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Santé : Riposter à l’offensive du FN

le 31 mai 2016, par J.C. Delavigne

C’est une offensive d’ampleur que le Front national engage en direction des professionnels hospitaliers et des usagerEs de la santé. Les militantEs de ce secteur, qui combattent au jour le jour le danger de l’extrême droite, doivent y prêter attention.

Le 11 mai dernier à l’occasion de la « journée de l’infirmière », Marine Le Pen s’adressait sur son blog à la profession. Quelques jours plus tard, le 17 mai, la présidente du Front national annonçait le lancement d’un « collectif » santé du Rassemblement bleu marine et rendait publics des éléments de programme en vue de sa campagne pour 2017.

Retour aux fondamentaux...

En rupture avec le discours traditionnel de l’extrême droite, Marine Le Pen n’hésite pas à reprendre l’argumentaire et les revendications des organisations syndicales, des mouvements sociaux et des partis à la gauche du PS. Elle dénonce le « manque de reconnaissance financière et morale » des infirmierEs et de l’ensemble des personnels hospitaliers, l’effondrement continu de leur pouvoir d’achat... Plus généralement, elle s’en prend à l’étranglement financier de l’hôpital public, les difficultés financières d’accès aux soins et les « déserts médicaux ». Elle s’engage à supprimer la « tarification à l’activité » et préconise la création d’une « cinquième branche » de la sécurité sociale pour les personnes en perte d’autonomie.

Toutefois, quant il s’agit d’en venir aux causes et aux remèdes, cette dénonciation laisse la place aux « fondamentaux » de l’extrême droite. Ainsi, pour Marine Le Pen, la saturation des services, les difficultés quotidiennes rencontrées par les personnels, les incidents survenant dans les services d’urgence sont à relier aux « vagues d’immigration » qui submergent les services hospitaliers. Elle y voit la source de conflits « communautaristes » insuffisamment combattus par les directions hospitalières. Quant à la qualité des soins, la présidente du FN souligne avec insistance la présence de 25 % de médecins étrangers, « dont la moitié extra-européens, alors que leur formation n’est pas de même qualité ».

Faute d’apporter des solutions qui supposeraient d’augmenter les ressources du service public et de la sécurité sociale par l’augmentation des cotisations sociales, c’est-à -dire en imposant une autre répartition des richesses, le discours frontiste ne peut qu’en revenir à ses vieilles lunes : la recherche du « bouc émissaire »...

Conquérir l’électorat hospitalier ?

Selon le CEVIPOF (Centre d’étude de la vie politique française), le vote FN, qui était de 19 % en 2012 parmi les personnels hospitalier, est passé à 26 % lors des dernières élections régionales. Il atteint 39 % chez les personnels de catégorie C (personnels ouvriers, aides-soignantEs, ASH, agent administratifs).

Faute d’avoir été entendue par les gouvernements successifs et d’avoir pu s’opposer aux contre-réformes par des mobilisations restées isolées, une partie des hospitalierEs peut être tentée de trouver un exutoire dans le vote « antisystème » pour le FN. La fonction de celui-ci est de canaliser la colère vers l’étranger plutôt que vers les 1 % qui dominent ledit système.
Ce risque doit être pris au sérieux : il suppose à la fois de ne rien lâcher au quotidien et de démonter sans relâche le contenu réel du pseudo-discours social du FN. Il suppose surtout d’œuvrer à la construction et à l’unification des mobilisations en cours pour mettre fin à l’austérité et à la précarité, à l’hôpital comme ailleurs, moyen le plus sûr de faire régresser l’emprise du FN.