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Soral et Dieudonné : nouveau parti antisémite et complotiste ?

le 12 novembre 2014, par Bertold du Ryon

Après une association, un site Internet, un commerce en ligne (où il distribue tout ce qui lui tombe sous la main : T-shirts, autocollants, mais aussi lubrifiants, bouteilles de vin à soixante euros…), le duo formé par Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala compte maintenant lancer un parti politique. Il semble cultiver de grandes ambitions, même si la réalité est plus prosaïque, puisqu’il s’agit avant tout de s’ouvrir les portes du financement public des partis.

Un nom est déjà trouvé : « Réconciliation nationale », qui ne fait que reprendre l’un des termes de l’association actuellement animée par l’écrivain antisémite Alain Soral, à savoir « Egalité & réconciliation » (E&R). Les statuts du parti projeté n’ont pas encore été déposés. Son adresse serait, en revanche, déjà connue. Elle est située à Saint-Denis, à la même adresse où est déjà domicilié la structure « E&R », mais aussi l’entreprise de diffusion « Kontre Kulture ».

Les perspectives du futur parti restent encore sujettes à caution. Actuellement, en dehors de son éternel compagnon de route Dieudonné, peu de personnes souhaitent travailler dans la durée avec Alain Soral, à cause de son égocentrisme extrême qui – selon ses détracteurs - frôle la psychopathologie. Toujours est-il qu’en misant sur la popularité des théories du Complot en tout genre, à commencer par celles qui circulent sur les prétendues « vraies » explications du 11-septembre, Soral et Dieudonné rencontrent un certain succès d’audience, que ce soit sur Internet ou dans le cadre des spectacles de ce dernier.

Le fait que les fondements antisémites des insinuations complotistes du duo deviennent de plus en plus systématiques, de plus en plus transparentes, n’a pas empêché jusqu’ici qu’elles trouvent un certain écho. Or, avoir une audience sur le Net ne signifie pas encore qu’on va réussir nécessairement à structurer un mouvement politique. D’autant plus qu’Alain Soral fait figure de gourou numérique pour un certain nombre d’individus qui se comportent en fans plus ou moins inconditionnels, mais dont les capacités organisationnelles peuvent être beaucoup moins sûres.

La décision de lancer un parti politique, que le projet soit factice – servant uniquement à toucher un pactole espéré – ou réel, est venue à Alain Soral à la suite de sa disposition violente avec Aymeric Chauprade. Cet « expert en géopolitique » autoproclamé a été élu au Parlement européen, le 25 mai 2014, après avoir été tête de liste du FN en Ile-de-France. Actuellement il dirige la délégation des eurodéputéEs du FN (qui n’ont pas réussi à former un groupe). Longtemps, Soral avait cru que Chauprade partageait peu ou prou ses délires idéologiques, à propos d’une prétendue « résistance à l’Empire » aux couleurs nationalistes et rouges-brunes ; Aymeric Chauprade fait notamment figure de grand lobbyiste du pouvoir russe de Vladimir Poutine, au nom d’une « opposition au Nouvel Ordre mondial » qui serait imposé par les Etats-Unis.

Cependant, un texte publié par Chauprade au cœur de l’été a mis le feu aux poudres. Circulant dans les milieux du FN depuis août 2014, ce texte prône entre autres la nécessité, pour l’extrême droite française, de se concentrer sur la lutte contre un ennemi stratégique principal, que serait actuellement « le fondamentalisme islamique sunnite ». Dans cette vision, il faudrait aussi, à en suivre Alain Chauprade, se rapprocher de la droite israélienne, vue comme un allié stratégique.

C’en était trop pour Alain Soral, tenant d’un ancrage profond de l’extrême droite dans l’antisémitisme à connotation complotiste. Dans un message vidéo publié le 06 septembre, Soral qualifie Chauprade à plusieurs reprises de « fils de p***  » et le taxe de « haute trahison », sous prétexte que lui-même (Soral) aurait fait voter «  des musulmans » pour Chauprade. Raisons pour laquelle Soral serait désormais prétendument menacé de mort, le candidat ayant désormais découvert sa stratégie.

A propos de menaces, Aymeric Chauprade en avait reçu de sérieuses suite aux élucubrations de Soral, mais aussi son épouse sous forme d’appels téléphoniques. L’eurodéputé FN a pris l’affaire suffisamment au sérieux pour ne se déplacer, lors de l’université du FNJ (jeunesse du parti) tenue les 06 et 07 septembre à Fréjus, que sous la protection de plusieurs gardes du corps. Chauprade semble bien soupçonner celui qu’il appelle, en faisant allusion au fondateur de la secte Scientology – notoirement dotée d’un sens des affaires lucratives -, « le Ron Hubbard de l’antisémitisme français ».