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Front National : les mairies s’enlisent

le 6 octobre 2014, par Bertold du Ryon

Se servir des mairies « conquises » en mars 2014 comme autant de vitrines, pour démontrer la « capacité à gouverner » du parti et préparer 2017 : tel était le projet du FN. Jusqu’à aujourd’hui, ça reste d’ailleurs toujours l’objectif du parti d’extrême droite, en cherchant à éviter les scandales et les actes qui risquent de créer trop de polarisations visibles. Ce faisant, le FN a aussi su tirer quelques enseignements du bilan majoritairement calamiteux de la gestion de « ses » quatre mairies FN la seconde moitié des années 1990 (Toulon, Orange, Marignane, Vitrolles) : il s’efforce de faire mieux qu’à l’époque.

Cependant, les résultats ne sont pas partout au rendez-vous, voire pire : l’effort est parfois abandonné en cours de route. « Chassez le naturel, il revient au galop » ? Une chose est certaine : le nouveau visage que le FN tente de montrer, à travers ses « vitrines » municipales, ressemble parfois furieusement à l’ancien. Marine Le Pen avait promis une politique municipale plutôt « soft », et juré – au mois de mars dernier – que le FN n’utilisera pas ses futures municipalités comme autant de « laboratoires » pour imposer une idéologie ? C’est souvent raté, ou alors une promesse abandonnée ! Les maires du parti d’extrême droite devaient apparaître comme moins autoritaires, moins enclins au népotisme, moins sectaires ? Souvent, ce pari est raté.

Ainsi, si Robert Ménard, maire de Béziers et personnellement non encarté au FN, entend montrer son autonomie vis-à-vis du parti, il le fait souvent en s’appuyant sur plus radical que lui… ayant faite entrer des dirigeants « identitaires » dans le personnel de la mairie. Surtout, ses tentatives de régenter les consciences de façon autoritaire et dirigiste sont par trop visibles. De son rêve de faire porter la blouse grise – à l’ancienne – aux élèves de « sa » ville (elle leur est distribuée par la mairie) jusqu’à l’interdiction de mettre du linge à sécher aux fenêtres, en passant par sa dernière trouvaille : un arrêté spécial interdisant de cracher par terre, en créant une amende municipale spéciale à cet effet… Il s’agit là, dixit Ménard, d’ « éduquer les gens », en réactivant un décret qui avait été adopté… le 22 mars 1942.

Les turbulences créées par la gestion de certains des nouveaux maires FN se concentrent, cependant, surtout à Hayange (Lorraine). L’autoritarisme du jeune maire Fabien Engelmann – un ancien de l’extrême gauche (LO et NPA) et de la CGT, cette dernière l’ayant exclu en mars 2011 – a fait fuir jusqu’aux plus proches. Son ancienne première adjointe, Marie Da Silva, elle aussi ancienne syndicaliste CGT (passée à FO) et journaliste locale, a publiquement dénoncé sa façon très personnelle de diriger. Elle en a profité, au passage, pour révéler que les comptes de campagne du printemps 2014 avaient été truqués. Le 3 septembre, une majorité des conseillers FN lui ont retiré ses fonctions de numéro deux de la mairie, mais le vote semble entouré d’irrégularités et de fraudes. Depuis, le 19 septembre, deux autres adjoints au maire, Patrick Hainy et Emmanuelle Springmann, ont été virés de leur poste pour avoir émis des doutes sur le traitement réservé aux critiques de Da Silva.

Le même Fabien Engelmann, proche d’une secte idéologique anti-musulmane dénommée « Riposte Laïque » - c’est sous son influence qu’il avait tourné le dos aux milieux progressistes -, a imprimé une marque extrêmement idéologique à sa politique locale. Le dimanche 7 septembre, il a ainsi organisé une « Fête au cochon » sur une place publique centrale de la commune. Engelmann, lui-même végétarien et adorateur de Brigitte Bardot dans son rôle de défenseure des animaux, a ainsi chanté les louanges du cochon, « notre cousin », mais aussi de sa viande. L’arrière-pensée est transparente : ni musulmans ni juifs ne consommant de la viande porcine, celle-ci est utilisée comme marqueur d’ « identité » par certains courants d’extrême droite. Des néofascistes violents de l’ « Oeuvre française », mais aussi Pierre Cassen, chef de file de Riposte Laïque (lui aussi ex-LCR et ex-CGT), ont assisté à la « fête ». Par ailleurs, Engelmann avait auparavant fait repeindre un train de mineurs, exhibé dans cette ville d’industrie lourde, en bleu-blanc-rouge. Il s’agissait de « franciser » symboliquement la classe ouvrière, de l’ « intégrer dans la nation » dans un sens que Joseph Goebbels n’aurait pas renié. Or, des esprits critiques ont, depuis, planté des drapeaux tout autour du monument, représentants les pays d’où les mineurs de la région étaient souvent réellement originaires : Ukraine, Maroc, Algérie, Tunisie…

Même dans l’esprit de nombreux dirigeants FN, Engelmann en fait aujourd’hui trop. Son étoile semble sur le déclin. Celle de son parti ne l’est, malheureusement, pas à l’heure actuelle. Le combat antifasciste reste une urgence absolue. Il pourra s’appuyer en partie sur les contradictions nées à l’occasion de la gestion des municipalités FN, pour montrer que ce parti n’œuvre pas du tout pour améliorer la vie des habitant/e/s mais pour apporter des pseudo-solutions d’exclusion et de haine.