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Grèce : Poussée nationaliste, Aube dorée en embuscade

le 1er février 2018, par Petros Constantinou

Le 21 janvier, près de 100 000 personnes se sont retrouvées à Thessalonique, en Grèce, à l’appel d’organisations nationalistes, pour affirmer que « La Macédoine est grecque  [1] ». Éléments d’analyse avec Petros Constantinou, conseiller à la municipalité d’Athènes pour Antarsya et coordinateur de la Keerfa, mouvement antifasciste et antiraciste.

Quel était l’objet de la manifestation du 21 janvier dernier ?
La manifestation nationaliste à Salonique, avec pour slogan « La Macédoine est grecque » est une initiative de la droite et de l’extrême droite, avec le soutien d’une partie de l’Église. Ils ne reconnaissent pas l’existence d’une nation macédonienne, ni d’une minorité en Grèce, mais soutiennent que les Macédoniens sont seulement les Grecs de la région autour de Salonique !
La revendication que le gouvernement grec n’accepte pas que l’État voisin se dote d’un nom composé où figure le terme « Macédoine » est apparue alors qu’est examinée la demande d’entrée dans l’OTAN de la République de Macédoine et de la Bosnie comme premier pas vers leur entrée dans l’UE. La Grèce a exercé son droit de veto depuis 2008 contre cette demande, mettant la pression afin que le pays voisin change sa Constitution, ses symboles et son nom.

Quels sont les autres enjeux ?
Derrière cette campagne chauvine, on retrouve les antagonismes entre les États-Unis, l’Allemagne et la Russie, qui se sont exprimés dès l’effondrement de la Yougoslavie. L’OTAN veut s’élargir et la Russie réagit. Il y a également les antagonismes entre les classes dirigeantes locales. La Grèce est en position de force avec une armée déjà dans l’OTAN et des capitaux dans l’UE. Elle contrôle des banques et des industries à Skopje.
La classe dirigeante en Grèce est divisée, entre ceux qui veulent un compromis et une ouverture des relations économiques, et ceux qui veulent continuer les menaces et pressions et l’application d’un contrôle total sur le pays voisin.
De telles campagnes nationalistes demandaient dans le passé l’invasion de la Macédoine par l’armée et la répression de la minorité en Grèce.

Quelle est la position de la gauche en Grèce ?
Le gouvernement du Syriza soutient la « solution » du nom composé et toutes les revendications de changement de la Constitution. Antarsya soutient le droit des Macédoniens à choisir le nom de leur État, et appellent à une lutte commune contre l’OTAN et les classes dirigeantes.
Les néonazis d’Aube dorée, en procès en tant qu’organisation criminelle, ont soutenu la manifestation nationaliste et tentent de sortir de l’isolement dans lequel les ont mis leurs affaires judiciaires, toujours en cours.
Dans ce climat, le 17 mars est la mobilisation qui peut barrer la route au retour d’Aube dorée, mais aussi mettre en avant la solidarité internationaliste des peuples des Balkans et d’Europe. Il y a deux ans, les frontières s’étaient ouvertes pour laisser passer la plus grande caravane de refugiéEs depuis la Seconde Guerre mondiale. C’était une fête de la solidarité. C’est la tradition d’action commune que nous allons faire revenir dans les rues le 17 mars, contre l’Europe forteresse, contre le repli nationaliste, le fascisme et les frontières fermées : la gauche révolutionnaire doit être en première ligne !

[1Depuis la proclamation de l’indépendance de la République de Macédoine en 1991, un contentieux oppose les autorités macédoniennes et l’État grec. Historiquement, le terme « Macédoine » désigne en effet non seulement l’État du même nom, mais aussi une région qui s’étend au nord de la Grèce. Cette dernière accuse la Macédoine d’avoir des visées sur une partie de son territoire, et a ainsi jusqu’à présent mis son veto à l’entrée du pays dans l’OTAN et l’UE. Des discussion sont en cours pour un règlement du contentieux, avec l’hypothèse d’un changement de nom de la République de Macédoine en « Nouvelle Macédoine » ou « Macédoine du Nord ». Mais les nationalistes grecs s’opposent à toute présence du mot « Macédoine ». (ndlr)