Actualités

Le FN attaque à l’Aube

le 22 décembre 2014, par Christian Laine
Bruno Subtil (à gauche) en compagnie de Bruno Gollnisch.

Pour la 13ème élection législative partielle depuis l’arrivée à la présidence de François Hollande, le PS a encaissé ce dimanche à Troyes sa 12ème défaite. Pire encore : pour la 6ème fois, il est éliminé dés le premier tour. En perdant la moitié de son électorat (14 % en 2014 contre 28 % en 2012) dans la 3ème circonscription de l’Aube, le PS s’écroule dans un territoire qui n’a pas toujours été à Droite et qui est plus ouvrier que bien des bastions PS.
Le FN a réalisé 36 % au second tour, gagnant 10 points et 1500 voix entre les deux tours. Son score du premier tour (27,6%) était pourtant déjà une progression de 10 points par rapport à la même élection en 2012 (17,7 %) dans une circonscription qui est probablement la moins favorable au FN du département. Certes, dans un contexte d’abstention massive, le Front ne gagne pas d’électeurs en chiffre absolu (notamment par rapport à la présidentielle), mais il en perd beaucoup moins que les autres partis ... Une erreur serait de se rassurer à bon compte avec le taux d’abstention car il est malheureusement probable que les abstentionnistes soient un réservoir de voix pour le FN tant ils ont un profil proche de l’électorat du Front (jeunes, catégories populaires, dégoutés de la politique). Les cadres du FN ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en faisant de la lutte contre l’abstention un des axes de leur propagande : appel de Marine Le Pen dans son discours du premier Mai, paragraphe "s’abstenir, c’est voter UMPS" dans la profession de foi des Européennes, appel du candidat FN entre les deux tours, etc. A noter que la présence du FN au second tour n’a pas entrainé de sursaut de la participation, signe inquiétant même si le candidat FN (Bruno Subtil) ne semblait pas raisonnablement en mesure de l’emporter.

Faisant ses meilleurs scrores en zones rurales pauvres (ce qui ne manque pas dans le département !), le candidat FN avait comme slogan sur ses affiches officielles : " Un député pour le peuple", slogan déjà utilisé par le Front dans plusieurs autres partielles ces deux dernières années. Bruno Subtil est un frontiste à l’ancienne, adhérent depuis 1981, secrétaire fédéral depuis 1983 et membre du Bureau Politique et du Comité Central depuis 1999 : ce très proche de Gollnisch et des cathos tradis n’est pas un fan de Marine et de la dédiabolisation.

Défait dés le premier tour, le PS a appelé au "front républicain pour battre le FN", permettant à Bruno Subtil de s’écrier : " L’appel à voter UMP du socialiste Girardin montre bien que l’UMPS n’est pas une invention mais une réalité." La preuve par Troyes ... Le Parti Socialiste et le gouvernement Hollande portent une responsabilité écrasante dans la montée du FN en menant une politique qui d’un côté multiplie les cadeaux au patronat et de l’autre abandonne cyniquement les catégories populaires. Le candidat socialiste Girardin semblant avoir un éclair de lucidité pour déclarer au Monde du 10 décembre : " Le message que les gens nous envoient peut se résumer brutalement : vous ne pouvez rien faire pour nous, on ne va pas se déplacer pour vous". Dans un département ravagé par la désindustrialisation, qui a perdu des milliers d’emplois dans le textile, au taux de chômage très supérieur à la moyenne et où chaque ouvrier a peur de voir son emploi délocalisé, le discours du FN de protection face à la mondialisation sauvage rencontre un écho dans des catégories populaires sans avenir et sans espérance envers une gauche qui les a trahi mille et une fois. Il faut lire Retour à Reims de Didier Eribon (Champs Essai 2010) ou les analyses, certes discutables, de Christophe Guilluy sur la France périphérique que Marine Le Pen appelle "les invisibles" et qui constituent la renaissance électorale du FN. Comme l’analyse froidement le démographe Hérvé Le Bras : " L’électeur du FN, lui, n’a pas forcément une grande estime pour le FN et il n’est pas certain que ce parti accède un jour au pouvoir, mais c’est mieux que de n’avoir aucun espoir laissé par les partis traditionnels." (Télérama, 4 juin 2014).