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L’extrême droite à l’offensive : #2 - Chambéry, terre d’implantation du Bastion social

le 12 avril 2018, par CorrespondantE localE
Crédit Photo: DR.

Ces dernières semaines, les provocations et agressions de groupes d’extrême droite contre des étudiantEs et lycéenEs mobilisés contre la sélection à l’université se sont multipliées. Des provocations et agressions qui s’inscrivent dans un contexte de résurgence des groupuscules d’extrême droite, autour notamment du « Bastion social », qui tente de s’implanter dans diverses villes en ouvrant des locaux et des bars. Retour sur cet inquiétant phénomène.

Dossier réalisé par la Commission nationale antifasciste du NPA :
1 - La baston pas sociale
2 - Chambéry, terre d’implantation du Bastion social
3 - Tensions dans les facs
4 - L’extrême droite musclée
5 - Social et élections : répartition des tâches


Chambéry fait partie des quatre villes françaises dans lesquelles le Bastion social a ouvert un local. Ce constat peut sembler étonnant, dans la mesure où cette commune de 55 000 habitantEs connaît un taux de chômage largement inférieur à la moyenne nationale et est connue pour constituer une terre plutôt hostile à l’extrême droite. Marine Le Pen n’a par exemple réuni que 14% des voix à Chambéry et le FN y est traditionnellement faible, puisqu’il n’a pas de local dans la ville et n’a même pas été en capacité de monter une liste aux dernières municipales.

L’implantation du Bastion social à Chambéry

Si l’implantation du Bastion social à Chambéry peut donc paraître surprenante, elle peut sans doute s’expliquer par trois facteurs. Le premier est la proximité de Lyon, où ont sévi Steven Bissuel et Alexandre Gabriac, figures de l’extrême droite. Le deuxième est lié à la sociologie de la ville qui est sans doute favorable au Bastion social, dans la mesure où il peut recruter tout à la fois dans la fraction supérieure des couches populaires blanches, dont les enfants sont fortement exposés au déclassement social, mais aussi dans la garnison de chasseurs alpins stationnée à Chambéry. Le troisième facteur est lié aux évolutions de la vieille culture conservatrice et catholique, historiquement très forte en Savoie, qui se trouve de plus en plus gangrénée par les idées d’extrême droite, comme l’a par exemple montré l’engagement militant de l’archevêque de Chambéry dans la construction de la manif pour tous.

Tout cela a permis au Bastion social de se doter d’un groupe d’une trentaine de militants actifs, qui développent une politique à double facette. La première est celle d’une milice fasciste, qui propose à ses jeunes militants de participer à des opérations paramilitaires contre les migrants et les militants de gauche, comme cela a par exemple été le cas, en octobre dernier, lors de l’attaque à coup de chaînes et de triplex d’une réunion de la Fédération anarchiste à Chambéry qui s’est soldée par deux blessés, dont l’un a eu 30 jours d’ITT. La seconde facette est celle d’un groupe avide de visibilité qui se dote d’un local en plein cœur de la ville, colle massivement ses affiches sur les murs et multiplie les distributions de tracts à visage découvert.

La réaction du milieu militant

Confronté à la menace fasciste, le mouvement social chambérien a été contraint d’organiser son autodéfense et de sécuriser les événements qu’il organise, ce qui est une nouveauté dans cette ville jusque-là très calme. Toutefois, refusant d’entrer dans une logique de guerre permanente, le milieu militant a décidé de répondre sur trois autres terrains. Le premier a été celui de la mobilisation, qui a en particulier permis de monter deux manifestations contre le Bastion social, réunissant grâce à la constitution d’un large front unitaire 600 et 700 personnes. Le deuxième est politique, puisque nous avons mené une action spécifique pour contraindre le maire à demander la fermeture du local du Bastion social, ce qu’il a fini par faire après que le conseil municipal a été envahi par les antifas. Le troisième est juridique, des plaintes ayant été systématiquement déposées contre les agressions fascistes et l’ouverture même de ce local, afin que l’État prenne ses responsabilités.

Si la réaction du mouvement social chambérien a été à la hauteur du défi et a mis fortement en difficulté les militants du Bastion social, qui s’attachent actuellement à polir leur image et ont dû mettre un terme, sans doute malheureusement provisoire, à leurs actions paramilitaires, la difficulté est désormais de poursuivre ce combat dans la durée. Cela ne peut se faire sans parvenir à maintenir un front large, capable de réunir à la fois le milieu antifa et les organisations traditionnelles de la gauche et du mouvement ouvrier, ce qui constitue la politique que le NPA s’attache actuellement à mener.