Actualités

Guerre de position à l’extrême droite

le 30 septembre 2017, par Commission nationale antifasciste

Article rédigé pour le dossier « Guerre de position à l’extrême droite » dans l’hebdomadaire L’Anticapitaliste n°398.

1- Guerre de position à l’extrême droite
2- La galaxie de l’extrême droite en évolution
3- Le Front National et la « loi travail XXL » : des contradictions manifestes
4- « Droite hors les murs » ou droite dans le mur ?


Le départ de Florian Philippot du Front national est avant tout le résultat d’une lutte pour le pouvoir interne. Alors qu’il était l’homme de confiance de la présidente du parti, Marine Le Pen, le jeune homme pressé a cherché à s’affranchir de celle-ci à partir de mai 2017. Le débat télé désastreux du 3 mai face à Emmanuel Macron l’avait apparemment fait douter des capacités de la cheffe de gagner un jour. C’est à partir de ce moment que Philippot a activement remis en cause la tutelle de la présidente du parti, lançant son association « Les Patriotes » – un parti dans le parti –, et refusant malgré les pressions d’en abandonner la direction. Cela tout en s’abstenant de façon (un peu trop) visible de participer réellement à la campagne du FN pour les législatives de juin.

La rupture entre Florian Philippot et Marine Le Pen n’est donc pas d’abord un divorce idéologique, d’autant moins que pendant plusieurs années c’est Philippot qui inspirait et insufflait la « ligne » de la cheffe. C’est la stratégie Philippot, partagée par Marine Le Pen, qui a conduit la direction du FN à mettre en avant les questions sociales et économiques ; tout en désertant – au moins en ce qui concerne ces deux-là, leur ligne n’étant pas partagée par d’autres cadres du FN – les manifestations réactionnaires contre le mariage homosexuel.

Toujours est-il que, à l’heure où Marine Le Pen vient de pousser Philippot vers la sortie – d’abord parce qu’il était devenu trop insolent et encombrant, deuxièmement parce qu’il attirait la haine de certains dans le parti, le soupçonnant carrément d’être un « homme de gauche infiltré » –, cette décision est susceptible de déboucher sur des changements de ligne. Il n’est pas improbable que Marine Le Pen ait retiré ses fonctions à Florian Philippot tout en voulant conserver une large partie de son orientation : accent mis sur les aspects socio-économiques, discours tourné en partie vers les classes populaires, dénonciation du libéralisme économique, profil « ni gauche ni droite ».

Toutefois certains dans le FN (Nicolas Bay) et en dehors, mais proches du parti (Robert Ménard) souhaitent profiter de l’occasion pour obtenir des changements de ligne. Ils souhaitent refaire du FN un « vrai parti de droite », ce qu’il n’était plus aux yeux de certains en raison de son discours économique « socialisant ». C’est parce qu’il est « un homme de droite », avait expliqué en substance Marc-Étienne Lansade, le maire FN de Cogolin (élu en 2014), qu’il quittait le FN. À ses yeux, un discours qui semblait trop éloigné des intérêts immédiats patronaux devenait insupportable. Il n’est pas le seul à l’extrême droite.

Le départ de Florian Philippot aura-t-il des conséquences au sein du FN, qui tiendra son congrès au début de l’année prochaine, et, plus généralement, au sein de l’extrême droite ? Va-t-on assister à la construction de nouvelles passerelles avec une droite « classique » de plus en plus acquise aux thèses du Front national ? S’il est difficile de répondre avec certitude à ces questions, il nous a semblé utile de proposer un état des lieux des forces en présence et des dynamiques en cours du côté de l’extrême droite et de la droite extrême.