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Tour de France des régionales : Le FN en Bretagne

le 29 novembre 2015, par Jacob Daurtade
Odile De Mellon, Gilles Pennelle, Patrick le Fur et Bertrand Iragne

Pour ces élections régionales, le leader des listes FN est Gilles Pennelle. Secrétaire départemental du FN en Ille-et-Vilaine il est aussi conseiller municipal de Fougères et conseiller communautaire. Présent à toutes les élections en bonne position depuis sa reprise en main de la fédération 35, nous en avions déjà fait son portrait dans un précédent article : « originaire de Haute Normandie (son frère est conseiller municipal à Rouen), revenu du MNR de Bruno Mégret il a re-dynamisé la fédération d’Ille-et-Vilaine du FN et joue à la provocation pour imposer le Front dans la paysage politique breton. Par ailleurs Monsieur Pennelle a écrit un livre il y a quelques années intitulé « ballades au cœur de l’Europe païenne » avec d’éminents représentants de l’extrême droite ». S’il était élu il retrouverait un mandat qu’il connaît bien, puisqu’il fut conseiller régional de Haute Normandie de 1992 à 2004. Pour ce scrutin régional la stratégie de la provocation se poursuit, il se déclarait il y a quelques semaines prêt à dénoncer les maires accueillant des migrants dans leurs communes. Dénonciation ayant pour but de faire monter la tension dans les communes concernées, comme on a pu le constater ces derniers temps avec la multiplication de tags ou agressions racistes en Bretagne et ailleurs.
De la parole au geste, le lancement de sa campagne fut en quelque sorte la manifestation qu’il organisa devant la mairie de Sérent le 8 octobre contre ce projet d’accueil. En réponse, pas moins de 300 personnes se sont réunies le 17 octobre pour soutenir les migrants. Mais, l’essentiel était atteint : faire parler de lui.

Tout comme pour les européennes la distribution des positions éligibles passent d’abord par les chefs. Dans le Finistère Patrick Le Fur est lui aussi secrétaire départemental, tout comme Bertrand Iragne pour le Morbihan. Seul exception Gérard « Hubert » De Mellon (son nom complet), V.R.P du FN en Bretagne : candidat aux législatives à Dinan en 2012, il fera un crochet par Rennes en se présentant comme tête de liste aux municipales avant de revenir à Dinan pour les cantonales et aujourd’hui aux régionales. S’il n’est pas « SD », comme on dit au FN, en revanche il évolue dans sa sphère directe puisqu’il sa femme Odile De Mellon occupe ce poste.

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Permanence du FN morbihannais

Pour en rester avec les chefs on note qu’en plus de leur « responsabilité » départementale leur profil est de façon troublante assez proche. Patrick Le Fur et Bertrand Iragne sont tous les deux d’anciens militaires. Le Fur fut Lieutenant de vaisseau chez les commandos lorientais et Ignare à par exemple participé à des OPEX (opérations militaires extérieures) en Afghanistan. Ils sont tous les deux maintenant reconvertis comme chef d’entreprise(s). Quand à Gerard Hubert de Mellon se présente lui même comme administrateur de société . Une exception, Gilles Penelle professeur d’histoire dans le privé. Face à de tels portraits on voit que le FN n’a pas beaucoup changé, et correspond au stéréotype de recrutement que l’on peut s’en faire : le sabre et le goupillon. Pas très peuple tout ça ! D’un point de vue idéologique leur parcours politique s’inscrit parfaitement dans une dédiabolisation de façade du FN de Marine Le Pen : en apparence lisse et bien sous tous rapports mais au fond farouchement attachés à l’extrême droite. Nous avons parlé précédemment de Gilles Pennelle et de son militantisme au MNR de Mégret, ainsi que de ses écrits où il côtoie les penseurs de l’extrême droite qu’officiellement le FN rejette. Gérard De Mellon lui s’est fait tirer le portrait par le collectif antifasciste rennais, on y apprend qu’il appartient – par sa femme- à une famille aristocratique fondatrice du FN et catholique très traditionaliste à la mode Civitas.

Ce bref descriptif des têtes de liste est assez représentatif des autres collistiers-es. S’il faut admettre qu’à la marge on peut observer un certain renouvellement socio-professionnelle avec plus de femmes (parité oblige aussi), plus de professions peu ouvertes au FN, plus de jeunes ; cela à plus à voir avec un regain militant qu’à une réelle percée qui serait transformée. Bon nombre de colistiers-es sont des élus-es municipaux ou d’anciens-es candidat-es. Cet état de fait est l’illustration de la prudence du Front sur les personnes qu’il met en avant. Pour être sûr de ne pas se retrouver confronté aux bourdes de candidats-es qui dévoileraient l’absence de toute dédiabolisation, le parti préfère s’assurer les services de militants-es déjà passés-es sur le grill et formatés-es à sa communication officielle. Ce qui contredit les paroles volontariste de Pennelle sur le « vivier militant très fort », ou alors pas assez ou pas du tout présentable.

A l’image du quatuor de responsables, les listes ne sont pas exsangues de militants-es au profil typiquement d’extrême droite. On pense à Catherine Blein n°2 en Côtes d’Armor, ancienne responsable de l’association NCI (Nationalité Citoyenneté Identité, cache sexe du bloc identitaire), ex-responsable presse du Bloc Identitaire comme le dévoilait Le Monde. Sa bio officielle la présente comme ex du RPR, membre de son conseil national et chargé de mission au près de Jacques Toubon quand il en tenait les rênes. Sur la même liste costarmoricaine, on retrouve en dernière position Jean Louis Robin, ex-tête de liste aux municipales à Saint Malo, quel disgrâce ! Monsieur Robin avait attiré l’oeil du collectif antifasciste rennais lui aussi : « très proche des catholiques intégristes de Civitas, puisqu’il participait à un colloque de cette organisation en février 2011 sur le thème “des catholiques dans l’action municipale“ ». Le journal catholique Golias le qualifie même de cadre et conférencier de Civitas.

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du Front les cadres du parti en Bretagne ont tous été renouvelés. A la fois parce qu’il lui fallait construire un appareil la soutenant et capable de mettre en route l’organisation pour son rêve de présidentielle et donc se doter de personnes compétentes... Mais aussi parce que l’écran de fumée de la dédiabolisation ne permettait pas de conserver ceux et celles en place. Ainsi les quatre « SD » bretons ont moins de deux années d’ancienneté. Odile de Melon, la plus expérimentée, a été nommée en 2013 et le plus récent celui du Finistère en Juin 2015. Ces nouvelles arrivées castées pour faire passer la nouvelle ligne stratégique ne se font pas sans heurts. En Juillet 2015, une ancienne ou future ex-militante du Morbihan dépose plainte contre le secrétaire adjoint qui pour l’empêcher d’assister à une réunion interne lui fait une clé de bras. Selon elle, il y a des "tensions terribles" depuis l’arrivée à sa tête de Bertrand Iragne et la désignation des candidats aux prochaines élections régionales, dont elle a été écartée. Dans le Finistère cette fois, toujours à la même période, c’est sur fond de magouille financière et de place sur les futures listes aux régionales que la tension naît. Les récalcitrants quitteront la réunion sur invitation de Patrick Le Fur escortés par un membre du service d’ordre. Une scène filmée et diffusée depuis sur le net. On en trouvera un extrait ici :


Régionales. Rififi au FN finistérien par Letelegramme

En attendant le Front National vise les 20% en Bretagne et joue à fond la carte démagogique. Gilles Pennelle se faisant dernièrement grand défenseur de la galette saucisse, comme « élément de notre identité menacée », ou l’art de réduire la question bretonne à un aspect folklorique à des fins racistes qui plus est.