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FN : Quand l’extrême droite parle « social »

le 10 janvier 2017, par Bertold du Ryon

La démagogie sociale est devenue consubstantielle du discours de l’extrême droite, au moins pendant les campagnes électorales voire au-delà. Depuis que le Front national (FN) a effectué un tournant « national et social » dans les années 1990, qui l’a éloigné de son libéralisme initial en matière économique – affiché au cours des années 1980 -, ce constat est devenu classique. Mais la situation actuelle présenté des éléments nouveaux, alors que la ligne démagogique en matière sociale est désormais contestée en interne, certains maires FN du Sud de la France ou encore Marion Maréchal-Le Pen souhaitant revenir à davantage de libéralisme économique. Et alors que le FN se trouve maintenant placé parmi les « grands » partis politiques, au moins en termes d’audience électorale (moins en terme d’effectifs militants), depuis la séquence 2012-2014.

Trois débats récents ont permis à la direction de développer à nouveau son discours se voulant « social », à l’heure où la ligne portée par Florian Philippot – attachée à un certain poids de l’Etat dans l’économie et à un discours « social », élément-clé du calcul électoral – demeure majoritaire.

D’abord, il y avait la polémique déclenchée au moment où François Fillon a gagné l’élection primaire de la droite LR, fin novembre, autour de son projet pour la Sécurité sociale. Son plan de limiter l’assurance-maladie légale aux « gros risques » et aux maladies de longue durée, faisant la part belle aux assurances privées, a fait chuter le candidat désigné par le parti LR dans les sondages, au cours du mois de décembre. D’autant plus que Fillon, s’il a un peu modéré son propos lors d’une visite dans un hôpital effectuée le 14 décembre, maintient son projet malgré toutes les résistances.

Marine Le Pen y a vu une belle occasion de positionner son parti « vent debout » contre le discours de François Fillon. Elle se faisait même – dans le verbe – la défenseure acharnée du programme du Conseil national de la résistance (CNR) de 1943 qui était à la base de la création de la « Sécu ». Une occasion trop parfaite pour la présidente du FN de gommer, aux yeux de l’opinion publique, le passé de son propre parti… qui plonge ses racines, non pas dans la Résistance, mais pour beaucoup de ses fondateurs dans l’activisme pro-nazi.

Le FN a fait imprimer, pour appuyer sa campagne, des fausses Cartes Vital qui portent l’inscription : « Fillon va vous rendre malade / (…) Une opération radicale sans anesthésie ! » Cette opération de communication ne pourra pas faire oublier, cependant, que Marine Le Pen avait fait campagne en 2012 contre une prétendue fraude gigantesque à la « Sécu », affirmant alors qu’il y aurait « dix millions de Cartes Vital volées » en circulation. Ce qui était archi-faux, la candidate confondant numéros mal attribués (p.ex. suite à des erreurs administratives) et « fraudes ». Mais cela permettait à Marine Le Pen de faire miroiter des « économies potentielles » délirantes, en matière d’assurance-maladie…

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Le deuxième débat, autour du 20 décembre, concernait l’absence de « coup de pouce » en matière d ‘augmentation annuelle du SMIC, pour la onzième année consécutive (il n’y en aura eu aucun pendant tout le mandat de François Hollande). Le FN faisait partie de ceux et celles qui criaient au scandale. Sauf que le parti lui-même ne proposait alors qu’une augmentation « raisonnable », non chiffrée, à la différence des demandes concrètes et chiffrées de la CGT et de FO par exemple. En 2012, Marine Le Pen avait par ailleurs proposé une augmentation de « 200 euros » pour tout les plus bas salaires… mais pas en modifiant la répartition entre le Capital et le travail. Sa recette-miracle consistait alors à réduire radicalement les cotisations sociales. Ce qui signifie : plus de « salaire direct » versé en apparence, mais moins de protection contre la maladie, l’invalidité,…

Les tentatives de l’extrême droite de faire incursion sur le terrain des politiques sociales connaissent aussi, parfois, de sérieux couacs. C’était le cas lors du « déplacement thématique » de Marine Le Pen dans le département de l’Eure, le vendredi 06 janvier 2017, où elle cherchait à se présenter en « défenseur des services publics menacés dans les espaces ruraux » : le troisième moment de sa campagne « sociale » du moment.

La cheffe du FN a ainsi visité un bureau de La Poste à Ecouis, 800 habitantEs. A au moins deux reprises lors de son déplacement, Marine Le Pen a lourdement insisté sur le scandale qui consisterait, pour les habitantEs des zones rurales, à payer leurs services publics deux fois : à travers leurs impôts versés à l’Etat, et à travers les collectivités territoriales financées par les impôts locaux. Sauf que c’est… tout simplement faux : nulle part en France, les services postaux ne sont financés par les collectivités territoriales. Le journal « Le Monde » (numéro du 08/09 janvier) cite le maire de la petite commune : « Je m’étonne qu’elle ne soit pas plus au courant. »

Certes, il est vrai que le recul des services publics, pas uniquement dans les zones rurales, constitue un vrai scandale social et politique. Mais il est tout aussi évident que le FN est vraiment le dernier interlocuteur auquel s’adresser, si on veut combattre les inégalités…