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Tour de France des régionales : le FN en île-de-France

le 17 novembre 2015, par Christian Laine
Wallerand de Saint-Just

Sous le ciel de Paris

Premier constat de cette campagne : le FN île-de-France milite ! Ils collent des affiches, diffusent des tracts dans les gares et les marchés, ce qui est assez nouveau quand on se souvient des campagnes "fantômes" sans affiches ni tracts des années 2000 où le Front arrivait à peine à couvrir les panneaux officiels et présentait des candidats invisibles. Il est clair que la situation militante s’est améliorée pour eux dans une région où le FN était historiquement faible en militants et en électeurs (aucun élu au Conseil Régional depuis 2010 où une liste de cathos intégristes les avait empêché de dépasser 10 % et d’avoir des élus).
Selon plusieurs sondages, le Front pourrait doubler son score par rapport aux régionales de 2010 (9,3 % à l’époque) et vise ouvertement les 20 % avec des percées en grande couronne (Seine-et-Marne, Essonne, Val d’Oise).
Dans notre région, le Front n’a aucune chance de gagner les élections régionales ; l’enjeu est donc ailleurs. Il s’agit d’abord de conquérir des mandats électoraux (ils espèrent une vingtaine d’élus) et surtout de profiter des avantages qui vont avec : salaires très confortables (dont les élus FN devront reverser 15 % au parti), secrétaires payés par le conseil régional, voitures de fonction, bureaux spacieux en plein centre de Paris (ça les changera de Nanterre), etc. Tout cela mis au service de l’appareil du Front et de la future campagne des présidentielles quand les choses sérieuses commenceront.

Ces dernières années, le FN d’île-de-France a vu défiler un sacré paquet de bras cassés : sans remonter à Martial Bild dont l’incompétence était légendaire, on a vu arriver (puis repartir aussi vite) Alain Soral (2007-2009), Paul-Marie Coûteaux (2012-2014) puis tout dernièrement Aymeric Chauprade (2013-2015) tous candidats à Paris et tous davantage soucieux de leur ego que du Front ...
C’est désormais Wallerand de Saint-Just (qui sévissait jusqu’ici en Picardie) qui a récupéré les morceaux de la fédération parisienne du FN depuis fin 2012.
De même dans le reste de la région, les secrétaires départementaux du FN ont presque tous été remplacés depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN (2011) dans 6 départements sur les 8 qui composent l’île-de-France. Les deux secrétaires départementaux "survivants" (Carillon dans le 92 et Chevrier dans le 78) sont des "Jean-Maristes" inexistants dans l’appareil et donnés sur le départ.
Et les dingues sont aussi à la base du parti : Adrien Desport le "mytho de Mitry" : secrétaire départemental adjoint du 77 le jour et brûleur de voitures la nuit ; Maxence Buttey élu FN de Noisy-le-Grand (93) devenu depuis islamiste, Rémi L., personnage incontrôlable du FN 93 multi-récidiviste de la violence (toujours arrêté, toujours libéré et toujours présent dans les équipes de campagne de Saint-Just), etc.

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Adrien Desport et Marine le Pen

Wallerand de Saint-Just, avec son air rassurant de châtelain habillé de tweed qu’on verrait bien déambuler sur un parcours de golf ou un hara cossu, semble peu crédible pour parler à la banlieue qui se lève tôt pour prendre son RER et qui se débat au jour le jour entre factures et précarité. Malheureusement, c’est bien là que le FN réalise ses meileurs scores : les "invisibles", les "oubliés", ceux qui ne sont d’ailleurs pas plus représentés sur les listes du FN que sur celles de la "Droite Versailles" de Valérie Pécresse ou sur celles de la "Gauche langouste" de Bartolone (avec en tête de liste du 94 l’ex-député Julien Dray dont les mauvais camarades au PS racontent qu’il est le meilleur client des montres Rolex en France ...). Il est vrai que vu le niveau hallucinant des inégalités dans notre région, le FN a un sacré potentiel devant lui ...

La guerre des clans

Plusieurs groupes se distinguent parmi les listes de candidats FN de l’île-de-France :

Les apparatchiks :

Capitale oblige, de nombreux candidat(e)s du Front sont en fait des salariés du FN, comme par exemple Nathalie Betegnies (n°2 dans le 92) responsable nationale aux adhésions au siège de Nanterre. Les têtes de liste Audrey Guibert (Essonne) et Jordan Bardella (Seine-Saint-Denis) étant eux aussi des permanents salariés du FN. On trouve encore Joffrey Bollée (n°3 du 77), Mathilde Androuët (n°2 du 75) ou Laurent Salles (n°5 du 92). Si jeunes et déjà bureaucrates ...
De même, on trouve aussi plusieurs noms issus du "GUD business" : si le Front n’a pas osé présenter Frédéric Chatillon, ils ont osé mettre Axel Loustau , Gorete de Freitas et Jean-Lin Lacapelle , tous prestataires du FN ou amis personnels de Marine Le Pen. On est davantage dans les petits arrangements entre amis que dans la haute politique ...

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Jean Lin Lacapelle

Les apprentis Doriot :

Les traitres de la gauche sont assez présents, comme Aurélien Legrand qui n’a pas laissé beaucoup de souvenir au NPA où il s’intéressait déjà davantage à sa carrière qu’au débat d’idées. Arrivé au FN, il a négocié une place éligible aux Régionales et se retrouve donc n°2 du 91 et directeur de campagne. On pourrait dire qu’il n’a pas adhéré au FN mais qu’il a plutôt adhéré à un salaire confortable et à un plan de carrière ... Le porte-monnaie avant les principes, quoi !

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Aurélien Legrand

Guy-Martin Deballe (ex-PS et n°3 à Paris) et Dominique Bourse-Provence (ex-CFDT et tête de liste dans le Val-de-Marne) sont dans la même triste situation de "ralliement alimentaire". A noter que le Front paye très cher (au sens propre) l’achat de ces transfuges de gauche totalement inconnus, ceci au détriment des vieux militants FN qui ne doivent pas forcément apprécier de laisser les bonnes places à des arrivistes dont la seule qualité est d’avoir été de gauche...
Le plus récent "achat" du FN à gauche est François Meunier (conseiller municipal Front de Gauche à Antony dans le 92 et sur la liste FN du 92) dont le PCF d’Antony avait dénoncé "son comportement instable, ses absences prolongées et ses manquements financiers" : voilà visiblement un militant de grande valeur ! Issu lui aussi du Front de Gauche, Davy Rodriguez (liste du Val d’oise) s’est fait connaitre en créant une section FN à Science Po Paris.

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François Meunier

5ème sur la liste de Seine-et-Marne, Bertrand Dutheil de La Rochère est le seul réel ancien chevènementiste du FN (il a été directeur de cabinet de Chevènement). Pour autant, ce digne représentant de la noblesse ne vient pas vraiment d’une famille de gauche : sa nièce est Ludovine de La Rochère (porte-parole de la Manif Pour Tous) et sa fille était tête de liste FN dans le 13ème arrondissement de Paris. Se revendiquant "patriote de gauche", c’est surtout un bourgeois de droite un temps égaré à gauche.

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Bertrand Dutheil de la Rochère

Les radicaux :

Au premier rang desquels Axel Loustau (n°3 du 92) dont la société de sécurité Vendôme, régulièrement utilisée par le FN, a employé le gratin parisien du néo-nazisme comme Baptiste Coquelle (GUD) ou Daniel Mack (JNR), pour protéger les meetings électoraux, les permanences ou la manif du 1er mai. La famille Loustau participe à l’extrême droite la plus violente depuis plusieurs générations, comme les Le Pen. Pour preuve, Axel Loustau sera interpellé, casque sur la tête, le 23 avril 2013 sur l’esplanade des Invalides lors des affrontements avec la police à la fin d’une des Manifs Pour Tous. Habitué des manifs 9 mai, Loustau sera le seul cadre FN à participer à la très radicale manif « Jour de colère » du 26 janvier 2014, pas gêné du tout de défiler avec Soral et Benedetti sous les slogans antisémites ... Loustau ira même jusqu’à signer en 2010 une pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot (loi qui réprime le négationnisme).

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Axel Loustau (au centre), pris d’une terrible crampe au bras...

Rémi L. (cité dans l’agression des Femen en 2012), Gérard Brazon n°15 du 92 (son portrait ici) et Philippe Chevrier (tête de liste du 78 "piégé" par une journaliste) ne sont pas non plus des adeptes de la dédiabolisation sincère et de la non-violence.

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Rémi L. en collage pour le FN (à gauche) et à la poursuite des Femen (à droite)

Les alliés :

Les microscopiques SIEL et Rassemblement Bleu Marine fournissent quelques candidats comme Karim Ouchikh (n°3 du 95) mais aucune tête de liste, signe de la faiblesse indigente de ces groupes dont souvent même les militants FN ignorent l’existence. De même, il n’y a aucun candidat de la "société civile" (à part le pseudo-économiste Philippe Murer, n°3 dans le 93) alors qu’on attendait peut être Charles Beigbeder (le cercle des patrons sympathisants s’étant reistreint depuis la mort cet été du parfumeur Marionnaud).

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Karim Ouchikh

Ces alliés étaient appelés "les tièdes" par Jean-Marie Le Pen, certainement à tort car le RBM et le SIEL sont des auberges espagnoles où on trouve à peu près n’importe quoi : des Identitaires, des royalistes, des complotistes. Loin d’être des modérés, c’est plutôt une lessiveuse à extrémistes. A noter que pour ces régionales, le FN nous a épargné le royaliste Eli Hatem, candidat aux dernières municipales pour le Front dans le 4ème arrondissement.

Dernier groupe, les cathos intégristes :

Toujours en recul au FN (comme avec l’exclusion en septembre d’Alexandre Simonnot, secrétaire départemental du Val d’Oise et catho fini), leur présence est devenue très faible : à peine Anne-Sophie Désir (10ème dans les Yvelines) ou Elyane Penou (10ème du 92). On notera les absences de Frédéric Pichon, Luc Le Garsmeur ou Pierre Nicolas ... Un coup de mou à la Manif Pour Tous ? De toute évidence, en région parisienne, on est bien loin de la tendance Marion et de son flirt avec les cathos grincheux.

Au soir du 6 décembre, le FN devrait facilement être qualifié pour le second tour (malgré la concurrence de Debout La France et de l’UPR qui présentent leurs leaders nationaux Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau) mais leur probable troisième place dans notre région fait qu’on ne devrait pas connaître de "Front Républicain" en île-de-France : le mantien du FN en triangulaire devrait par contre pas mal gêner Valérie Pécresse dans sa conquête de la région. Comme elle le dit dans une interview au Figaro "Le FN est la seule chance pour le PS de s’en sortir".