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Front National : Bluff et réalité

le 16 décembre 2012, par Yvan Lemaitre

L’élection législative partielle de Béziers n’aura pas été le séisme annoncé par le FN qui se rêvait en position d’imposer à l’UMP et au PS une triangulaire. France Jamet, sa candidate, est éliminée dès le premier tour. Ces résultats corrigent brutalement le bluff des dirigeants du FN, sur fond d’une inquiétante montée des préjugés réactionnaires.

Photothèque Rouge/Romain Hingant

Dans les trois élections législatives qui se déroulaient dimanche dernier, à Béziers mais aussi dans les Hauts-de-Seine ou le Val-de-Marne, l’impopularité croissante du PS a profité plus à la droite qu’à l’extrême droite. À Béziers, le candidat de l’UMP réalise 42 % des voix contre 23 % pour le FN. Est-ce à dire que la stratégie de Marine Le Pen serait mise en échec ? Ce serait aller un peu vite. Ces élections partielles sont dominées par une très forte abstention, 60 %, voire 70 % dans le 94. Dans ces circonscriptions, l’UMP connaît une vieille et solide implantation et la guerre des chefs a paradoxalement contribué à mobiliser son électorat derrière ses leaders locaux, forme de désaveu de Copé-Fillon dont la cote de popularité s’effondre. La droite traditionnelle se mobilise dans des batailles politiciennes qui n’ont aucun intérêt du point de vue des classes populaires qui se sont abstenues.

Rivalités et convergences

« Nous avions dit que l’UMP imploserait, car c’est un conglomérat de personnalités qui n’ont aucune conviction commune. Cela confirme notre stratégie, claire, d’être la principale force d’opposition à François Hollande », déclarait il y a peu Steeve Briois, dirigeant du FN. De toute évidence, les choses ne seront pas si simples. Les assises sociales de l’UMP sont solides, et pour que le FN puisse prétendre s’imposer il faudra bien plus qu’une guerre des chefs au sommet.

Il faudra aussi que le FN apparaisse comme une possible politique de rechange face à celle menée, hier par la droite, aujourd’hui par la gauche libérale. La dégradation de la situation économique et sociale, le risque d’éclatement de l’Union européenne en créent les conditions. Ils alimentent la détresse, le désespoir, la peur dont se nourrit sa démagogie, tout en contribuant à rendre crédible l’aberration que l’issue serait dans le repli national. Les ingrédients nécessaires pour que le FN réalise ses objectifs s’accumulent progressivement.

D’après une enquête d’Opinion Way publiée dans le Figaro la semaine dernière, près d’unE sympathisantE UMP sur trois est favorable à un rapprochement entre les deux partis dans la perspective des prochaines élections municipales, en 2014. « La logique du système majoritaire à deux tours », commentait Jean Marie Le Pen qui se défend de tendre « la main à l’UMP », tout en précisant : « Je pense qu’aux élections municipales il peut y avoir sur le plan local des alliances entre individus, entre candidats, qui permettent au FN d’avoir dans les municipalités la place qu’il mérite. »

Ces manœuvres électorales repose sur des convergences politiques. Contrer cette politique, c’est combattre les attaques du patronat et du gouvernement qui entraînent la démoralisation, alimentent l’idée que rien n’est possible et laisse le terrain aux démagogues qui veulent dévoyer le mécontentement à leur propre fin.

Yvan Lemaitre