Actualités

Suicide : l’extrême-droite fait une bonne action

le 30 mai 2013, par Bertold du Ryon

Le 21 mai, Dominique Venner, écrivain d’extrême droite militant depuis plus de 50 ans, s’est tiré une balle dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Il a ainsi mis fin à une vie marquée par plusieurs facettes d’activisme d’extrême droite, allant du terrorisme dans les milieux de l’OAS jusqu’à son activité plus récente d’« historien ». Un geste « éminemment politique » et une tentative de « réveiller le peuple de France », d’après l’hommage de Marine Le Pen…

Faujour

Sa vie militante commence dans les années 1950 dans les rangs du mouvement Jeune Nation, animé par Pierre Sidos, futur dirigeant du groupuscule Œuvre française. Par la suite, il rejoint le combat de l’OAS, mais tire un bilan critique de son engagement une fois que la décolonisation de l’Algérie était acquise : « L’échec algérien a mis un point final aux prétentions des politicards d’extrême droite. Il a montré la stérilité du seul activisme (…). Il a par contre confirmé comme seules justes les perspectives de la révolution nationaliste », écrit-il en juillet 1962, mois de l’indépendance algérienne.

Dans ce contexte historique, Venner chercha à contribuer à une refondation idéologique de l’extrême droite. Il prône un nationalisme « européen », celui des États ex-coloniaux s’étant révélé insuffisant, vu la perte des anciens empires. Fondateur de la revue Europe-Action (1963 à 1966), Venner propose en juillet 1967 de fonder un club de pensée sous forme du futur GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne).

Tout comme le « racialiste » Pierre Vial, Venner défendait des considérations relatives à la « défense de notre race », contre ceux qui à l’extrême droite, défendent le « réveil des identités culturelles » (vues comme immuables) partout sur la planète. Son héritage idéologique se trouve aujourd’hui plutôt du côté de la mouvance « identitaire ».

Hommages unanimes…

Son suicide s’est voulu acte mobilisateur, présenté comme protestation contre « la décadence de notre civilisation », symbolisée à ses yeux par le mariage pour touTEs. Ceci tout en invitant le mouvement anti-mariage homosexuel, qu’il avait soutenu (notamment dans le cadre du groupement Printemps français), à élargir son horizon idéologique à la lutte contre l’« immigration afro­-maghrébine ».

Sa mémoire a donc été saluée à la fois par Marine Le Pen, qui rompt ainsi avec la tentative de « dédiabolisation » en se référant ouvertement à un idéologue fasciste, par son père, par son ex-rival Bruno Gollnisch, par l’ex-député UMP Christian Vanneste – exclu de son parti pour homophobie trop ouvertement affichée –, mais aussi par Christine Boutin. Cette dernière a déclaré : « J’espère que cet homme, qui ne croyait visiblement pas en Dieu – Venner appartenait en effet au courant néo-païen de l’extrême droite –mais qui avait choisi Notre-Dame pour mettre fin à sa vie, s’est converti à la dernière seconde ». Une fois de plus, les digues entre une partie de la droite et l’extrême droite sont ouvertement rompues.

Bertold du Ryon