Actualités

Présidentielle 2017 : Quelle campagne pour le Front National ?

le 9 mars 2017, par Commission nationale antifasciste

Article rédigé pour le dossier « Front national : le parti "nanti-système" en campagne » dans l’hebdomadaire L’Anticapitaliste n°374.

1- Présidentielle 2017 : Quelle campagne pour le Front National ?
2- Marine Le Pen et l’international
3- Les affaires sont les affaires
4- Qui vote FN ?
5- Auprès du patronat non plus, Marine n’est pas à la peine...


Contrairement à sa première expérience présidentielle de 2012, Marine Le Pen et le staff qui l’entoure ont fait le choix de retarder le plus possible l’entrée en campagne du parti d’extrême-droite. Plusieurs axes se dessinent cependant : en matière de politique internationale, le FN cherche à tisser des liens à l’étranger avec comme arrière pensée la volonté de doter son parti d’une « crédibilité » sur la scène diplomatique (voir cet article). Un deuxième axe concerne la dimension « sociale et économique » du discours frontiste et met en avant le protectionnisme et la sortie de l’euro et/ou de l’Union européenne. Ce second axe est lié à un troisième, relatif au projet de société spécifique du FN, la « préférence nationale » rebaptisée « primauté nationale ».
Ces aspects sont hyper-connectés : c’est par la sortie des engagements européens et par le traitement de l’immigration que le parti d’extrême droite entend réaliser ses promesses en matière sociale. En toile de fond demeure l’idée selon laquelle « l’étranger et les étrangers vont payer » pour « notre » sortie de crise et que la France paie davantage pour ses engagements européens qu’elle ne reçoit de l’Union européenne avec une vieille rengaine d’extrême droite : les immigrés coûtent cher aux nationaux.

La sortie de l’Euro : le saint Graal qui sauvera la France !

Côté protectionnisme, ça ne bouge d’ailleurs guère au FN. Certes, depuis l’hiver 2015/16, la direction a semblé hésiter sur l’opportunité d’afficher clairement l’objectif d’une sortie de l’euro. Au risque de brusquer l’électorat LR/UDI, et notamment les retraitéEs ainsi que les petits patrons, inquiets vis-à-vis d’une mesure dévalorisant possiblement leur épargne. Or, lors de sa conférence de politique internationale du 23 février, MLP a clairement annoncé qu’elle entendait « en finir avec l’Union européenne ». Les doutes semblent donc levés sur cette question. Par ailleurs, la « préférence » alias « primauté nationale » demeure bien au cœur du programme du FN, tel qu’il a été affiché à Lyon, les 04 et 05 février 2017, en « 144 mesures ». Et c’est le protectionnisme national qui est censé financer les promesses « sociales » du parti d’extrême droite. Le FN prétend ainsi créer une taxe spéciale sur les produits d’importation, à hauteur de 3 %, dont il annonce qu’elle pourrait déboucher sur une « prime » de 80 euros mensuels pour les salariéEs. Exit, en même temps, l’ancienne promesse d’une hausse 200 euros par mois du SMIC et des bas salaires.
Cette sortie de l’Euro qui permettra au FN de raser gratis au lendemain des élections l’amène donc MLP à faire de son parti le champion… des luttes sociales ! Pourtant, « Ni pour, ni contre, bien au contraire », ils furent comme il se doit aux abonnés absents pendant le mouvement contre la « Loi travail ».
Quelques mois plus tard, usant dans un premier temps au compte-gouttes de leur temps de parole dans les médias, les dirigeants frontistes, se présentent aujourd’hui comme des forteresses anti-libérales. Ainsi, bien avant les « Assisses présidentielles » de Lyon, le FN s’en est pris tout d’abord à Fillon et à son projet de casse de la Sécurité sociale : revendiquant sans vergogne l’héritage du CNR qui fût à l’origine de la Sécu, MLP a ainsi fait imprimer et distribuer fin 2016 de fausses cartes Vitale avec l’inscription : « Fillon va vous rendre malade (…) Une opération radicale sans anesthésie ». Elle entendait dénoncer une prétendue « fraude gigantesque à la Sécu »... complètement inventée, mais qui lui a un temps permis de faire miroiter « d’éventuelles économies » délirantes en matière d’assurance maladie. Ce fut ensuite l’augmentation annuelle du SMIC,qui permit à la candidate scandalisée de monter sur la table : le FN n’avait-il pas quant à lui proposé en 2012 « 200 euros d’augmentation » ?! Non chiffrée et en réduisant de manière radicale les cotisations sociales donc : plus de « salaire direct » versé en apparence, mais moins de protection sociale…
Une incursion en politique social qui connaît aussi, parfois, de sérieux couacs. Ce fut le cas lors du déplacement dans le département de l’Eure, le 6 janvier, où elle cherchait à se présenter en « défenseur des services publics menacés dans les espaces ruraux ». En visitant un bureau de Poste à Ecouis elle a lourdement insisté sur le scandale des zones rurales où l’on paierait deux fois pour nos services publics : impôts étatiques et locaux. Sauf que c’est… tout simplement faux : nulle part en France, les services postaux ne sont financés par les collectivités territoriales. En matière « sociale », le programme annoncé à Lyon tire un peu moins vers la démagogie qu’en 2012, et comporte plus de mesures libérales. Ainsi offrir la possibilité aux riches de transférer à leurs héritiers par voie de don – donc en contournant la fiscalité sur les successions – 100.000 euros tous les cinq ans, au lieu de quinze ans aujourd’hui (et dix ans dans le programme de François Fillon).
Pour les salarié-e-s, on y trouve du « travailler plus pour gagner plus » sarkoziste, avec les heures supplémentaires défiscalisées. Enfin, tentant à tout prix d’apparaître « dédiabolisé », c’est-à-dire moins choquant, le FN a d’abord communiqué sur ce que le programme 2017 ne comporte plus : le retour à la peine de mort . Le FN se réserve, toutefois, une porte arrière : puisqu’il se prononce pour des « référendums d’initiative populaire », il en proposera un sur la condamnation à la perpétuité réelle et celui sur la peine de mort pourrait ainsi réapparaître en cas de victoire du premier.

Alors, qu’est-ce qui a changé en cinq ans ? La tonalité, sans doute... mais surtout le regard que médias, et patronat pose sur ce parti, de plus en plus fréquentable aux yeux de beaucoup. Le FN reste pour nous un parti d’extrême droite qu’il faut combattre.