Actualités

Tour de France de l’extrême-droite : la Franche-Comté

le 8 mars 2014, par Clément Wallace

Etat des lieux de la Droite de la Droite dans notre belle région.

Besançon, 500 manifestants contre l'extrême droite (samedi 23 mars 2013).

Une grande bouche mais des petits bras

Ils annonçaient partout qu’ils présenteraient "au moins" six listes dans la région ; au final, le Front National ne présentera que trois listes en Franche-Comté : Besançon, Montbéliard (pour la première fois) et Belfort (de justesse, les derniers noms ayant été trouvés juste avant la clôture du dépôt des listes en préfecture). C’est toujours mieux qu’en 2008 (aucune liste à l’époque) mais ils sont toujours absents de départements entiers comme le Jura ou la Haute-Saône (25 % pour Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 quand même). Pas de listes à Audincourt, Héricourt ou Dole où les résultats du Front sont pourtant bons. Toutefois, il faudra surveiller de près les listes "sans étiquette" de petits villages ruraux où le FN pourrait obtenir des élus discrètement.

Le Front est traditionnellement très peu organisé en Franche-Comté : la scission de 1999 lui a fait beaucoup de mal et il a subi encore de nombreux départs dans les années 2000 lors de la prise de pouvoir du couple Montel-Sennerich sur le FN local. De l’avis de nombreux ex, l’ambiance y est détestable, il y a peu de vrais militants et beaucoup d’arrivistes et de bras cassés.

Les candidats

A Besançon se présente un petit nouveau au Front : Philippe MOUGIN, adjudant de gendarmerie à la retraite (à 50 ans, privilège des forces de répression !) aux cheveux et aux idées courtes, qu’on croirait sorti d’une BD de Cabu. Cette liste Rassemblement Bleu Marine vise les 10 % indispensables pour obtenir des élus au conseil municipal. Jouable mais pas certain : Marine Le Pen a certes fait 11,9 % sur Besançon à la présidentielle mais le candidat est totalement inconnu et le Front semble mettre plus de moyens et de militants à Montbéliard où se présente sa responsable régionale (qui habite pourtant en banlieue de Besançon) attirée là-bas par de meilleurs résultats électoraux.

A Belfort, la tête de liste sera Marc ARCHAMBAULT, déjà candidat aux législatives de 2012 (15%) et aux cantonales de 2011 (24%). Le FN n’aura aucune difficulté à avoir des élus dans cette ancienne ville de garnison et ancienne ville industrielle où le chômage a augmenté de trois points depuis l’élection de François Hollande ...

A Montbéliard, le FN présente sa cheftaine régionale Sophie MONTEL. Pur produit FN, MONTEL est permanente du parti depuis l’école maternelle (ou presque) et candidate à tout et n’importe quoi depuis le début des années 90, ce qui lui a permis de devenir conseillère municipale de Besançon puis conseillère régionale en 1998, avant de venir sévir à Montbéliard aujourd’hui. Elle est membre du Comité central et du Bureau politique du FN où elle ne brille pas par ses interventions. Dans un parti qui dénonce l’assistanat et les parasites, elle réussit l’exploit de bientôt atteindre l’âge de 45 ans en n’ayant jamais travaillé de sa vie : y’a bon les indemnités d’élus ...
Les excellents résultats du FN dans le "pays Peugeot" (Montbéliard-Sochaux et alentours) font du secteur un des bastions ouvriers du Front comme le pays minier du Pas-de-Calais, la vallée de la Fensch en Lorraine ou l’Aisne. Le FN ne s’y est pas trompé en mettant tous ses moyens à Montbéliard, cité ouvrière dévastée qui ne méritait pas ça après avoir déjà subi Pierre Moscovici, député PS du Doubs qui ne quittait jamais les beaux quartiers parisiens.
Marine Le Pen est d’ailleurs venu deux fois distribuer des tracts devant l’usine PSA (en février 2013 et en janvier 2012). Si la milliardaire de Saint-Cloud se prend ainsi pour Arlette Laguiller, c’est que la "Peuge", ses 11 000 salariés et ses milliers de sous-traitants, structurent tout le Nord du département. Dans cette région de mono-industrie, le moral est très bas : chômage technique, intérimaires dont le destin dépend d’un coup de fil, menaces permanentes de délocalisations ou de licenciements. Début février, une usine de 57 000 m2 à Arbouans était mise en vente sur leboncoin.fr ! La France qui coule et qui n’a vu aucun changement avec Hollande ... Marine Le Pen est encore revenue ce 26 février 2014 haranguer ses troupes et Montel essaye de faire venir Marion Maréchal-Le Pen ou Philippot avant le premier tour.
D’un point de vue politicien, la candidature du FN à Montbéliard représente le seul espoir de garder la mairie pour le PS local, jamais en retard d’un calcul cynique. L’UMP locale, par contre, a tout intérêt à faire invalider la liste FN : ils ont dénoncé au parquet de Montbéliard de possibles irrégularités sur la liste du Front. Affaire à suivre...

JPEG - 185.4 ko

Robert SENNERICH (secrétaire départemental du FN25), Sophie MONTEL et Philippe MOUGIN.

Le reste de la poubelle

La mouvance Manif Pour Tous a eu une petite présence en 2013 à Besançon, seule ville où il y a un peu de bourgeoisie. On y recense quelques cathos tradi et jeunesse dorée "en colère". Leur activité est toutefois relativement faible dans une région de vieille tradition laïque.

La Franche-Comté a le triste privilège d’abriter quelques restes (plutôt ruraux) du MNR et du Parti de la France dont Alain SEBILLE qui a tenté sans succès de présenter une liste à Saint-Loup-sur-Semouse ou encore Christophe DEVILLERS qui se présente à Ronchamp, petite ville (3 000 h) de Haute-Saône. Ces vétérans old school du Front des années 90 avaient présenté aux régionales de 2010 une liste au titre cash : "non aux minarets" (2,5%).

A droite de l’extrême-droite franc-comtoise, on trouve aussi des groupuscules violents : quelques identitaires autour de l’association bidon "la Caborne" ou encore des nationalistes du Front comtois qui ne semble plus très actif depuis le procès de son ridicule leader fin 2011. Quelques éléments du Front comtois se recycleront ensuite en créant la section franc-comtoise des Jeunesses Nationalistes en 2012, proximité géographique de Lyon aidant. Les JN feront peser un vilain climat dans les rues de Besançon en 2012 et début 2013, provoquant des montées de tensions avec les anars locaux.

JPEG - 322.4 ko

Le Front Comtois défilant à Paris le 9 mai 2011 (REFLEXes)

Plus récemment, des tags anti-islam sont apparus sur les murs de la mosquée de Besançon.
Enfin signalons quelques dingos des JNR de Serge Ayoub (qui viendra himself à Montbéliard en janvier 2011), peut-être encore plus crétins et caricaturaux que les adorateurs de Pierre Sidos mais tout aussi dangereux. Pour leurs plus vilaines affaires, ils se dissimulent parfois derrière l’appellation Werwolf Sequania : l’utilisation de l’allemand n’est pas un hommage à Karl Marx mais bien au nazisme ...