton de Narbonne 2 appellent les « socialistes, communistes et musulmans » à faire « Un geste pour la planète : suicidez-vous ! ». La candidate du canton de Torcy (77) multiplie les propos s’en prenant aux musulmans, aux Algériens, aux Tunisiens, aux Noirs, etc. Une candidate dans l’Ariège compare « l’Islam et les mahométans » à la « peste bubonique du 21e siècle » et s’en prend aux « sales gouines ». Un candidat a été désinvesti pour s’être revendiqué de la devise pétainiste : « Travail, famille, patrie », et un autre a été exclu pour des propos sur Facebook dans lesquels il appelait au meurtre de juifs !
Louis Alliot voit dans cette multiplication de bavures, si l’on peut dire : « simplement beaucoup de bêtise, ça relève de discussions bêtes et méchantes. » Un ton bien complaisant, et une façon de reconnaître que cette bêtise méchante, et dangereuse, fait partie du patrimoine culturel de son parti.

« Maîtres de l’élection » ?

Marine Le Pen ignore tout cela pour ne regarder que la ligne bleu marine de la présidentielle. Elle voit les candidats FN « maîtres » des élections départementales pour être à même « d’influencer la politique menée dans les départements ». Le FN présente 7 648 candidats dans 1 912 cantons : « 98 % des Français auront la possibilité de glisser dans l’urne des bulletins Bleu marine. Le FN est plus que jamais le premier parti de France […] Nous sommes le centre de gravité de la vie politique », peut affirmer Marine Le Pen dénonçant un « nouveau programme commun » entre l’UMP et le PS, un « programme commun contre le FN ». « Après les départementales et les régionales, ce sera la grande ligne droite vers 2017… » De la mise en scène à la victoire, il y a un fossé, mais le PS et l’UMP mettent tant d’ardeur à tenter d’utiliser le FN dans leur propre lutte pour le pouvoir qu’ils contribuent à rendre crédible son discours.
La seule force capable de s’y opposer réellement est une opposition démocratique du monde du travail, de la jeunesse, en solidarité avec les luttes en Grèce, en Espagne et dans toute l’Europe pour en finir avec l’austérité et la dette.