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Identitaires : "Opéra" fasciste à Orange

le 12 novembre 2012, par Bertold du Ryon
Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire. Photo Novopress

Parti politique, groupe extraparlementaire, mouvement tourné vers l‘action, ou encore « think tank » qui se consacre à l’élaboration d’idées… fascistes ? Les avis ne sont pas unanimes, au sein de la mouvance « identitaire », concernant l’avenir de leurs structures et leurs champs d’intervention prioritaires. Le week-end dernier, ses militants étaient réunis en « convention identitaire » à Orange et ont tenté de trouver un compromis.

Un mode d’intervention de la mouvance identitaire consiste à attirer des secteurs de la jeunesse ayant soif d’action et fascinés par une utilisation adroite des technologies de communication. Le Bloc identitaire se sert habilement d’éléments d’une « contre-culture » d’extrême droite telle que musique, utilisation de vidéos, mise en scène (« moderne » par la forme) de mythes.

L’un des mythes mis en avant est celui des guerriers de la bataille des Thermopyles : dans la Grèce antique, 300 soldats de Sparte se sacrifient pour combattre une « invasion », les Perses en surnombre… Le récit est ancien, la façon de le montrer sous forme de films et vidéos est nouvelle.

Le clip-vidéo récemment publié par les Identitaires, montrant la « déclaration de guerre » d’une jeunesse – se décrivant comme victime du multiculturalisme, de la perte de valeurs, et de « l’irresponsabilité » de la génération « soixante-huitarde » précédente – a vite fait du « buzz » au-delà des frontières, en Europe.

Quelle stratégie ?

Lors de sa convention de 2009, le Bloc s’était officiellement érigé en parti politique. Or, son projet de présenter un candidat à l’élection présidentielle – Arnaud Gouillon, 25 ans, sympathisant du nationalisme serbe – se solda par un piètre échec. À Orange, le week-end dernier, les dirigeants identitaires ont proposé ainsi une autre stratégie. Restant avant tout un mouvement faisant de l’agitation pour « faire avancer des idées » – notamment celle du « nécessaire combat contre l’islamisation », récemment marquée par l’occupation d’un chantier de mosquée à Poitiers (en référence à Charles Martel), et contre « le racisme anti-blanc » –, les dirigeants du Bloc envisagent aussi un travail institutionnel au niveau de la politique locale. Philippe Vardon de Nice allant par exemple jusqu’à proposer des « alliances électorales » voire « une participation à des exécutifs municipaux » pour les élections municipales de mars 2014.

Avec le FN ?

Or, le principal partenaire convoité pour un tel projet est le Front national ou le « Rassemblement Bleu Marine » qui lui sert d’alliance électorale. Le même jour, dimanche 4 novembre, Marine Le Pen déclina l’offre sur BFM TV. Primo, elle déclare que le Bloc était avant tout « un parti d’agit-prop, d’activistes », donc moins sérieux à ses yeux que sa propre formation. Secundo, elle reproche aux Identitaires d’être « européistes et régionalistes », ce qui est vrai dans la mesure où ceux-ci prônent une défense de trois « identités » présentées comme imbriquées les unes dans les autres : locale, nationale et « civilisation européenne ». Or, pour le FN, la nation – seule – doit être au centre.

Le fait qu’il ne soit pas arrimé au FN, ni un parti politique à part entière, laisse cependant, d’autres portes ouvertes au Bloc identitaire. Notamment dans la droite classique, où l’on considère le FN comme un parti rival, mais voit parfois – pour certains – d’un bon œil ses frères ennemis. Christian Vanneste, ancien député UMP notoirement homophobe, s’était déplacé jusqu’à Nice. Par ailleurs, entre 15 et 20 députés UMP ont déjà signé une pétition contre le droit de vote des immigrés, lancée par la mouvance identitaire.

Bertold du Ryon