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NO PASARAN : Contre l’extrême-droite, résistance !

le 13 juin 2013, par Olivier Besancenot

Mercredi 5 juin, Clément est mort assassiné sous le coup de poing d’un skinhead. Il n’est pas tombé dans une bagarre de rue ou dans une rixe. Il est mort parce qu’il a été identifié comme militant antifasciste par ses adversaires. Venu avec ses camarades à une vente privée, il a rencontré des skinheads, munis de poings américains… La suite, on la connaît.

Photothèque Rouge/JMB

En 2013, une bande de nazillons, aux tatouages et aux sigles fascistes, peut en toute impunité traverser Paris, faire ses courses, croiser des jeunes militants antifascistes et tuer en pleine rue. Clément est devenu malgré lui le symbole de cette régression inacceptable, contre laquelle précisément il avait décidé de lutter. Militant syndical à Solidaires étudiantEs, il était membre de l’Action antifasciste. Il y consacrait du temps, de l’énergie et de la constance. Discret, il était de toutes les actions pour que les nazillons ne se croient pas autorisés à occuper le pavé et les murs. Notre pensée va aux siens, à sa famille, ses parents particulièrement, et à tous ses camarades et frères de l’AFA.

Pour un nouveau sursaut

L’indignation s’est vite propagée : partout dans le pays, des rassemblements unitaires et des manifestations sont venus témoigner du fait que la peur ne devait pas changer de camp. L’histoire est là pour nous rappeler, il est indécent d’amalgamer ceux qui réagissent radicalement aux méthodes de l’extrême droite et les crânes rasés nazillons qui utilisent la violence comme moyen d’action pour imposer leurs idées racistes.

L’un des moyens les plus dignes de célébrer la mémoire de Clément consiste à perpétuer son combat. La lutte antifasciste ne se résume pas à la posture d’un jour. Elle est une activité permanente, l’objet d’un engagement collectif de chaque instant. Elle puise son élan dans les pages les plus sombres et les plus héroïques de notre histoire.
Au-delà des changements de périodes et des évolutions politiques, dont les mutations de l’extrême droite elle-même, ce combat nous invite à un nouvelle mobilisation. La mort tragique de Clément est une violente piqûre de rappel qui nous appelle à agir. Car Clément n’est pas mort que du coup de poing de son assassin. Il est mort aussi parce que l’air du temps prête au racisme, à la percée d’une extrême droite raciste, homophobe, antisémite, islamophobe. Les manifestations contre le mariage pour tous ont vu des débordements organisés régulièrement par toute cette petite galaxie nauséabonde, qui reprend confiance.

Vraies connivences et fausses solutions

Comme le ridicule, lui, ne tue pas, les réactions politiques n’ont pas dérogé au cynisme habituel. Serge Ayoub (alias « Batskin », chef des JNR dont la presse a relaté la proximité avec les skinheads) est venu dire aux caméras que les inculpés n’avaient rien à voir avec lui, qu’il venait juste de les avoir au téléphone – normal puisqu’il ne les connaît pas – et que ce n’était pas eux qui avaient commencé... Marine Le Pen a tout de suite dit qu’elle n’avait rien à voir avec Ayoub et d’ailleurs elle a eu l’occasion de lui dire lorsqu’elle l’avait rencontré : normal puisqu’elle ne le connaît pas ! Et NKM, elle, serait, d’après Debré, le « fer de lance de la lutte antifasciste » qui aurait toute sa place dans nos manifs… Bref, tout le monde est antifasciste.

La preuve : tout le monde est pour la dissolution de ces groupes. Jean-François Copé, comme Marine Le Pen, précisent même qu’il faudrait faire la même chose pour l’extrême gauche… La dissolution est une fausse bonne idée, inefficace puisque le groupe dissout reprendra une activité publique le lendemain sous un nom différent. La gauche, elle aussi, défend cette mesure. Jean-Marc Ayrault promet même de les tailler en pièces de cette manière… Si Ayrault souhaite rendre un tout petit service sincère à la cause, qu’il commence par ne pas tailler en pièces le mouvement antifasciste, en relaxant par exemple les militants antifascistes poursuivis par la justice pour collage sauvage.

Reconstruire un front unitaire

La réalité, c’est que l’on ne guérit pas d’une maladie en cassant le thermomètre. On ne peut l’éradiquer qu’en s’en prenant aux maux. Il faut donc s’attaquer à ce qui fait le lit de l’extrême droite : la crise économique, les inégalités, le chômage, les politiques antisociales. Nous payons trente années de renoncements politiques sur la question de l’immigration.

La progression de l’extrême droite sur le terrain des idées est propice à la progression de l’extrême droite tout court. À chaque fois qu’un seul sans-papiers est expulsé, la fascisme marque un point. Chaque fois qu’un campement de Roms est démantelé, le fascisme marque un point. Chaque fois qu’un politicien de droite comme de gauche parle du « problème de l’immigration », le fascisme marque un point. Et à chaque fois que le PS revient aux affaires pour faire une politique de droite, les masses populaires ne font plus la différence entre la droite et la gauche, et le fascisme marque alors beaucoup de points.

Il est nécessaire et urgent de reconstruire un mouvement antifasciste et antiraciste de masse, un front de résistance unitaire à l’extrême droite. Un mouvement prêt à rassembler les nouvelles générations, ainsi que les organisations du mouvement ouvrier. _ Un mouvement capable d’assumer une présence tout terrain contre les actions de l’extrême droite et apte à assurer une solidarité concrète avec les victimes du racisme et des discriminations.
Clément, ton combat continue. No pasarán !

Olivier Besancenot