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Le FN, poison mortel

le 26 avril 2012, par Yann Cézard
Photothèque Rouge/Romain Hingant

Le score de Marine Le Pen est sans précédent : 17, 9 %, 6, 4 millions de voix, soit un million de plus que son père en 2002.

Ce succès doit beaucoup à la démagogie de Sarkozy, promettant de diviser par deux l’immigration légale, d’organiser un référendum sur les expulsions de sans-papiers. En tentant d’imiter le FN, il a cette fois alimenté le vote d’extrême droite, en renforçant sa légitimité. Mais le FN a également profité de la lâcheté politique du candidat socialiste, qui a refusé de condamner la phrase de Sarkozy « il y a trop d’immigrés en France » et juré qu’il ne procéderait à aucune régularisation massive.

On ne combat pas le FN et ses idées haineuses en faisant le dos rond, en laissant insulter, jour après jour, toute une partie d’entre nous, les immigrés, leurs enfants, leurs petits-enfants. Le NPA affirme au contraire haut et fort qu’il faut régulariser tous les sans-papiers et accorder aux étrangers les mêmes droits politiques et sociaux qu’à tous les autres citoyens.

Le combat contre les idées racistes et fascistes est d’autant plus central qu’elles divisent profondément les classes populaires, diminuent notre capacité à nous défendre.

Or le mal est profond. D’un côté un électorat traditionnel de droite, xénophobe et hostile à l’État providence, aux « charges sociales » qui pèseraient sur les petits patrons, se radicalise. De l’autre, la crise provoque un profond désarroi, aussi bien chez beaucoup de ceux qui se croient des « classes moyennes » et s’imaginent qu’ils « donnent plus au système qu’ils n’en reçoivent », que dans les classes populaires. Avec la crise ne s’élève pas automatiquement une conscience de classe, anticapitaliste. Sur fond d’absence d’espoir social, elle est aussi le terreau de sentiments imbéciles, crasseux, contre le voisin, contre le soi-disant « concurrent » pour le travail, les services publics, le logement. Autant de préjugés qui poussent la colère à s’exprimer dans le vote Le Pen.

Un sondage Ipsos publié dans le Monde du 24 avril estime ainsi que 29 % des électeurs ouvriers auraient voté Le Pen, 22 % des employés, et même 19 % des voix des 18-24 ans. Une portion significative de la jeunesse, soumise à la pauvreté et à la précarité. La percée du FN est particulièrement spectaculaire dans des villes et des régions dévastées par la crise. Le Pen est par exemple deuxième dans le Pas-de-Calais, avec 25, 5 % des voix (+ 9 points par rapport à 2007 !), ou encore dans l’Oise, avec 25 % (plus 10 points !). Ce sont des départements très ouvriers où le vote Sarkozy s’est brutalement dégonflé par rapport à 2007. C’est cette France des 900 usines fermées en cinq ans, d’un million de chômeurs supplémentaires, où aucune riposte collective de grande ampleur ne s’est organisée contre les licenciements, où chaque travailleur s’est retrouvé brutalement à la rue, à tenter de survivre comme il peut.

Marine Le Pen a donc récolté un certain succès en faisant le pari de compléter sa panoplie raciste par des discours plus virulents sur le terrain social, moins libéraux, en dénonçant la finance, le CAC 40, les plans d’austérité, mais en veillant toujours à les mêler à sa démagogie nationaliste et à la « priorité nationale ».

Face à un tel poison, les plus beaux discours ne peuvent avoir d’effet qu’en lien avec les mobilisations, contre les licenciements, pour les salaires, les services publics, les droits sociaux, les droits démocratiques. C’est par une politique visant au développement des luttes collectives pour ne pas payer cette crise, que l’on pourra répondre au FN, à la hauteur du danger qu’il représente.

Yann Cézard