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Syndicats et second tour : Mauvaise clarté contre ambiguïtés

le 5 mai 2017, par Robert Pelletier

Il aura finalement fallu que Le Pen et Macron se bousculent devant l’usine Whirlpool d’Amiens pour que les préoccupations sociales reviennent sur le devant de la scène médiatique et de la campagne présidentielle.

Un retour qui accroît la responsabilité des directions syndicales dans le renforcement des mobilisations à partir du 1er mai mais aiguise les contradictions pour les consignes de vote au second tour...

Échos du premier tour...

Tout d’abord, il est confirmé que l’appartenance à un syndicat reste largement un vaccin anti-Front national [1]. Si les seuls sympathisantEs des syndicats avaient voté au premier tour de l’élection présidentielle, Mélenchon et Macron auraient été à égalité (28 %), Le Pen et Fillon loin derrière à 13 %, suivis par Benoît Hamon (11 %). Inversement, si seules avaient voté les personnes se disant proches d’aucun syndicat, Le Pen serait arrivée en tête (25 %) suivie de Macron (23 %), Fillon (19 %) et Mélenchon (17 %). C’est moins d’un ouvrier sur sept qui a voté pour le FN si l’on tient compte des abstentionnistes et des non-inscrits (notamment les très nombreux ouvriers qui ne peuvent avoir la nationalité française). Plus surprenante, la chute de François Fillon chez les actifEs à 13 %, alors que sa moyenne nationale est de 20 % (contre 22 % en 2012 pour Sarkozy).

La pénétration du vote d’extrême droite est inégale selon les syndicats : 24 % des salariéEs qui se déclarent proches de FO (contre 31 % en 2012). À l’opposé, la CFDT serait la moins frappée avec seulement 7 % (en baisse de 5 %). Le vote pour le FN a, en revanche, progressé à la CGT, passant de 9 % en 2012 à 15 % 2017. Un niveau semblable pour toutes les organisations syndicales, à l’exception de la FSU qui est à 9 %.

Les sympathisants CGT ont majoritairement voté pour Mélenchon (51 %), puis Le Pen (15 %), Hamon (13 %), Macron (12 %) et Poutou (3 %). Pour la CFDT, Macron à 48 % devant Fillon (15 %), Mélenchon (14 %), Hamon (12 %) et Le Pen (7 %). Pour FO, Mélenchon à 32 %, devant Le Pen (24 %), Macron (15 %) et Hamon (11 %). Du côté de la CFE-CGC, François Fillon en tête (à 43 %), devant Macron (31 %) et Le Pen (13 %). À la CFTC, Fillon premier (à 34 %) devant Macron (29 %) et Le Pen (14 %). À Sud-Solidaires, Mélenchon en tête (à 53 %) devant Hamon, Macron et Le Pen (ex-æquo à 13 %). Pour l’Unsa, Macron (42 %), Mélenchon (16 %), Le Pen (14 %) et Hamon (13 %). Enfin, la FSU, avec Mélenchon (43 %) devant Macron (19 %) et Hamon (18 %).

Du 1er mai au second tour

Contrairement à 2002, le résultat du premier tour n’a pas été suivi d’une réaction massive, dans la rue, à dimension largement spontanée. Cette ambiance avait imposé aux directions syndicales (hors FO) la construction d’une grande manifestation du 1er Mai et contenu le vote Le Pen à moins de 18 %.

Les reculs sociaux mais aussi la mobilisation contre la loi travail et les évolutions dans le champ syndical, notamment de la CFDT, modifient le cadre des discussions et prises de position des directions syndicales.

Pour la direction confédérale CGT : « L’utilisation des peurs, du terrorisme, les amalgames éhontés entendus lors de la campagne, la xénophobie, le racisme, le sexisme et l’homophobie, la préférence nationale ne résoudront pas les inégalités, le chômage et les bas salaires. La CGT les combat et les combattra sans relâche ! Elle n’aura de cesse de faire barrage à l’extrême droite ! Pas une voix ne doit se porter sur sa candidate ». Si FO refuse toute consigne de vote, elle dénonce, avec la CGT, les « politiques d’austérité » dans la montée de l’extrême droite et rappelle, parmi les revendications, son opposition à la loi travail soutenue par la CFDT…

Un positionnement qui explique que la CFDT ait organisé le 1er mai, un « rassemblement républicain » avec l’UNSA et la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) pour « rejeter la vision réactionnaire et identitaire du Front national », et appeler à « voter massivement pour le candidat républicain ».

Mardi 25 avril, la commission exécutive de la CGT appelait à «  faire barrage à l’extrême droite », « un danger pour la démocratie, la cohésion sociale et le monde du travail ». Mais elle souligne que le premier tour est le résultat « des politiques libérales, des lois régressives, des remises en cause des droits », citant parmi les « mauvais coups » la loi travail et la loi Macron. « La CGT ne croit pas en l’homme providentiel »...

L’UNSA a appelé à « faire barrage » à Le Pen « en utilisant le bulletin Macron ». En revanche, la CFE-CGC «  s’abstient de toute consigne ou recommandation  ».

Dans ce paysage, les débats et contradictions traversent les organisations syndicales comme l’ensemble des salariéEs, avec des prises de position assises sur des bases différentes. Le refus de consigne de vote de FO renvoie autant au prétendu rejet de la politisation traditionnelle qu’à la difficulté à affronter la forte présence pro-FN dans certains syndicats. Si certaines ambiguïtés présentes dans des structures CGT sont la conséquence d’une tradition «  front républicain » forte au PCF, les « Ni-ni » affirmés ici ou là peuvent relever d’une radicalité, mais parfois de pressions locales de positions elles aussi proches de l’extrême droite. Solidaires, de son côté, « réaffirme que pas une voix ne doit aller au FN ». Le plus clair est certes le positionnement des CFDT et Cie, vrais « macronniens », clairement condamnable.

Dans la continuité des manifestations de ce 1er Mai, reprendre le chemin des mobilisations contre la loi travail reste le meilleur moyen de couvrir les voix du FN tout en combattant réellement les politiques anti-sociales d’un Macron.

[1Enquête pour Liaisons sociales « autodéclarative »