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L’extrême droite à l’assaut du pouvoir en Europe : #1 - Autriche, l’extrême droite aux ministères régaliens

le 29 mai 2018, par Commission nationale antifasciste

Après la Bulgarie (pays où trois partis d’extrême droite participent à l’alliance gouvernementale), la Hongrie et la Pologne dirigées par des droites bien extrêmes, ce sont désormais l’Autriche puis l’Italie qui ont vu des forces d’extrême droite monter au gouvernement, ces derniers mois. L’Autriche créant, en quelque sorte, une continuité territoriale entre des pays du centre-est de l’Europe très hostiles à l’immigration – réunis dans le « groupe de Visegrad » – et une Italie qui inaugure une alliance inédite entre un mouvement populiste « post-idéologique » et l’extrême droite. Retour sur ces inquiétantes dynamiques, avec également un focus du côté de l’Allemagne où, là aussi, l’extrême droite a le vent en poupe.

Dossier réalisé par la Commission nationale antifasciste du NPA :
1 - Autriche, l’extrême droite aux ministères régaliens
2 - Italie, le national-populisme au pouvoir
3 - Allemagne, spectaculaire percée de l’AfD
4 - Des sources d’inspiration pour le Front national


En Autriche, le FPÖ (« Parti de la Liberté d’Autriche ») est entré au gouvernement, conduit par le jeune carriériste conservateur Sebastian Kurz – alors âgé de 31 ans seulement –, à la mi-décembre 2017. Aux législatives du 15 octobre 2017, la droite conservatrice (ÖVP) avait obtenu 31 % des voix et le FPÖ, arrivant troisième juste derrière la social-démocratie, 26 %.

Une coalition entre droite extrême et extrême droite

L’ÖVP, un parti anciennement à dominante paysanne, modéré et pas très nationaliste (plutôt attaché aux « identités régionales », au catholicisme, à « l’Europe »), mais à direction néolibérale, a connu une impressionnante mue. Son appareil a été repris en main depuis mai 2017 par son nouveau président, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement sortant et désormais chancelier : Sebastian Kurz. Un personnage dont les dents rayent le parquet, qui ressemble à un mélange entre un Macron très à droite (de manière affichée) et un Berlusconi très jeune (moins, pour l’instant, les « affaires »), puisqu’il n’a que 31 ans. ÖVP et FPÖ étaient largement d’accord entre eux avant les élections, et les sondages montrent que leurs électorats respectifs se considèrent désormais massivement comme appartenant au même camp.

Le FPÖ contrôle désormais le ministère de l’Intérieur, celui de la Défense ainsi que les Affaires étrangères. Il a ainsi la main, formellement, sur l’essentiel des services de renseignements et des unités de police. Le FPÖ a déjà participé à un gouvernement fédéral (national) entre 2000 et 2005, et a appartenu ou appartient à plusieurs gouvernements régionaux. Jörg Haider, qui le dirigeait alors (il a fait scission du parti en 2005 et est décédé en 2008), avait pronostiqué, au moment de sa première entrée au gouvernement, en février 2000 : « Nous allons perdre à court terme un tiers de nos électeurs, socialement mécontents, mais à moyen terme, nous en trouverons d’autres, qui vont honorer notre politique économique solide. » En réalité, entre 2000 et 2004, le FPÖ aura perdu non pas un tiers, mais plus de deux tiers de ses électeurs, avant de les retrouver une fois repassé dans l’opposition… Or, depuis qu’il participe à nouveau au gouvernement au côté de la droite conservatrice, donc depuis décembre 2017, le FPÖ a largement changé de stratégie et, notamment, de discours en matière sociale.

À droite toute

Dès l’été 2017, pour la première fois pendant une campagne électorale au plan fédéral (national), le parti d’extrême droite avait clairement fait profil bas en matière de promesses sociales. Dans une interview donnée en juillet 2017, son chef Heinz-Christian Strache s’était assez nettement vanté du fait que des organisations patronales étaient en train de co-écrire le programme économique et social du FPÖ. À ce moment, les principaux dirigeants du parti avaient fait le calcul qu’une baisse des promesses sociales allait signifier aussi, une fois que le FPÖ sera entré au gouvernement, une moindre déception de son électorat… En tout cas, s’il se fiait à ce nouveau discours, cet électorat ne sera alors « pas déçu » : le gouvernement droite-extrême droite en Autriche a inscrit dans son programme, entre autres, l’autorisation de l’allongement de la journée du travail jusqu’à douze heures quotidiennes. Les chômeurs basculent au bout d’un an de l’assurance maladie dans une forme d’équivalent du RSA avec bien moins de droits, à l’instar des tristement célèbres « lois Hartz » en Allemagne. Le logement social fera les frais du programme gouvernemental.