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L’Indre-et-Loire se mobilise contre l’extrême-droite

le 14 janvier 2011, par Gabriel Gérard

Les 15 et 16 janvier, le Front national tient son xive congrès à Tours, au Vinci. Une coordination unitaire d’Indre-et-Loire s’est constituée autour de l’appel « Ensemble contre l’extrême droite ». L’un des représentants de cette coordination, Sébastien Boche, président de la LDH de Tours et du département, répond à nos questions.

Comment la coordination s’est-elle constituée ? Sur quelles bases ? Quelles seront ses initiatives ?

L’été dernier, à l’initiative de la Ligue des droits de l’homme, une coordination nationale est née en réaction au discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et à la politique xénophobe menée par le gouvernement.

Des manifestations ont été organisées le 4 septembre 2010. Près de 150 000 personnes ont manifesté partout en France, mais aussi devant les ambassades de France à Barcelone, Vienne, Bruxelles, Londres ou Bucarest.

En Indre-et-Loire, 25 organisations1 se sont regroupées. 3 000 personnes ont manifesté dans les rues de Tours pour dire « Non à la xénophobie d’État ».

Alors que le gouvernement faisait passer en force sa réforme des retraites, cette coordination est restée mobilisée pour travailler autour de la tenue du congrès du FN à Tours.

Notre idée principale est que nous avons des valeurs à porter sur la place publique pour ne pas laisser le terrain aux « idées » de l’extrême droite. Nous axerons nos actions sur la défense des libertés fondamentales ordonnées par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Nous organiserons trois initiatives : une soirée-débat, une conférence et une manifestation unitaire dont le mot d’ordre sera « Ensemble contre l’extrême droite ».

Comment la coordination unitaire analyse-t-elle le danger que représente le Front national dans la situation actuelle ?

Comme on peut le voir, le Front national pèse sur la politique du gouvernement : le trait d’égalité tiré entre immigration et délinquance, le renvoi de chacun à une identité figée, l’éthnicisation du débat public sont autant d’approches qui font rupture et sont inspirées par l’extrême droite. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui du côté aventurier et provocateur de Nicolas Sarkozy : pour la première fois, le discours est délibérément centré sur la chasse à l’autre. À ce propos, je trouve qu’on n’a pas assez souligné que, dans les faits divers utilisés par Sarkozy, aucun Rom n’était en cause, ni à Grenoble ni à Saint-Aignan, mais des personnes de nationalité française. Les Roms ont été introduits à dessein dans la polémique, pour utiliser des préjugés séculaires.

Quelles sont les réactions de la droite tourangelle à la tenue de ce congrès ?

La droite ne bouge pas ou alors elle le fait par tactique politicienne, ce qui ne va pas du tout dans le sens de ce que nous voulions à l’occasion de ce contre-congrès. Nous refusons de rentrer dans le jeu des conflits internes de l’UMP. Plus surprenant, le centre est absent du débat.

Pour ce congrès, le Front national prépare un « grand barnum » médiatique, pensez-vous que la mobilisation sera à la hauteur ?

Nous attendons plusieurs milliers de personnes lors de la manifestation du samedi.

Quelle est l’implantation de l’extrême droite en Indre-et-Loire et dans la région Centre ?

Concernant la situation nationale, Philippe Lamy2, citant Jacques Julliard, souligne que l’extrême droite vit dans « l’interruption et le pointillé à la manière de ces rivières qui s’enfoncent momentanément sous terre pour resurgir plus loin. »

En Indre-et-Loire, elle est peu implantée (le département est ancré à gauche : le conseil général et les principales villes sont menées par le PS, Saint-Pierre-des-Corps reste un des bastions du PCF) et obtient des résultats électoraux inférieurs aux moyennes nationales.

Toutefois, on observe en Touraine le développement de groupuscules identitaires. L’un d’entre eux, Vox populi, avait organisé une contre-manifestation lors de la dernière gay pride de Tours. Il sera encore là, une semaine après le congrès du FN, pour une « marche des fiertés »... Cette fois encore, la coordination sera là pour dire « Non ».

La coordination unitaire « Ensemble contre l’extrême droite » poursuivra-t-elle son action de vigilance antifasciste ?

Oui, la coordination l’envisage. Cela étant, c’est la xénophobie d’État qui nous a rassemblés. C’est elle qui fera que nous continuerons ensemble à défendre nos valeurs jusqu’à ce que les politiques européennes calment le jeu et respectent pleinement les droits humains.

Propos recueillis par Gabriel Gérard

1. Pour plus de détails se reporter, entre autres, au site de la LDH :

<http://www.ldh-france.org/Contre-co...>


2. Philippe Lamy est l’animateur du groupe de travail national de la LDH sur l’extrême droite.