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Les affaires secrètes du FN

le 26 avril 2016, par Bertold du Ryon

« Tous pourris ! » est un slogan qu’affectionne l’extrême droite, faisant mine de dénoncer les liens d’hommes ou femmes politiques avec la corruption ou les milieux financiers. « Beaucoup de pourris et pourries, et l’extrême droite au premier rang ! » serait une maxime plus proche de la réalité.

Peu de temps après les récentes révélations sur les cadres fascistes utilisant les paradis fiscaux, les député-e-s du Front national au Parlement européen viennent de voter pour une directive qui résulte d’un intense lobbying patronal. Là encore, le FN, tout en faisant mine de lutter contre les intérêts capitalistes liés à mondialisation néolibérale, se range de façon visible du côté du Capital ; et, bien qu’il prétende la contraire, des multinationales les plus puissantes.

Jeudi 14 avril 2016, le Parlement européen a adopté, avec les voix de 77 % de ses membres présents, la directive sur le « secret des Affaires ». Celle-ci avait été vigoureusement dénoncée par des journalistes, des ONG, des associations de droits de l’homme et une pétition signée par plus de 500.000 personnes en Europe. Elle risque, au nom de la préservation des intérêts économiques, de nuire gravement à la liberté d’informer des journalistes – à l’heure où Vincent Bolloré fait poursuivre en Justice des organes de presse osant aborder ses activités scandaleuses en Afrique – et aux « Lanceurs d’alerte » en entreprise. Avec la directive qui vient d’être adoptée, ni l’affaire « Panama papers » actuellement débattue ni le scandale autour des pesticides de Monsanto n’auraient été révélés.

Certes, la Commission européenne a fait mine d’écouter les critiques, en précisant dans le texte que les informations publiées par la presse ne pourront pas être poursuivies… si les agissements de l’entreprise concernée sont eux-mêmes considérés comme illégaux. Encore faudrait-il qu’une décision de Justice le constate ; or, moins d’informations sortiront, et moins la Justice sera amenée à se prononcer… Sans oublier que certaines lois, par exemple en matière fiscale, autorisent et encouragent des activités qui sont - du coup - conformes à la législation, mais parfaitement criminelles en même temps parce qu’elles nuisent à la société.

Parmi les eurodéputé-e-s français et françaises, les parlementaires du PS et du parti LR ont voté pour l’adoption de la directive, tout comme les 23 représentant-e-s du FN. Aucun ni aucun élu-e du FN à Strasbourg n’à voté contre. Tous les présents ont voté pour (vingt élu-e-s dont Bruno Gollnisch, Louis Aliot, Steeve Briois et Nicolas Bay), trois étant opportunément absents (Jean-Marie Le Pen, par ailleurs exclu du parti, Florian Philippot et Marie-Christine Arnautu).

Le FN a justifié son vote en expliquant qu’il était toujours contre « le pouvoir de la grande Finance » (pour preuve, il serait pour la sortie de l’Union européenne et pour le « patriotisme économique »), mais que là, il s’agissait de « protéger les secrets d’affaires des entreprises européennes, y compris des PME-PMI, contre l’espionnage économique ».

Le FN évoque beaucoup les petites entreprises, présentées comme vulnérables (alors qu’elles souvent intégrées dans des conglomérats et étroitement dépendantes de grands groupes). Or, étrangement, ce ne sont guère des PME qui ont fait un lobbying intense, depuis 2010, pour obtenir l’adoption de cette directive… mais des multinationales telles qu’Air Liquide, Alstom, General Electric, Intel, Michelin, Nestlé ou encore Safran.

Bertold Du Ryon