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« Laïcité » ? Macron drague les cathos et tous les réacs !

le 16 juillet 2018, par Marie-Hélène Duverger

C’est donc accompagné de son épouse et de tout un aréopage composé de ministres (dont Collomb, au comportement pourtant fort peu « charitable » avec les migrantEs), de parlementaires et de journalistes de la presse catholique que Macron a rencontré le pape au Vatican le 26 juin.

Macron cherchait peut-être la bénédiction papale avant le sommet européen du 28 juin, consacré à la « crise migratoire », dans un contexte où chaque pays, France en tête, refuse d’accueillir des migrantEs tout en reprochant au voisin de ne pas faire preuve de solidarité. On nous a rebattu les oreilles avec la durée de l’entretien entre le Saint-Père des cathos et le Jupiter des serviteurs du Medef : 57 minutes, soit plus qu’Obama ou Erdogan... Miracle ! Macron est aussi devenu à cette occasion « chanoine d’honneur de la basilique de Saint-Jean-de-Latran », distinction symbolique qui revient automatiquement au chef de l’État français selon une tradition qui remonte au roi Henri IV... À croire que le costume de président des riches ne suffit plus à Macron et qu’il rêve de porter le manteau des rois de droit divin ! Cela en dit long sur ces dirigeants bourgeois qui nous assomment de discours sur la laïcité républicaine uniquement lorsqu’il s’agit de dénoncer le danger islamiste mais qui flattent les officines religieuses catholiques, dont les agissements réactionnaires n’ont rien à envier à ceux des autres « sectes qui ont moins réussi ».

La main tendue aux cathos

Mais derrière ces signes ostentatoires d’un attachement réel ou bien simulé aux vieilles fariboles datant de l’époque où la France était « la fille aînée de l’Église », il y a une véritable opération de séduction, entamée depuis son élection par Macron, à l’égard de l’électorat catholique, capté traditionnellement par la droite. En effet, cette visite s’est déroulée quelques semaines après un discours à la conférence des évêques de France, devant lesquels Macron s’était engagé à « renouer le lien entre l’État et l’Église ». Comme si celui-ci avait été définitivement rompu alors que les entorses à la loi de 1905 n’ont jamais cessé, notamment lorsqu’il s’agit de verser des millions de fonds publics chaque année à l’enseignement privé, qui relève à 95 % de l’église catholique. Macron a vanté « les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme » et a servi la soupe aux franges les plus radicales de la « cathosphère » en disant « entendre l’Église lorsqu’elle se montre rigoureuse sur les fondations humaines de toute évolution technique ; j’entends votre voix lorsqu’elle nous invite à ne rien réduire à cet agir technique dont vous avez parfaitement montré les limites ; j’entends la place essentielle que vous donnez dans notre société, à la famille – aux familles »... À l’heure où les promesses de Macron en matière de bioéthique, notamment l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, sont en pleine marche arrière, on mesure bien toute la portée de ce genre de phrases.

Réaction et religion à tous les étages...

Le 27 juin, les députés ont voté, par 109 voix contre 39, l’article 38 du projet de loi de confiance entre l’administration et les citoyens qui valide le fait que, désormais, les associations religieuses bénéficieront d’un traitement de faveur, puisqu’elles sont retirées de la liste des groupes d’intérêt qui doivent informer la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) de leurs rencontres et relations avec les autorités, depuis une loi de 2013. Toutes les associations à but cultuel pourront désormais rencontrer des administrations ou des élus, et faire avancer auprès d’eux leurs idées, sans que le public ne soit informé, puisqu’il est maintenant implicitement suggéré par la loi que les religions défendent l’intérêt général. Plusieurs députés de la majorité ont voulu contrer cette atteinte supplémentaire à la laïcité en faisant voter un amendement quelques heures plus tard revenant sur cet article. Finalement, 64 députés macronistes ont souhaité conserver l’inscription des religions au registre des lobbies et 66 s’y sont opposés. Les 13 députés LR présents ont voté contre. Parmi eux Marc Le Fur, Philippe Gosselin et Véronique Louwagie, qui en 2014 avaient proposé de dérembourser l’IVG et qui se sont fait particulièrement remarquer au sein de la Manif pour tous. Tout comme les deux députées « non inscrites » qui ont veillé jusqu’à 2 heures du matin pour s’assurer que l’amendement soit rejeté : Emmanuelle Ménard, élue d’extrême droite de l’Hérault, et Marie-France Lohro, membre de la Ligue du Sud. Tout ce beau monde s’est donc allié à une courte majorité de macronistes pour accorder un traitement de faveur aux associations cultuelles. Des cathos aux fachos, la sainte alliance est en marche !