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Tour de France de l’extrême-droite : Toulouse

le 9 février 2014, par CorrespondantE localE
Serge Laroze, déjà candidat FN en 1995 à Ramonville-Saint-Agne (commune du sud de Toulouse).

Le FN à Toulouse

Lors de la prochaine élection municipale de mars 2014, le FN sera présent à Toulouse, mais aussi dans d’autres villes sur le département. En 2008, aucune liste n’avait pu être tenue par eux en Haute-Garonne. A l’époque, il avait été annoncé la possibilité d’une candidature sur Toulouse avec Philippe Rey, conseiller régional FN : il avait dû se retirer pour cause de difficultés à constituer sa liste, également car il bénéficiait d’un faible crédit dans les sondages. Le FN annonce aujourd’hui un objectif de 10% et une présence au second tour : sûrement basé sur leur résultat des dernières présidentielles à 10,34% à Toulouse, contre 6,35% en 2007. L’UMP prend cette candidature au sérieux, et axe sa campagne sur les questions de sécurité.

La tête de liste FN, sous une étiquette « Toulouse bleu marine », sera menée par Serge Laroze. Ce dernier, 74 ans, ancien ingénieur en aéronautique, en est à sa 24ème candidature à une élection : on peut se poser des questions sur l’image du « FN nouveau » que souhaite présenter Marine le Pen !?

En juin, le FN prévoyait de se présenter dans moins dix villes de Haute-Garonne, et espérait pouvoir monter jusqu’à vingt. Il semble aujourd’hui que cet objectif ne puisse pas être atteint. Se gargarisant il y six mois de fortes adhésions, certains endroits, type Muret et Colomiers, semblent avoir été abandonnés faute de pouvoir monter les listes. Leur image a aussi été éclaboussée par la candidate FN qui s’est retirée à Saint-Alban, mettant en cause les propos racistes, antisémites et homophobes de certains cadres et militants du FN31. Le FN avait également annoncé des listes quasi bouclées sur Saint-Gaudens, Fonsorbes, Blagnac, Bouloc et Grenade. Pas de noms avancés à ce jour, même pas lors de la venue de Marine le Pen le 18 janvier à Toulouse [1]. Seuls ont été annoncés André Bernardini pour Blagnac, Jean-Pierre Jarton pour Tournefeuille et Claude Galiana pour Martres-Tolosane.

A noter récemment l’épuration de deux cadres du FN, dans la logique de dédiabolisation (auraient des liens avec des groupuscules) qui ont lancé une fédération départementale du mouvement de Carl Lang « Le Parti de la France » [2].

Le FN s’est doté d’un local de campagne, situé place Occitane, en centre ville de Toulouse. On ne peut pas dire non-plus que cela soit dans une logique de visibilité, puisque l’inauguration du local a été tenue secrète, et reste une vitrine plutôt discrète (pas d’affiches etc.) mais bien surveillée avec la présence de deux caméras.

Dans cette période de campagne, on voit apparaître une présence militante visible du FN à Toulouse, notamment à travers des collages y compris en centre-ville : il s’agit plutôt d’un phénomène nouveau, le FN avait plutôt pour habitude d’être présent uniquement sur les extérieurs de Toulouse.

Ne ratant pas une occasion d’exploiter les faits divers, cette manifestation contre l’insécurité est un exemple de leur sursaut d’activité. (vidéo postée sur le site du FN31)

Les « groupuscules d’extrême droite » :

Le Bloc Identitaire a réussi un temps à avoir un local, qu’ils n’ont pas pu conserver très longtemps : pour des raisons financières, mais surtout à cause de la mise en détention du principal leader, suite à l’agression d’un étudiant chilien, grièvement blessé, par les militants du Bloc Identitaire. En parallèle, un collectif unitaire « Toulouse dit non au Bloc identitaire » s’est constitué pour demander la fermeture de leur local. Le point d’orgue de collectif est l’organisation d’une manifestation le 9 juin 2012 de plus d’un millier de personnes regroupant indifféremment « antifascistes radicaux », partis politiques, associations et syndicats.

C’est à la suite de ces événements que le Bloc Identitaire a explosé et des recompositions ont eu lieues (on trouve souvent indifféremment des autocollants de l’Œuvre française, Bloc Identitaire, Jeunesses Nationalistes sur certains quartiers de la ville, et plus rarement de l’Action Française en centre-ville) [3].
Il y a un an : les Jeunesses Nationalistes ont manifesté à la fac du Mirail, située sur un quartier populaire, contre la venue d’Houria Bouteldja sur une conférence en rapport avec son procès pour « injure raciale contre les français » : en face ils se sont confrontés à une mobilisation notamment de l’UAT et d’organisations d’extrême gauche.

Plus en détails, si on revient sur les « mobilisations » de l’extrême droite, elles ont été pendant des années cantonnées aux actions des « SOS tout petit », rassemblant une fois par an une vingtaine de personnes. A chaque fois, les contre-rassemblements unitaires (partis, associations féministes, syndicats) ont toujours mobilisé beaucoup plus de personnes.

Le Bloc Identitaire a pris l’habitude de célébrer le 9 juin à Toulouse pour rappeler 721, l’arrêt des invasions arabes depuis l’Espagne. En 2012, c’est le collectif « Toulouse dit non au bloc identitaire » qui a marqué la contre-manifestation. Des forces d’extrême gauche appellent donc à des contre-manifs chaque année. Avec la mort de Clément Méric, la manif du 8 juin 2013 a pris une tournure différente, qui malheureusement s’est soldée par deux appels à manifester, suite à des désaccords sur la composition et les objectifs du cortège.

Comme dans toutes les grandes villes de France, nous avons eu des « manifs pour tous » l’année dernière sur Toulouse, manifs de tailles importantes mais à relativiser puisqu’elles étaient régionales. Depuis ce mouvement, on voit une tentative de continuité de ces groupes sur plusieurs actions isolées : les mères veilleuses place du Capitole cet été, une action banderole des masculinistes place du Capitole il y a quelques semaines, et plus récemment un débat organisé par Civitas sur « la question du genre ». A cette dernière initiative, là aussi une manif a l’initiative d’Act’up a été organisée contre la tenue de ce débat [4]. La réactivité à ce type d’évènements est le plus souvent le fait d’une mouvance « radicale », longtemps organisée autour de l’UAT (Union Antifasciste Toulousaine), mais qui depuis les manifs pour tous se réorganise selon des configurations variables. Ainsi cette dernière initiative, organisée très rapidement, a mobilisé à gauche la mouvance féministe « radicale », ACT UP, planning familial.

Les collectifs antifascistes toulousains

Sur la ville coexistent 2 types de structuration :

Une mouvance « radicale », longtemps dominée par l’UAT (créée en 2010), mais en voie de réorganisation dans ses formes comme on a pu le voir à l’occasion de la manif contre CIVITAS, qui se caractérise par sa capacité à réagir rapidement en termes de mobilisation de rue et capte une partie de la radicalisation de la jeunesse. Le NPA, partie prenante du collectif CODEX, participe également aux mobilisations initiées par le courant « radical ».

Le CODEX (COllectif Départemental contre l’EXtrême droite), déclinaison locale de la CONEX (COordination Nationale contre l’EXtrême-droite), regroupe le NPA, Front de Gauche (PG, GA-CA, FASE, PCF notamment), EELV, FSU, Solidaire, CGT, LDH, RESF, Mouvement de la Paix ou encore le MRAP…

Il a été organisé récemment les « 3 mois antifascistes » pour lancer ce collectif créé en octobre 2013, avec des concerts (notamment le 30 janvier où 550 personnes étaient présentes), un débat sur la montée du fascisme en Grèce avec Nikos Smyrnaios, une journée contre l’extrême-droite à la faculté du Mirail avec débats et film, une formation syndicale CGT-FSU-Solidaires sur deux journées, contre les idées du Front National, avec la présence d’André Déchot. Le CODEX a aussi organisé, dans le cadre de ces trois mois antifascistes, une manifestation en hommage aux noyés algériens du 17 octobre 1961. Cette initiative, qui ne dépasse généralement pas la cinquantaine de présents, a regroupé près de 200 personnes cette année.

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Manifestation du 17 octobre 2013 (en hommage aux noyés algériens de 1961) à Toulouse. (D. Romain)

Il y a aujourd’hui la nécessité d’élargir les cadres existants pour aller sur un travail large, pérenne pour être à l’initiative dans la lutte contre les idées de l’extrême-droite. La situation exige un travail de fond parmi les salariés, mais aussi des pratiques de terrain.

Au niveau du NPA, une commission antifasciste-antiraciste existe depuis 2012 et a été à l’initiative de formations interne concernant la recomposition de la droite et de l’extrême-droite en Europe, localement et lors de la dernière formation régionale.

A Toulouse comme ailleurs, NO PASARAN !