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La rentrée du FN : toujours autant de démagogie

le 6 septembre 2016, par Bertold du Ryon

Ne pas faire peur, rassurer l’électorat, tenter d’avoir une « posture présidentielle » : voilà la tâche que s’est assigné Marine Le Pen, en faisant son meeting de rentrée politique à Brachay, samedi 03 septembre 2016.

Ce village de la Haute-Marne, peuplé de 55 habitantEs, a été choisi à plusieurs reprises pour des meetings de haute importance symbolique du FN, depuis 2013. La raison principale de ce choix réside dans le comportement électoral de cette commune qui a, au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, voté en faveur de Marine Le Pen à 72 %. Mais il n’y a pas que ça. Dans « La Lettre du Front » , publication hebdomadaire du parti d’extrême droite envoyée à ses sympathisantEs (édition du 02.09.16), Nicolas Bay – secrétaire générale du FN – tente aussi de donner une justification plus large : « Brachay, petite commune de Haute-Marne, petite capitale de la France des oubliés. À Brachay, là où comme dans tant de territoires on ressent la double-agression que représentent la globalisation sans frein et l’abandon d’un État qui ne remplit plus son rôle protecteur. Une France des oubliés à laquelle Marine Le Pen n’offre pas seulement une oreille attentive, mais une voix qui porte. La France des oubliés, c’est d’abord la France de nos campagnes, de nos villages et de nos territoires. » L’ancien sympathisant du « dissident » Bruno Mégret qu’a été Nicolas Bay, continue dans la même veine extrêmement démagogique : « Dans les couloirs dorés de l’Élysée, dans les allées froides de la Commission européenne, tout le monde a abandonné Brachay. Pire, tout le monde s’en moque. Pas nous ! La France des oubliés gronde. Elle aspire à retrouver sa liberté, son identité et sa souveraineté. »

Dans son discours sur place devant plusieurs centaines de sympathisantEs, Marine Le Pen a attaqué une nouvelle fois l’Union européenne, en continuant de surfer sur la vague du vote britannique du 23 juin dernier sur le « Brexit ». Elle a ainsi annoncé qu’en cas de victoire électorale du FN en 2017, elle allait organiser un référendum sur une sortie de l’Union européenne, à l’instar du vote britannique : « Ce référendum sur l’appartenance à l’Union européenne, je le ferai en France, car vous avez le droit à la parole (...) Français, nous pouvons redevenir un peuple libre, fier, indépendant, nous pouvons rendre à la France sa vraie place dans le monde. »

Tentant de se présenter comme une femme politique prétendument située au-dessus de la mêlée, après plusieurs mois de relative abstinence médiatique, Marine Le Pen a évité – pendant la plupart des massages de son discours – des attaques contre d’autres forces politiques qui risqueraient de la faire apparaître « trop sectaire ». Adoptant le slogan de l’ « apaisement par l’autorité » qui serait sa recette pour la gestion de l’Etat, elle a surtout ciblé ses attaques personnelles contre un adversaire, ou plutôt un concurrent politique, un rival, le seul cité nommément dans son discours : Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas spécialement étonnant, si on se rappelle l’entrée en campagne de Sarkozy, fin août dernier, en vue de la primaire de la droite à venir en novembre. Alors que « Le Figaro » a alors titré : « Nicolas Sarkozy, candidat sous le signe de l`identité française » (23.08.16), le président démissionnaire du parti LR revendiquait entre autres la fin du regroupement familial et « la réduction drastique du nombre d’étrangers » en France. Il était alors visible pour tout le monde que Sarkozy marchait sur les plates-bandes du FN.

Marine Le Pen lui a rétorqué que « Nicolas Sarkozy, qui se voudrait le champion médiatique de la lutte contre l’islamisme radical, est allé rencontrer le chantre du wahhabisme », faisant allusion à un rendez-vous avec le roi de l’Arabie Saoudite qui aurait eu lieu pendant l’été 2016. Sa charge contre un personnel politique selon elle inféodé « aux Saoudiens et aux Qatariens » a servi de prétexte à Marine Le Pen pour une nouvelle envolée de haute démagogie : « Je suis libre par rapport par rapport à l’argent du Qatar et des banques. Libre par rapport à l’Union européenne et à l’Allemagne qui la domine. » 

Actuellement crédité de 26 à 30 % des voix, Marine Le Pen sera une ennemie dangereuse pour les forces de gauche, pendant la campagne à venir et au-delà.