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Marine Le Pen et l’international

le 10 mars 2017, par Commission nationale antifasciste

Article rédigé pour le dossier « Front national : le parti "nanti-système" en campagne » dans l’hebdomadaire L’Anticapitaliste n°374.

1- Présidentielle 2017 : Quelle campagne pour le Front National ?
2- Marine Le Pen et l’international
3- Les affaires sont les affaires
4- Qui vote FN ?
5- Auprès du patronat non plus, Marine n’est pas à la peine...


L’ambassadeur cubain à Paris était présent. Ceux de l’Arabie Saoudite, du Cambodge, du Vietnam et de Taïwan étaient là, aussi, et également l’ambassadeur d’Albanie. La Chine et les USA étaient représentés, non par leurs ambassadeurs respectifs, mais par des diplomates en exercice, ainsi que Singapour. Tout ce beau monde, et « les représentants de 42 pays » au total, était venu pour assister à la conférence de Marine Le Pen sur sa « vision des relations internationales », en début de soirée du 23 février 2017.

On ne peut que spéculer sur les motifs de l’ambassadeur d’un pays tel que Cuba, d’assister à une telle réunion. Il n’est pas improbable que l’idée selon laquelle « l’adversaire de mon adversaire principal de longue date (les USA) est forcément mon ami » ait joué un rôle. Ainsi que le positionnement de Vladimir Poutine qui – on le sait depuis le crédit russe de neuf millions d’euros, attribué au FN en 2014 – soutient le parti lepéniste en France, ne serait-ce que parce qu’il souhaite affaiblir les forces pro-atlantistes et pro-Union européenne. Toujours est-il que, depuis peu, un ami commun (ou perçu comme tel) à Marine Le Pen et à Vladimir Poutine réside à la Maison blanche, vu leur admiration commune pour Donald Trump…

Lors de cette conférence du 23 février dernier, Marine Le Pen a donc développé son discours en matière de politique internationale. Outre l’alliance – bien sûr – avec le pouvoir russe, elle y a décrit une vision d’une « monde multipolaire », au sein de laquelle les relations avec d’autres Etats servent en grande partie à empêcher les flux migratoires. Ainsi a-t-elle décrit le régime dictatorial du maréchal-président Al-Sissi en Egypte comme « une tour qui nous défendra contre les migrants » (sic) ; un propos déjà tenu en 2015. Le même sort est réservé aux rapports avec plusieurs Etats africains. Bien entendu, fidèle à elle-même, Marine Le Pen soutient le régime tortionnaire de Bacher Al-Assad en Syrie, présenté comme la seule alternative pour empêcher une prétendue prise de pouvoir par l’« État islamique ».

La cheffe du FN propose aussi d’augmenter les dépenses de « Défense » à 2 % du PIB en début de mandat, et à 3 % en fin du quinquennat prochain ; tout en gravant la part budgétaire de l’armée dans le marbre de la Constitution française. Concernant l’Union européenne, Marine Le Pen, lors de son discours du 23 février, a tout simplement proposé d’ « en finir avec » elle. 

Toujours en matière internationale, Marine Le Pen a pu, les 20 et 21 février 2017, « enfin » réaliser un rêve et rencontrer – pour du vrai – un président ainsi qu’un Premier ministre en exercice. Jusque-là, sa réputation en tant que « femme d’Etat » avait quelque peu souffert du manque de crédibilité institutionnelle, et du fait qu’aucun gouvernement ne souhaitait réellement la recevoir.

Cette fois-ci, le 20 février au Liban, ça a été autre chose. A Beyrouth, Marine Le Pen fut reçue par Michel Aoun (chef de l’Etat, chrétien maronite et désormais pro-régime syrien), mais aussi par le Premier ministre Saad Hariri (sunnite, représentant de la bourgeoisie pro-Arabie Saoudite). Si avec Hariri, les choses se sont un peu moins bien passés – ce dernier l’aura mise en garde contre un «  amalgame entre musulmans et terroristes » -, les rapports avec Aoun n’étaient pas trop mauvais. L’homme, qui était un temps exilé en France dans les années 1990 alors qu’il était contre le régime syrien (puissance alors quasi-tutélaire du Liban, avant 2005), a aussi été plus ou moins proche de Jean-Marie Le Pen.