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Rassemblement national : Le fond de l’air est brun

le 18 janvier 2019, par Commission nationale antifasciste

Le dimanche 13 janvier, le Rassemblement national a lancé sa campagne pour les européennes dans la salle, comble, de la Mutualité à Paris. Sur fond d’air jaune pour la touche sociale, Marine Le Pen (MLP) annonce une campagne aux accents identitaires affirmés.

« On arrive » : le slogan de campagne fleure bon les belles années mégrétistes du FN des années 1990, doublé d’un « donnons le pouvoir au peuple ». Le clou de la convention était le dévoilement des douze premiers candidats, et autant le dire, de douze prochains députés européens.

Peu de surprises

Avec à sa tête Jordan Bardella, jeune conseiller régional d’Île-de-France, déjà promu porte-parole et dirigeant de Génération nation, l’ex-FNJ, ce début de liste se décompose en trois : un tiers de députés sortants (Dominique Bilde, Joëlle Mélin, Nicolas Bay et Gilles Lebreton) ; un tiers de nouvellement promus (Jordan Bardella, Hélène Laporte, Virginie Joron et Catherine Griset) ; un tiers de ralliés (Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, ex-LR, Hervé Juvin et Christiane Delannay-Clara), car cette liste se veut « d’ouverture ».

La proximité de Mariani et Garraud avec les idées du FN est connue depuis longtemps. Rassurés par l’abandon de la sortie de l’euro, ils viennent auprès de MLP par « fidélité pour leurs idées ». Leur présence est loin d’être une surprise, pas plus que celle d’Hervé Juvin. MLP saluait déjà en 2017 sa pensée comme « une source inépuisable de réflexion et d’inspiration ». Ancien collaborateur repenti de Raymond Barre, ce chroniqueur sur TV Liberté et dans la revue Élémentsmilite, avec son manifeste de « l’écologie humaine », pour la « survie » de la civilisation européenne dans ses traditions.

Juvin s’insurge contre le« sans-frontiérisme »et le multiculturalisme puis appelle à une« préférence communautaire ». Mariani traite Juncker d’« ivrogne notoire »aux mains de l’oligarchie et des puissances financières, fait huer BHL, puis rappelle que la menace ne vient plus de l’Est mais du Sud. La vraie nouveauté se situe à la douzième place, avec la guadeloupéenne Christiane Delannay-Clara. Son parcours, du maire socialiste de Créteil au candidat UMP pour les sénatoriales de Guadeloupe, pourrait laisser songer à un certain opportunisme. Elle est surtout un signe à la « France des Outre-mer », où MLP a déjà fait une bonne poussée à la présidentielle.

« Partout en Europe, nos alliés arrivent au pouvoir »

Mais le parcours des futurs élus n’est pas le seul révélateur de la politique du RN. Son entourage politico-commercial est aussi chargé de sens. Les identitaires, qui ont très largement infiltré le RN, en fournissant conseillers, attachés divers et chargés de mission, seront-ils toujours à la manœuvre ? Avec Philippe Vardon comme directeur de la communication, l’avenir professionnel des jeunes cadres de Génération identitaire devrait être assuré. La présence de Catherine Griset, cheffe de cabinet de MLP, en dixième place, laisse penser que ce petit système n’est pas prêt de changer. Cette proche de MLP avait été mise en examen dans le cadre de l’enquête sur les emplois fictifs du FN au parlement européen.

En pleine mobilisation des Gilets jaunes, le RN lance une campagne sur le thème « Partout en Europe, nos alliés arrivent au pouvoir ». Les liens ont commencé à être tissés avec ses alliés européens, notamment lors de la « Fête des Nations » à Nice, le 1er mai dernier. Rencontre avec le grand ami Salvini, en octobre en Italie, participation à une conférence sur un « nouveau modèle pour les citoyens européens » en novembre en Bulgarie, réunion du groupe parlementaire en décembre en Hongrie… Le RN travaille à construire l’Europe de ces « gouvernements courageux », dixit Nicolas Bay. L’Italie, la Pologne et la Hongrie dessinent la vision de la société voulue par le RN, une Europe qui « respecte les peuples et la démocratie »... comme cette récente loi d’Orban qui augmente le nombre possible d’heures supplémentaires dont les patrons pourront retarder le paiement, qualifiée de « loi esclavagiste » par le mouvement de contestation hongrois.

Dans son discours de lancement de campagne, MLP n’hésite pourtant pas à convoquer le « mépris de classe » pour qualifier l’attitude de Macron face à « la saine révolte populaire des Gilets jaunes ». Elle avait déjà salué la « mobilisation fraternelle » des Gilets jaunes lors de ses vœux pour 2019, année « synonyme d’espérance et de renouveau ». En soutenant le mouvement sans trop en faire, MLP se peint en jaune pour avoir l’air de répondre aux préoccupations sociales des classes populaires et espérer rafler la mise électorale. Mais si l’on gratte un peu, apparaît vite le brun. Dans son discours, MLP reprend la ligne des « nationaux » contre les « mondialistes », déjà affirmée à son dernier congrès. « Avec nous l’Aquarius n’abordera pas sur les côtes européennes ! ». Le ton est donné.