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Le FN piétine mais s’enracine

le 28 juin 2017, par Commission nationale antifasciste
Les huit député-e-s FN - Photo : DR

Pas de raz-de-marée bleu marine à l’Assemblée, suite à la vague présidentielle mais le reflux dépose tout-de-même 8 député-e-s contre 2 en 2012. Le FN n’est pas dans une position confortable sans pour autant en sortir fragilisé. Certes, il imaginait déjà son groupe parlementaire. Or, pour la première fois depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa présidence, il recule en voix. Les électeurs de la Présidentielle ne se sont pas déplacés mais cette abstention passagère n’est pas le signe d’un recul de ses idées.

Les tensions ne s’apaisent entre les Patriotes de Philippot, la ligne « droitière » orpheline de Marion Maréchal et le cercle de fidèles autour de la présidente. Sophie Montel, proche de Philippot, lançait un débat houleux en déclarant que le discours du FN sur l’immigration pouvait « être perçu comme anxiogène ». Nicolas Bay répondait aussitôt que l’immigration était pourtant le premier motif de vote. Pour la tendance « droitière », la ligne Philippot fait perdre le FN. Mais c’est plutôt elle qui a essuyé un revers : candidats battus dés le premier tour, aucun élu en PACA, perte de la circonscription de Marion Maréchal par son ancien suppléant. Ce qui a sauvé Collard et Emmanuelle Ménard sont les reports des voix de la droite, difficiles à mobiliser.

Difficiles aussi à mobiliser, les hypothétiques alliés de droite d’un groupe parlementaire, que Le Pen et Aliot ne désespèrent pas de constituer. Dupont-Aignan n’a pas l’air très chaud. Bompard tend la main mais il en faut encore 6... des députés LR pourraient venir « naturellement » selon Collard. Pourtant, l’aile droite des Républicains a perdu Mariani, Myard, Meunier ou Mariton et le MPF de Villiers et le PCD de Jean-Frédéric Poisson n’ont plus de députés.

L’enseignement le plus inquiétant est l’enracinement du vote frontiste dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. 5 des 8 députés FN y ont gagné des circonscriptions tenues par le PS. Ce « grand remplacement » politique est le triste résultat de l’incapacité à proposer un projet politique de gauche à une classe ouvrière abandonnée. Symbole de cette hideuse décomposition : l’ancien permanent communiste et fils de mineur, José Evrard, est élu député FN du Lensois... Quel que soit l’avenir de la « stratégie Philippot » (et de Philippot lui-même), le FN se caractérise de plus en plus par un électorat populaire, avec une ligne « ni droite, ni gauche ». Sa démagogie sociale, forte des trahisons et du clientélisme des PS et PCF, répond aux préoccupations quotidiennes de classes populaires « interdites de futur » (selon l’expression de Willy Pelletier). Le champ est libre pour politiser sur ses propres bases : lutte contre l’immigration, renforcement des frontières et politique sécuritaire. Autre enseignement : dans le bassin minier, comme à Perpignan et Béziers, le FN gagne là où ses candidats sont implantés et connus. Situation rare au FN où l’habitude est au nomadisme électoral, à l’incompétence et aux candidats fantômes. L’ancrage des élus risque de faire tâche d’huile.