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« Hors-système », FN et municipales : pour ne pas boire la tasse...

le 22 janvier 2014, par NPA
Manif' pour tous, élus FN et UMP côte à côte en tête de cortège

Dreux qui, en 1983, fait du FN un parti électoral de masse. Marignane, Orange, Toulon et Vitrolles en 1995 et 1997 où il rafle les mairies... Les élections municipales ont souvent constitué des tremplins pour l’extrême droite. Après une décennie 2000 qui a vu son audience décliner pour raisons internes -encadrement exsangue du FN suite à la crise de 1998- aussi bien qu’externes -siphonnage des voix comme du discours par le sarkozysme-, l’extrême droite réapparaît depuis deux ans à mesure que la crise s ’accentue, parfois là où on l’attendait le moins.

La séquence « Mariage pour toutEs » fut tout d’abord l’occasion pour la France réactionnaire d’occuper une rue qu’elle avait désertée depuis 30 ans (1). Encouragée par un gouvernement qui semblait vouloir avant tout faire la démonstration de son absence de conviction dans le vote de cette loi, la droite catholique traditionaliste (2), la droite sarkozyste (3) et l’extrême droite (4) défilent côte à côte, au son de slogans homophobes, sexistes et réactionnaires. Intimidations et agressions se multiplient envers les membres, (militantEs ou non) des communautés LGBTI mais également envers des militantEs politiques et syndicaux (5).

Si un lien direct ne peut être établi entre cette mobilisation et le meurtre de Clément Méric, jeune militant antifasciste de l’AFA syndiqué à SUD par un jeune proche des JNR de Serge Ayoub, il n’en demeure pas moins que celui-ci a lieu au moment où slogans et discours de l’extrême droite sont repris par une large partie de l’UMP.
Ultra minoritaire numériquement, l’extrême droite, présente sous diverses composantes est donc parvenue à s’imposer sur le pavé et même à donner le ton de ces « Manif pour tous ».

Cette influence exercée dans la rue pourrait ne pas s’arrêter là, tant droite mais également gauche au pouvoir sont dans l’incapacité - et pour cause...- de présenter l’illusion du moindre projet de sortie de crise.

Si l’extrême droite ne revendique aujourd’hui qu’une poignée de mairies (6), le risque est grand de voir, bien plus que son nombre de maires, son nombre de conseillers municipaux exploser. La concurrence qui sévit entre une UMP discréditée et un FN déjà solidement implanté dans le paysage politique pourrait ainsi couter cher au parti de J-F Copé, notamment dans les petites villes, tant la porosité idéologique entre ces deux formations est aujourd’hui grande. Misant depuis des années sur une explosion de l’UMP, le FN a donc présenté en vue d’ « accords et alliances aux élections municipales de mars 2014, (...)10 principes essentiels à appliquer à l’action et à la gestion municipale (7) » : après 10 ans de sarkozysme reprenant nombre des thèses frontistes et en pleine mandature d’un ministre PS de l’intérieur fier d’expulser des Roms, rien de bien imbuvable pour unE éluE de droite inquietE pour l’avenir de son siège...

Rien d’imbuvable... et pourtant Marine Le Pen ne rate jamais l’occasion de présenter le FN comme LE parti « hors système » ! Entre fausse amnésie et vrais mensonges, quelques faits qu’il est bon de rappeler et qui mettent à mal cette (im)posture.
Si par son attitude « protestataire » Le Pen père trompetait une volonté de se démarquer de « la bandes quatres » (PS, PCF, RPR, et UDF), le FN a dès ses premiers succès dénoncé l’« apartheid politique »8 dont il était victime de la part de la droite alors qu’il aurait, déjà en 1986, « pu appuyer une partie des mesures préconisées (par celle-ci) ». Tout en dénonçant ensuite « l’establishment », Mégret entendait à son tour insérer le FN dans le jeu politique classique et déclarait : « Notre objectif n’est plus de placer quelques ministres au sein d’un gouvernement, mais de prendre en charge la direction des Affaires de la République. » (9) Cette ligne est aujourd’hui reprise par Marine Le Pen qui ne cache pas sa volonté d’arriver aux affaires et présente le FN-Rassemblement bleu Marine comme un parti apte à exercer des fonctions gouvernementales. Dans cette optique, elle met en avant ses nouvelles recrues (F ; Philippot , P-M.Couteaux , P. Martel , B. Dutheil de la Rochère) souvent issues du souverainisme, toutes tendances confondues : UMP, MPF , PS , PCF... Des gens loin du « hors système » claironné... Par ailleurs, qu’il ait Reagan pour modèle avec Le Pen père ou qu’il choisisse, avec un « touchant » besoin de rassurer les marchés, de protéger la bourgeoisie française avec Le Pen fille, le FN revendique clairement son attachement... au sacro-saint système capitaliste ! Pompon de la tartuferie et contrairement à ce qu’il souhaiterait faire oublier, le FN a DEJA exercé « brillamment » le pouvoir : non content d’avoir saccagé les programmes sociaux et culturels, ses élus peuvent effectivement se vanter de leur bilan économique catastrophique des quatre mairies remportées en 1995 et 1997 (10).

N’oublions pas enfin et surtout que la colonne vertébrale du programme frontiste demeure la même depuis 40 ans : la préférence nationale . Pour le FN celles et ceux qui doivent payer pour la crise financière qui sévit depuis 5 ans, ce ne sont en aucun cas les banques mais bel et bien avant tout les immigréEs !

La poussée de l’extrême droite n’a cependant rien d’inéluctable. Seul un programme qui s’oppose réellement aux politiques menées depuis 30 ans par le PS et l’UMP peut redonner confiance à celles et ceux qui n’en finissent plus de subir la crise. C’est le sens du programme du NPA.

(1) 1984 Manifestation contre L’école publique
(2) Civitas, Renouveau français
(3) Boutin, Copé...
(4) Les Identitaires, les Jeunesses nationalistes
(5) L’Unef a entre autre porté plainte suite à l’agression d’une de ses militantes.
(6) 5 petites villes FN ; Orange et Bollène aux mains des indéboulonnables époux Bompard -ex FN devenus membres de l’identitaire « Ligue du Sud »...
(7) Charte d’action municipale au service du peuple français, 11 septembre 2013
(8) Jean-Pierre Stirbois à l’Assemblée nationale, 1986
(9) Nice, congrès du FN, avril 1990
(10) La baisse des impôts tant proclamée est un fiasco : à Marignane, Orange et Toulon les impôts locaux augmentent et la chambre régionale des comptes rend un rapport accablant sur la gestion de Marignane et Vitrolles. En 2001, la ville de Toulon est sur endettée. Incapables d’élaborer un budget, les élus FN auront pourtant eu recours à des cabinets privés...