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Front national : Un parti trop ou pas assez Franc ?

le 23 février 2016, par Bertold du Ryon

Quand la stratégie n’aboutit pas aux résultats escomptés, c’est le temps de la remise en question. C’est ce qui est en train d’arriver au Front national...

Après deux scrutins où le parti néofasciste a pu réaliser des scores très élevés au premier tour, mais n’a marqué aucune victoire au second – ce qui risque d’entraver la dynamique qu’il veut montrer -, à savoir les élections départementales de mars 2015 puis les régionales de décembre dernier, tout est sur la table. Principal accusé : le discours socio-économique du FN, accusé par certainEs dans le parti de dérive « gauchisante », par d’autres d’être un frein vis-à-vis des couches que le principal parti d’extrême droite se dispute avec la droite (UMP/LR).

Le FN n’a pu prendre aucun département au printemps ni aucun exécutif régional à la fin de l’automne, malgré le fait qu’il a obtenu plus de 25 % des voix la première fois, plus de 28 % en France métropolitaine la seconde. La remise en cause de la ligne notamment en matière économique n’a pas tardé, dans les deux cas. Au printemps 2015, cette contestation interne a aussi été nourrie par Jean-Marie Le Pen (exclu définitivement du parti depuis le 20 août de la même année), qui y voyait un moyen de tirer sur le vice-président du FN, Florian Philippot, responsable selon lui d’exercer une mauvaise influence sur sa fille Marine.

Désormais, le débat aura lieu avec toute la direction du parti. Elle sera réunie du 05 au 07 février prochains, avec les parlementaires et les maires FN ainsi que quelques « invités extérieurs », pour un « séminaire de stratégie » (initialement annoncée pour fin janvier). Le principal sujet sera « le programme économique » du parti, et les principales préoccupations, l’élargissement de son électoral vis-à-vis « des CSP+ (catégorie socio-professionnelles supérieures) et les retraités ». Sachant que ces derniers ainsi que les cadres continuent à voter massivement à droite, mais moins que la moyenne pour le FN.

Le séminaire annoncé s’accompagne d’attaques en règle dans la presse, contre la ligne « étatiste » (et empreint de démagogie sociale) dont l’invention est prêtée, par ses adversaires et détracteurs, à Florian Philippot. Franck Allisio, un transfuge du parti LR au FN, réclame ainsi qu’ « il faut arriver à convaincre de nouveaux électeurs de la classe moyenne, des professions libérales et des retraités ». Le même noue cette question à une autre, celle de la façon de préparer (ainsi que le résume « Le Figaro » du 20/01/16) « un terrain plus favorable aux alliances », sous-entendu : avec la droite conservatrice et libérale. Autre vice-président du FN, Louis Aliot se démarque, aussi dans « Le Figaro », de la ligne Philippot avec des accents clairement libéraux : « Moi aussi je suis favorable à l’Etat stratège ou l’Etat fort » (des termes fétiches de Philippot aussi utilisés par Marine Le Pen), « mais cet Etat doit être au service des entreprises. Il doit (…) libérer, faciliter et simplifier le travail des PME-PMI. » Certes, Louis Aliot existe qu’il puisse y avoir aussi des secteurs de la fonction publique où il y ait « pénurie » (de personnel)… mais là, il pense « notamment aux structures régaliennes comme la police et la justice ». Le militant FN Daniel Gest, un ancien… du PS, propose quant à lui de taper surtout sur « l’assistanat, les fonctionnaires trop nombreux » et d’exiger une « baisse des charges sociales ».

Officiellement, le souci affiché porte surtout sur les relations avec le petit patronat et la petite bourgeoisie. Derrière se profile néanmoins un autre enjeu, à savoir celui des relations avec le grand capital ; il est certain que ce dernier devrait, le cas échéant, donner son feu vert à la droite pour nouer une alliance éventuelle avec le FN. C’est dans cette optique qu’est aussi remise en cause la demande, jusqu’ici jugée prioritaire, d’une sortie de l’euro (jugée irresponsable par le grand patronat). Aliot se prononce en tout cas contre une « sortie brutale et non négociée », alors que d’autres pensent que Marine Le Pen devrait adopter la même attitude que le Premier ministre britannique David Cameron : menacer de sortir de l’euro, obtenir plus pour ses prétendus « intérêts nationaux », puis envisager de finalement y rester.

Toujours est-il qu’un virage tel qu’il se profile, risque d’éloigner le FN des fractions parmi les classes populaires qu’il avait réussi à gagner électoralement, à fortes doses de démagogie sociale…