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FN : nouvelles relations internationales (très) intéressées

le 31 octobre 2016, par Bertold du Ryon

Mon ami est étranger… : à l’extrême droite française aussi, cet adage s’applique parfois. Mais la plupart du temps, en étant couplé à un autre, que connaissaient déjà les Anciens Romains : Pecunia n’olet (L’argent ne pue pas). Une phrase qui fut initialement attribuée à l’empereur Vespasien, pour avoir inventé un système de canalisation, tout en taxant les utilisateurs d’urinoirs publics.

Au Front national, on applique la maxime d’une façon précise, en cherchant des donateurs à l’international. Certes, les relations de type financier se combinent parfois avec des sympathies politiques ou des parentés idéologiques. Ainsi lorsqu’en 2014, le FN reçut un crédit à hauteur de neuf millions d’euros par une banque russe (probablement précédé par un contact direct avec le Kremlin, Marine Le Pen s’étant rendue à Moscou), il ne s’agissait pas que d’une pure affaire financière.

Les sympathies de la direction du FN pour le régime de Vladimir Poutine étaient et sont toujours de notoriété publique, le pouvoir poutinien fascinant le FN sur plusieurs plans : la façon de traiter le « problème tchétchène », puis de répondre à la révolte du peuple syrien, mais aussi sa manière de «  tenir tête aux USA »... En ce moment, alors que la Russie n’a pas très bonne presse en France et en Europe de l’Ouest, en raison des exactions extrêmes en Syrie (siège d’Alep) mais aussi de certaines gesticulations militaires (lancement en grande pompe du système de missiles « Satan-II »), le FN se fait un peu plus discret sur la question. Mais aucun changement n’est intervenu au fond.

Mais, d’une façon peut-être plus inattendue du grand public, la direction du FN compte aussi un certain nombre d’ « amis » arabes. Là encore, pour les personnes ayant suivi les affaires du parti, ce n’est pas une vraie surprise. Jean-Marie Le Pen avait bien défendu le régime de Saddam Hussein (à qui il a rendu visite en octobre 1990 puis au printemps 1996) – défendant à la fois le président mis au ban par les USA et le dictateur, boucher de son peuple à l’instar d’Assad aujourd’hui -, en en son temps. Il avait aussi cultivé des relations avec le roi marocain Hassan II (au pouvoir de 1961 jusqu’à son décès en 1999), qu’il rencontra en 1996. Les deux hommes étant notamment d’accord pour dire que l’immigration et le mélange des cultures étaient une mauvaise chose : pour cause de racisme pour l’un ; de peur d’une perte de contrôle sur ses sujets, pour par l’autre.

Aujourd’hui, les nouveaux « amis » du FN se situent plutôt du côté du Golfe arabo-persique, et plus exactement aux Émirats Arabes Unis, une fédération de sept monarchies enrichies grâce à la rentre pétrolière. Selon des révélations publiées par « Mediapart », dans deux articles datés du 21 et 24 octobre derniers, le FN miserait aujourd’hui sur un financement émirati, en vue des campagnes électorales pour 2017. Le parti d’extrême droite manque en effet encore d’argent : il nécessiterait 12 millions d’euros, donc seuls quatre à six millions lui seraient d’ores et déjà acquis. On pourra critiquer abondamment le capital financier par ailleurs ; mais il est certain, en attendant, que les banques françaises ne sont toujours pas prêtes à renflouer le FN par des crédits à hauteur de millions, ce dont sa direction se plaint d’ailleurs amèrement.

Mais l’affaire n’a pas qu’un aspect pécuniaire. Les Émirats auraient, en effet, à la fois rendu politiquement possible et financé le voyage de Marine Le Pen au Caire, réalisé fin mai 2015. La fédération de monarchies est effectivement l’un des principaux financiers du régime dirigé par les militaires, arrivé au pouvoir en juillet 2013 suite à l’éviction du gouvernement des Frères musulmans. Marine Le Pen avait alors rencontré, le 28 mai de l’année dernière, un responsable de l’université d’Al-Azhar - une institution de l’islam sunnite conservateur -, et en avait fait grand cas publiquement. L’opinion publique apprend désormais qu’elle aurait alors même rencontré le dictateur, pardon : président Abdelfattah Al-Sissi lui-même (dont le régime est responsable de plus de 550 « disparus » en un an selon Amnesty international), ce qui n’avait pas été rendu public.

L’intérêt du régime égyptien, aux yeux du FN, réside précisément dans sa répression sans faille, officiellement dirigée contre les islamistes, mais qui se déploie en réalité tous azimuts. L’Egypte vient aussi, par ailleurs, d’adopter en octobre 2016 une loi dure contre l’ « émigration illégale ».

Les dirigeants du FN, à l’instar du secrétaire général Nicolas Bay, justifient ces relations dans les médias, tout en démentant mollement leur aspect financier : « Il y a une différence fondamentale entre le Qatar », pays dont l’influence réelle ou prétendue est vivement dénoncée par le FN, « et les Émirats Arabes Unis. Les Émirats combattent l’islamisme radical, le Qatar soutient et finance les factions islamistes. »

En réalité, le Qatar, les EAU et l’Arabie Saoudite partagent tous un même modèle de société, basé sur un système féodal, l’exploitation de l’immigration de travail (surtout asiatique) et un islam d’Etat réactionnaire. Mais les trois régimes se livrent une concurrence exacerbée. Il est vrai que le Qatar avait, un temps, misé sur les Frères musulmans, alors que le régime saoudien soutenait plutôt des courants salafistes… dont plusieurs sont, actuellement en Egypte, plus proche du régime actuel que de leurs rivaux « fréristes ». Mais tous les trois pays ont largement soutenu et financé le putsch (de fait) d’Al-Sissi en Egypte, même si l’argent saoudien pour son régime s’est tari depuis, en raison du rapprochement d’Al-Sissi avec le dictateur syrien Assad.

De toute façon, tous les moyens sont bons, pour le FN, afin de rattraper des moyens financiers mais aussi de cautionner la répression. Ensemble avec les dictateurs arabes et autres, il fait partie des pires ennemis de la classe ouvrière.