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Mort de Clément Méric : Quand les médias désinforment

le 6 juillet 2013, par Julien Sergère, Léo Carvalho

C’est à une sinistre opération médiatique de banalisation du mal que nous avons assisté la semaine dernière, après la parution le 25 juin d’un article sur le site de RTL. L’auteur y prétendait qu’une vidéo prouvait la responsabilité de Clément Méric dans l’agression qui lui a coûté la vie.

Photothèque Rouge/nils

La scène aurait été filmée par une caméra de surveillance de la RATP, et montrerait « le jeune militant d’extrême gauche se précipiter dans le dos d’Esteban Morillo, le meurtrier présumé, alors de dos, semble-t-il pour lui asséner un coup ». Ce serait seulement en réaction que « le skinhead se retourne alors et le frappe avec son poing en plein visage ». Non seulement il n’est dit à aucun moment dans l’article que le journaliste a pu lui-même visionner la vidéo, mais la radio se permet d’annoncer fièrement en titre : « La vidéo a parlé »...

S’ensuit un ballet médiatique durant lequel la pseudo-information circule très rapidement sur la grande majorité des sites d’information. De l’Express, qui prétend que la vidéo permet de comprendre « ce qu’il s’est vraiment passé », à Marie-Claire, qui parle d’une « vidéo qui dérange », en passant par France Info, pour qui « une vidéo de la RATP accrédite la thèse de l’accident », c’est sans aucune prise de distance qu’est repris le prétendu « scoop » de RTL.

Ainsi, dans le JT de 20h sur France 2, David Pujadas lance son sujet en affirmant : « Les policiers ont pu exploiter et visionner une vidéo de la RATP. Elle révèle de nouveaux détails sur les circonstances de la bagarre. » Ni usage du conditionnel ni mention du fait qu’aucun journaliste n’a pu visionner la vidéo. Et le sujet de débuter sur cette question sordide : « Clément Méric a-t-il été l’agresseur avant d’être mortellement frappé […] ? », avant que soit proposée une sidérante reconstitution de la scène telle qu’elle aurait été filmée. Poussant le bouchon encore plus loin, Direct-matin ira jusqu’à affirmer le lendemain, en titre d’un article, qu’ « une vidéo accrédite le coup involontaire »…

À qui profite le crime ?

Quelques heures seulement après la publication de l’article sur RTL, Libération avait pourtant émis des doutes sur cette vidéo, en s’appuyant sur une source policière selon laquelle la vidéo en question « ne montre que 20 centimètres au-dessus du sol, c’est-à-dire les jambes des personnes ». De même, Politis nous apprend le 26 juin que la RATP dément avoir en sa possession (et transmis) une vidéo de l’agression, France Inter enfonçant le clou le lendemain en affirmant que personne n’a pu voir la vidéo en question sinon la police.

Plus largement, on ne peut s’empêcher de poser la question : à qui profite le crime sinon à tous ceux qui, dans les médias dominants et ailleurs, confondent extrême droite et extrême gauche, fascistes et antifascistes, au nom de la violence dont tous feraient preuve ? Cette confusion n’a-t-elle pas pour principal effet de banaliser les violences consubstantielles à l’extrême droite, qui se multiplient ces derniers mois à travers notamment des agressions homophobes et islamophobes ? Ne conjugue-t-on pas ainsi la dépolitisation à la confusion politique, deux ingrédients dont use abondamment l’extrême droite ?

Contre ce confusionnisme alimenté par les « grands » médias, il importe de rappeler sans cesse que la mort de Clément et l’ensemble des violences racistes de ces derniers mois n’ont rien d’accidentelles. Produits de l’existence même de groupuscules fascistes qui ont pris confiance pendant des mois, au bénéfice du mouvement homophobe contre le mariage pour touTEs, elles trouvent leurs racines dans un climat xénophobe, alimenté depuis des années par des politiques et des discours faisant des immigrés, des Roms, des musulmans, les responsables d’une misère généralisée par la crise sans fin du capitalisme.

Léo Carvalho et Julien Sergère